sa VARIN Gilbert - Maison de la poésie et de la langue française de Namur

VARIN Gilbert

Bibliographie

  • Les besaces trouées, Bruxelles, Cyrano, 1947
  • A perpétuité, Bruxelles, L'hippogriffe, 1949
  • La vie à vif, idem, 1950
  • Edition spéciale, Bruxelles, Marginales, 1952
  • Le miracle de vivre, 1952
  • Entre les mains du jour, Cahier de Rochefort, 1954
  • Le temps veuf, Bruxelles, chez l'auteur, 1964
  • Interférences, Bruxelles, Les Cahiers du groupe, 1967.
  • Sans laisser d' adresse, J. Dieu-Brichart, 1990.

Textes

L'enfant triste

L'enfant triste
Qui voulait voir la mer

Cette rue où la misère
Allumait des drapeaux rouges

Les anges dans les murs
Hérissés de peur

La lessive de la neige
A la fenêtre pendue

Le printemps entre les doigts
Pour ces baisers de couleurs

Les toits du premier matin
Dégarni d'hirondelles

L'angoisse déchiffrée
Aux yeux des bêtes qu'on tue

L'herbe qui pousse entre les mots
D'une romance oubliée

Le soleil méconnaissable
Sous les verrous de l'exil

Les étoiles de la guerre
Aux manches des épouvantails

La bêtise au front fermé
La haine aux armes pointues

Des villes de sang caillé
La lumière réduite en poudre

L'innocence jetée aux chiens
Le bonheur joué aux cartes

La nuit qui rampe vers le coeur
A travers un champ de miroirs

Le silence pris à la gorge
Par l'aurore aux doigts d'épines

Toutes les années passées
A céder au désespoir

La dernière solitude
Défendue à larmes blanches

Et toute honte bue
Comme un alcool frelaté

Et les mille et une images
Aux légendes effacées

Et tout ce que je ne dis pas
Et tout ce que je ne sais plus

Il fallait peut-être cela
Pour que je reconnaisse

Et que le bonheur m'apparaisse
Sur ton visage interminable

Commentaires

Les élégies de Gilbert Varin coulent comme les vieilles romances sentimentales et délicates.  Il s'étonne du monde comme Francis Jammes et chante le réel comme Francis Cargo.  Parfois, dans cet attendrissement se glisse une note douloureuse.  C'est que nous sommes pas à la hauteur de nos illusions.  On est charmé par cette simplicité, qui sait murmurer qu'elle n'est point aveugle à nos manques et à nos compromissions.  Il est salutaire que la poésie puisse parfois se désintellectualiser ainsi.

Editions Traces, Bruxelles "La poésie francophone de Belgique (1903-1926)