sa NOIRET Tina - Maison de la poésie et de la langue française de Namur

NOIRET Tina

Biographie

Tina Noiret est une poétesse, romancière et experte en technologies. Pionnière du web, autrice du recueil poétique « Chants perdus », elle mène une double quête, littéraire et numérique. En 2006, elle a forgé le concept de « lectauteur ». Elle explore l’espace littéraire numérique non comme un simple outil de diffusion, mais comme un lieu de résistance et de résilience. Son projet L’Art à l’œuvre (art@work) crée des ponts entre la création artistique et le monde de l’emploi. Ses fictions constituent les facettes d’une recherche sociologique. Son travail jette des ponts constants entre innovation sociale, recherche et création pure.

Présence numérique : elle anime un chaîne booktube et alimente un blog d’autofiction

https://www.youtube.com/channel/UC45zqdRHSK-5tEcrzXghexg

https://tinanoiret.blogspot.com

(Source “La lyre émigrée”, anthologie, 2026).

Tina Noiret se faisait appeler « La Poétesse » au tout début de l’ère du web où elle diffusait ses textes de manière libre, gratuite et anonyme dans les salons IRC, les premiers forums et les balbutiements du web artistique des années 1990 et début 2000. Ensuite elle s’est ralliée aux plateformes expérimentant les creative commons avant d’en revenir à l’édition classique. Elle participe à des rencontres internationales de poésie, traduite en russe, grec et arabe.

 

 

Textes

Cantique

 

Il faut persévérer jusqu’au silence

où tout est dit

 

Brûler entièrement

une présence qui se fuit

Casser les mots

Ne pas laisser de cendres

Attendre

Déshabiller les paroles

Inventer un poème vivant

un poème à capture quantique

qui capturerait les pensées aléatoires

les mots de l’endormissement

le quantique contre l’antique

une façon de quantifier le cantique.

 

 

L’idole

 

Je m’avance vers toi comme un prophète en retard

Je te regarde aller et venir médusé par ta beauté et ta liberté

Comme le sourire de cette lointaine idole

Protecteur et chantant

 

J’ai attendu ton corps d’ambre, ses reflets acajou

Ta peau de miracles, de champs de lavande,

D’ailes folles, de pluies, d’orages, de vents, de
Secrets d’amant

 

J’ai attendu ton corps de mine d’argent, de tempêtes

ton corps d’orage

Ta peau de bruine qui me fouette

les larmes au visage

 

J’ai désiré ta voix de grottes marines, ta voix

De délicieuse mésange,

De vagues, d’orient, de soupirs,

D’éclats, de corne de brumes, ses intonations

Sa gorge de silence

 

J’ai enfin caressé tes cheveux d’hiver

Salés comme les vagues

Tes épaules de miel,

Ton regard translucide qui me berce

Jusqu’à l’iris

 

J’ai pâli, j’ai rougi, j’ai cherché, fouillé les temples,

Gratté la terre des souvenirs, erré dans les images

Les photographies, les heures, les échos, les silences

J’ai refusé l’oubli

 

 

Rite antique

Tu es comme le marbre.

Toutes traces écrites sur tes paumes

Eternelles,

Qui t’effleure meurt.

 

 

Babil d’exil

 

 

Une pensée fiancée à l’oubli

l’attente sans l’attente

et ses traces de neige

empreintes

pas d’oiseau

 

divague

jusqu’au bout du corps

quand le désir n’est plus que tristesse

souvenir d’un temps

 

Ce qui ne fut ne sera plus

plus de force à contre-courant

fin du délire

et des doigts embrasés

 

Mornitude des nuits torrides

quelque chose dans l’air

se souvient de toi

mais plus moi

 

Plus d’appel

plus de musique

ni de réponse

des sphères

Le monde est bien calme

se pose

dans sa lassitude de verre

 

 

et toi tu t’agites

comme un voilier en péril

un naufragé inutile

inconscient

tu t’exiles chez toi

où tu n’es plus

 

***

***

Ivre de gestes transportés d’errance
transe des danses des damnés

 

La nuit des fièvres m’emporte,
calcinée

        dans l’unique voix

                 écrite

 

