sa LEHMANN Lydia - Maison de la poésie et de la langue française de Namur

LEHMANN Lydia

Biographie

Je suis née en Allemagne où j’ai passé mon enfance. L’écriture est venue à moi à l’âge de douze ans : au cours d’allemand nous avions pour devoir de trouver ou d’écrire un poème sur l’amour. Venant d’une famille nombreuse, j’ai choisi d’écrire un poème sur l’amour au sein de la fratrie. Les encouragements de ma professeure ont beaucoup compté dans mon aventure poétique et l’ont emporté sur les sourires un peu moqueurs des pairs.

En 2007 j’ai déménagé en France pour faire des études de théologie ; le français est désormais ma langue de cœur. En 2013, je me suis installée avec mon mari en Belgique (Bruxelles et le Namurois). Deux enfants sont venus enrichir notre famille, en 2019 et en 2023. À côté d’un mi-temps comme pasteure dans une Église protestante, je me consacre à l’écriture de poèmes, d’essais et de textes théologiques, avec une préoccupation particulière pour une juste place pour chacun et chacune et une exploration constante des relations hommes-femmes.

Bibliographie

  • Côte à côte. Quand femmes et hommes avancent ensemble, Éditions Bibli’O, 2023, témoignage, essai et poésie, illustré par Helga K. Kahl.
  • Vivre debout. 65 poèmes au fil des jours, Éditions Ouverture, 2026 (Poésie), poèmes illustrés par Helga K. Kahl.
  • Participation à la série de podcasts narratifs, immersifs et poétique, « Au commencement », Alliance Biblique Française, 2023-aujourd’hui.

Textes

Sur le fil (pour Abigaël)

Mon bébé sur le fil
nuit d’angoisse
noire sur noir
emmêlant mes entrailles

La menace palpable
se joue de ces murs colorés
heure après heure
l’oreille suspendue à ton souffle
leurs yeux sur tes vagues et battements

Ma fille une danseuse
une battante
au-dessus de l’abîme

Mon corps harassé
une masse gluante
entraîné vers les profondeurs de la terre

Mon cœur entier un cri
vers le Dieu de grâce
qui accueille ma peur, mes larmes
ces déjà-vus

Le jour se lève enfin
l’après-midi d’une promesse nouvelle

Ma randonneuse est rentrée

Merci pour la revie

Vivre m’est parfois si difficile.
Sortir des cendres. À genoux.

Calmer la peur
d’être moi en confiance
exister pour de bon
une fois

Arrêter de presser
le jus de mon corps
je me suis perdue
loin, si loin.

Héberger une vie
assez bonne
comme la mère au fond

Accepter ma lenteur
mon efficacité
les joies
l’épaisseur de la vie

Apprendre à aimer
l’imperfection
de chaque instant

Accueillir un souffle nouveau
un papillon qui vole
vingt-quatre jours durant

Redonne-moi
le goût de la sève
d’une vie unique

Revivre un cadeau.
Sortir des cendres. Debout.

Exclues

Bannies aux derniers rangs
spectatrices
étiquetées inférieures

Exilées sur l’île du sang

Leur puissance de vie épouvante
met en rage quand elles réussissent malgré tout
les obstacles les bâtons les offenses

Exclues de la rédemption
si seulement c’était possible

Confinées plus longtemps
laissées languissantes, oubliées
involontairement exprès

Compassion pour tous et toutes
que l’on tient
à l’écart
au présent

Je me lève
pour transgresser les marges
tendre ma main

L’accordéoniste et la barque

Douce mélodie
de la chanson française
dansant
sur les eaux de l’étang

Caresse de l’inattendu
voilé
parlant de vie
aux creux desséchés

Goûter au souffle
aller et retour
et s’harmoniser
avec ces notes

Oser le différent
le décalé
faire sourire
tendrement

D’une âme cousine
l’accordéoniste m’a mis
la joie au cœur
réchauffé

Ma corde silencieuse
s’étend
au flot
du vent de la pluie
de la pâquerette