Sur le fil (pour Abigaël)
Mon bébé sur le fil
nuit d’angoisse
noire sur noir
emmêlant mes entrailles
La menace palpable
se joue de ces murs colorés
heure après heure
l’oreille suspendue à ton souffle
leurs yeux sur tes vagues et battements
Ma fille une danseuse
une battante
au-dessus de l’abîme
Mon corps harassé
une masse gluante
entraîné vers les profondeurs de la terre
Mon cœur entier un cri
vers le Dieu de grâce
qui accueille ma peur, mes larmes
ces déjà-vus
Le jour se lève enfin
l’après-midi d’une promesse nouvelle
Ma randonneuse est rentrée
Merci pour la revie
Vivre m’est parfois si difficile.
Sortir des cendres. À genoux.
Calmer la peur
d’être moi en confiance
exister pour de bon
une fois
Arrêter de presser
le jus de mon corps
je me suis perdue
loin, si loin.
Héberger une vie
assez bonne
comme la mère au fond
Accepter ma lenteur
mon efficacité
les joies
l’épaisseur de la vie
Apprendre à aimer
l’imperfection
de chaque instant
Accueillir un souffle nouveau
un papillon qui vole
vingt-quatre jours durant
Redonne-moi
le goût de la sève
d’une vie unique
Revivre un cadeau.
Sortir des cendres. Debout.
Exclues
Bannies aux derniers rangs
spectatrices
étiquetées inférieures
Exilées sur l’île du sang
Leur puissance de vie épouvante
met en rage quand elles réussissent malgré tout
les obstacles les bâtons les offenses
Exclues de la rédemption
si seulement c’était possible
Confinées plus longtemps
laissées languissantes, oubliées
involontairement exprès
Compassion pour tous et toutes
que l’on tient
à l’écart
au présent
Je me lève
pour transgresser les marges
tendre ma main
L’accordéoniste et la barque
Douce mélodie
de la chanson française
dansant
sur les eaux de l’étang
Caresse de l’inattendu
voilé
parlant de vie
aux creux desséchés
Goûter au souffle
aller et retour
et s’harmoniser
avec ces notes
Oser le différent
le décalé
faire sourire
tendrement
D’une âme cousine
l’accordéoniste m’a mis
la joie au cœur
réchauffé
Ma corde silencieuse
s’étend
au flot
du vent de la pluie
de la pâquerette