sa DELLISSE Luc - Maison de la poésie et de la langue française de Namur

DELLISSE Luc

Biographie

Luc Dellisse, né à Bruxelles en 1953, est un poète, romancier et essayiste, auteur d’une quarantaine d’ouvrages. Il est membre de l’Académie Royale de langue et de littérature françaises.

Crédit photo : Quentin Verwaerde

Bibliographie

Baptême du feu, Paris, L’Harmattan, coll. « Poètes des cinq continents », 1999.
Guerre sur terre, L’Harmattan, coll. « Poètes des cinq continents », 2000.
Gibier de nuit, Le Cormier, 2000.
Signe des neiges, Librairie Racine, 2001.
Premier jour dans l’autre monde, Le Cormier, 2001.
Ciel ouvert, Le Cormier, 2012.
Sorties du temps, Bruxelles, Le Cormier, 2015.
Cases départ, Bruxelles, Le Cormier, 2018.
Le Cercle des îles, Le Cormier, 2020.
Parler avec les dieux, Éléments de langage, 2022.
Mers intérieures : carnet d’exil 2021, Bruxelles, Le Cormier, 2022.
Tarmacs, Billère, L’Herbe qui tremble, 2023.
Serrures, Bruxelles, Lamiroy, coll. « Opus », 2026.

Textes

Voix

Tu es là, avec les yeux tournés vers la lumière
Je vois ta nuque, tes épaules rondes et nacrées
Et je vois le reflet de ton regard dans la trouée
Des nuages et dans le masque du soleil.

Je tire à moi l’espace en respirant entre mes poings
Je tourne dans un grand vent de papier qui se lève
Je gagne les régions mathématiques du rêve
Je dors debout en jouissant entre tes reins

Je parle dans la nuit sans prononcer un mot
Personne ne connaît les mots de mon silence
Je déconnecte tous les appareils de voyance
Je suis mort n’importe où et je vis dans tes bras

La signature de ton sang sur le bleu des draps
Où la main de l’artiste infléchit les jambages
Révèle la blancheur de la première page
Tu écris en saignant le roman de ta voix.

 

Fuir

La certitude du salut mais la panique
Tout le jour deux par deux mon corps et son fantôme
Mon corps détruit par sa puissance sourde
Retour rivière poème orgueil lividité

La carence qui est dans les jets de lumière
Le poivre sec du premier plaisir contumace
Ce sexe qui relève du délit d’initié
Tous les mots parachutes en torche
Panique ma panique ma fin du monde intime
Mais le ciel précoce dans la nuit fraîche
Ferme les yeux
Tasse les oreillers

Renaître à présent, le rire de Renoir
Te protège de tes cigarettes d’absence
Tu fumes dans le couloir verrouillé
Tu es la pluie dans la vitesse
Tu marches devant toi et tu tournes à demi
Ta nuque vers la hache
Tu ne mourras jamais
Tu habites hors du temps.

 

Contre-poison

Je suis avec toi dans le temps
Enroulés dans nos couvertures
Tu dors loin de moi et j’attends
Les longs doigts de la ville endormie
Redessinent tes yeux fermés Je suis dans la cité du rêve
La montre bleue et l’écran noir
Le téléphone absent, le café dans la tasse
Les heures claires de la nuit

Plein de choses me manquent mais toi
Tu ne manques pas, tu me troues
Je sens le fruit de la douleur
S’ouvrir en deux entre tes paumes
Le suc délicieux et vivant
Coule sur ton poignet de velours
Petite vasque où je bois à genoux
Tu es glacée et ta lente salive
Pénètre les réseaux et les cordes
De mon corps nu, vibrant

Tous les bonheurs de la lumière sont venus
Par le philtre de ton regard
Ton rire vit en moi
Ta peau peinte avec le pinceau
Du matin – est ma lampe.

 

Il n’y a pas de ciel…

Il n’y a pas de ciel, il n’y a que la lumière
Cette clarté jaillissant de toi
Dansant sur la pointe des feuilles
Dans le sous-bois où le froid nous entraîne
Et je connais le silence du temps
Et tu connais l’exil et la promesse
De beaux mensonges ont caressé ton corps
De mauvais rêves m’ont tiré en arrière
Et à présent rien ne reste du mal

Tu vas heurter le métal de la porte
Tu vas tourner la clé noire dans ton ventre
Tu vas sentir le bonheur remuer
Je vais sortir de mon corps éternel
Je vais entrer dans la forêt première
Je vais toucher ton visage de pierre
Je vais monter en toi et hors de toi

Et le ciel s’ouvre, et les yeux se referment
Le long voyage à travers le sommeil
La longue main du plaisir refermé
La longue vie de l’instant arrêté.