sa GODARD Jean-Luc - Maison de la poésie et de la langue française de Namur

GODARD Jean-Luc

Biographie

Né à Visé (Province de Liège), en 1946. Licencié Agrégé en philologie romane. Directeur de DialoguE (Cours de Langues et Séminaires de Communication). Président-Fondateur du Club Richelieu (Promotion de la Langue et de la Culture Françaises) de Verviers. Membre de l’Association des Ecrivains Belges. Membre de plusieurs jurys de littérature, dont celui du Prix Baron de Thysebaert de Littérature Régionale (décerné par Vers l’Avenir).
Prix de La Louve 1990. Prix Casterman 1990: mention spéciale.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Godard_Po%C3%A8te

Bibliographie

RECUEILS DE POEMES

  • Ventrifuge, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1977.
  • Cosmogonie, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1979.
  • Laisse en Ciel, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1982.
  • Cris de corps mourants, La Louve, Spa, 1984.
  • Affréter son regard, La Louve, Spa, 1988.
  • L’âme ses noces, La Louve, Spa, 1991.

En collaboration avec le peintre Pierre Petit:

  • Elles, H.C., 1981 (épuisé).
  • Non-lieu, Dossier d’une tendre agression, H.C., 1984 (épuisé).

NOUVELLES

  • Entre Dieu et moi, in Les Cahiers du Désert, n°6, printemps 1988.
  • Ces quelques mies de mon enfance, in Le Pain de l’Enfance, Co-Ed. Noir Foncé et Au Fil d’Ariane, Polleur-Verviers, 1997.

CRITIQUES

  • Le règne végétal de René-Guy Cadou, in Marginales, n°175, mars-avril 1977.
  • Le parti pris de Cadou, in Sources, n°2, mai 1988.

Textes

Je resterais à marée basse Je resterai à marée basse
les dunes me répugnent toujours
ce poignard de la jetée
en plein ventre la douleur aiguë
cette course à reculons le sang ébouriffé
et enfin ces draps de sable tiède
où je m’affale les bras en croix perdue au milieu des spasmes
je la retrouve
de mes yeux brumides
je la contemple
à l’envers
calfeutrée dans son berceau de dunes l’anse de mes paumes pour y amplifier son psaume
je lui offre un nouveau baptême
une nouvelle rosée mais à toujours retirer des mains nues
le dos se gonfle de rancune ce fut une nuit
je voulais la briser entre mes bras
je ne griffai que la dune
depuis je resterai à marée basse
j’étouffe à fleur d’eau mes sélénotropes
je reporte mes lippes sur mes épaules je resterai à marée basse
je hais tes yeux
tes yeux aimants comme les oscules de mes éponges mais pourquoi sucent-ils si fort
si fort
je sens
la moribonde remonte en moi
nimbe mes doigts d’eau douce
– voilà peut-être ma seule trahison –
de papier de verre je sens
je me perds
je ferme les yeux
la jetée est émoussée
le sable devient bleu
bleu mais froid                                      Extraits de : « Ventriguge »                               Comment parler au feu   Comment parler au feu
sans qu’il n’enflamme la feuille
sans se brûler nos ongles sont déjà si noirs
le sang change si vite et il fait si froid
hors des plaies                      Nos mains ne sont pas encore   Nos mains ne sont pas encore
assez propres
assez feuilles pour attirer les oiseaux de fausses nervures
nous labourent toujours trop
la peau
la sève ne coule rouge
ni bleue
même en nos rameaux cela nous prendra du vent
d’ouvrir les poings
de transformer nos trappes
nos trappes en nids                                         Extraits de : « Cosmogonie »                           De ses brumes
De ses brumes
émerge-t-elle j’ai toujours eu pour l’étang un pouls de barque
le coeur du têtard difficile de réprimer son soleil d’amadouer le tremblé
et la rosée tendre araignée
en sa toile
écartelée

 Apesanteur   La pesanteur
la trompait
avec elle elle rusait louvoyer sur la mer d’un autre souffle
étreindre
un inaccessible corps s’en griser elle était
la musique
la diamantait flammes
en ses lianes
à l’orée de nulle jungle                                                    Extraits de : « L’âme ses noces »

Commentaires

Ventriguge (1977) : Un des beaux ensembles qu’il m’ait été donné de lire ces dernières années; tout y est: maturité, beauté, gravité (Raymond POUILLIART).
Poésie spontanée, instinctive, parsemée de lumineuses associations d’images et d’idées
(Eugène DEBONGNIE). Un élan, un mouvement ininterrompu qui fait penser à un cheval captif puis débridé dont crinière, naseaux et sabots cherchent à danser une liberté sauvage, originale
(André SCHMITZ). Recueil difficilement classable: impossible jamais de totaliser sa lecture. On croit avoir affaire à une grande transmutation de souvenirs et de rêveries personnels, et voilà qu’on se retrouve engagé dans un spectacle cosmique
(Daniel LAROCHE). Elles (1981) : C’est à la fois subtil et prenant. Une approche “autre” d’un tableau
(Roger Foulon).   Un ouvrage raffiné qui séduit l’oeil comme le coeur
(Emile KESTEMAN).   Laisse en ciel (1982) : L’écriture délicate de Laisse en ciel touche le revers des mots, créent des sensations furtives à partir de jeux de mots, d’explorations passionnées des ressources de la langue
(Guy DELHASSE).   Cris de corps mourants (1984) : J’aime cette simplicité, cette nudité de la langue extrêmement allusive et ductile
(Fernand VERHESEN).   Air raréfié des hautes altitudes, enchantements elliptiques
(Jean-Marie KLINKENBERG).   Affréter son regard (1988) : Vers d’une sobriété et d’une plénitude totales
(Raymond QUINOT).   Jean-Luc Godard travaille le poème, comme il travaillerait le cuir: des incisions précises, un stylet de douceur courant entre le rêve et la réalité, de longues caresses comme des coups de langues.
L’âme ces noces
(1991) : Etonnante cette approche de l’oeuvre chez Jean-Luc Godard, un auteur qui a la manière pour faire vivre ce personnage tout à la fois proche et mythique, la femme, dont il connaît les ressorts et les mécanismes. Ses découvertes, il nous les fait partager avec une intense émotion
(Roger MONAMI).