sa ANDRE André - Maison de la poésie et de la langue française de Namur

ANDRE André

Bibliographie

  • Les sept chants de la Plénitude et de la Fin, Léopoldville, Union africaine des arts et des lettres, 1953

Textes

J'ai regardé Ta Face

J'ai regardé Ta Face souillée de baves
Ta Face meurtrie et pleine de crachats,
Il y avait des tumeurs sur ton front, sur tes pommettes,
Et tes yeux rouges n'avaient plus la force de se lever.
Et le peuple était là, et les sénateurs avec des moqueries agréables,
Ils disaient: il a sauvé les autres, qu'il se sauve s'il est Dieu!
Les soldats t'insultaient et te présentaient du vinaigre,
Dans une éponge, au bout d'un long bâton,
Et le mauvais larron avait la bouche d'un long bâton,
Tous ils disaient: Sauve-toi toi même, Juif, si tu es Dieu!
Et toi que contemplaient des myriades de cohortes d'Anges,
Toi, Grand-Prêtre et Monarque de toute création,
Tu inclinas ta tête sur ton sein, et il y eut un silence
Et tout demeura suspendu un long moment:
C'était alors environ la sixième heure,
Et les ténèbres sur la terre se répandaient.
Soudain, tout fut obscur.  Le voile du Temple
Fut déchiré par le milieu, du haut en bas;
Tu poussas un grand cri, tu appelas ton Père,
Tu remis ton âme parfaite entre ses mains,
Et puis tu expiras, dans le silence rogue...

Commentaires

Proche souvent de son contemporain Emmanuel Harou, André Allard l'Olivier est un poète croyant d'une indicible pureté, et d'une fraîcheur bien rare.  Il ne semble pas qu'on lui ait fait justice, car il n'apparaît qu'avec parcimonie dans les anthologies spécialisées.  A le lire aujourd'hui, douceur mais la puissance, l'humilité mais la fureur, quand celle-ci s'impose.  Il témoigne d'une spiritualité pour laquelle le moindre mot est nécessaire, juste et justifiable.

Editions Traces, Bruxelles "La poésie francophone de Belgique (1903-1926)