 

Une étoile rouge

 

 

Une étoile rouge au cœur
Pour rayonner de douleur

Une grande étoile rouge
Un insigne un oriflamme

Couvre le monde de ses rayons

longs

Je n’ai plus de téléphone

Poésie aphone

On ne m’atteint plus qu’en plein cœur

 

 

J’ai ce visage orage

 

J’ai ce visage
Orage
J’ai ces mains
Pour me protéger de la nudité

Non celle du corps mais du regard

Et puis j’ai cette nuit pour me révéler

 

 

@dieux

 

Poème

 

Je m’évapore de toi

Telle une algue décomposée

 

 

Dans la foulée des reflux des temps

Les océans
me mènent avec les vents

au large de ma voix

Commentaires

Coup de cœur pour un livre

Par Michel Bastin, paru dans “Bulles de savoirs”.

Ondines

Conques garnies de cendres et de chants
De mots perdus à l’écoute du vent
à la face des éthers
amers ou défaite

Déo d’écorces imaginaires
Culte par l’ivre de la voix

Dégénérescence des silènes
Et des mystères défunts
« Absalon ! Absalon ! »

Depuis quand luttez-vous ?
Sirènes… licornes…
Ondines…

noyées dans les cyberspaces

leurs traces

Est-ce lutter ?
La joie de perdre –
Si reines et vaines

Brassant l’univers impersonnel
La vague absente
La crête toujours montante
Du réseau viruel
Le seul espoir tangible
Des derniers désespoirs

Fragiles

Le même ciel câblé
sous-marins des océans
élan des absents

Tina Noiret

 

Tina Noiret a deux passions : la littérature, en particulier la poésie, et les « nouvelles technologies de l’information et de la communication ».

Depuis fort longtemps, elle s’est tournée vers ces derniers qui occupèrent une place importante dans sa carrière professionnelle. Elle ne s’est pas seulement intéressée à leur fonctionnement mais aussi à ce qu’elles impliquent sur le plan sociétal, humain, historique voire anthropologique. En fait, elle croit à leur potentiel en termes d’émancipation de l’humain, de reliance entre les humains.

Car Tina est aussi passionnée de justice sociale, d’égalité, non de l’égalité des chances, concept galvaudé s’il en est, mais de l’égalité en droit. Elle n’hésite pas à imaginer et à proposer son propre programme politique, celui qu’elle défendrait si elle était amenée à se présenter aux élections.

Après tout, n’est-ce pas là un exercice salutaire, que nous pourrions tous effectuer, individuellement ou collectivement : imaginer le monde meilleur que l’on souhaite, moins sous forme d’une utopie (= non lieu) irréelle que d’un plan ambitieux mais potentiellement réalisable ?

Chants perdus

Chants perdus est l’œuvre d’une longue tranche de vie, qui se veut une méditation philosophique. Tina s’est référée à de leurs volontiers aux philosophes, Kierkegaard et surtout Maurice Blanchot – écrivain et philosophe français dont le parcours fut riche en paradoxes (politiques, littéraires) et qui s’interrogea beaucoup sur le langage, sur l’écriture et sur le silence.

Chants perdus se compose de trois parties :

La première, « Chants perdus », juxtapose des poèmes existentiels ayant des questions sur le sens des choses, de l’existence, à d’autres qui évoquent des romances, la rencontre amoureuse.

La seconde « Brumes et Pays imaginaires » est une exploration de lieux, de contrées mythiques, imaginaires ou réelles. On y survole des villes dont le simple nom évoque des résonances magiques (Coïmbra, Buenos Aires).

On y pose aussi ses pas en des lieux symboles d’espoir pour un monde meilleur, un « autre monde possible ». Ou en tout cas qui le furent à un moment précis de l’histoire récente : Porto Alegre lors des forums sociaux mondiaux, Berlin en 1989 lorsqu’on certain mur tomba.

Maison y aboutit parfois en des lieux symboles de désarroi, de désespérance (Vukovar…).

La troisième partie enfin, « Cybermondes » est une recherche sur le langage, sur la musique des mots, des phonèmes, des sons.

Elle aboutit à une abstraction du langage, les textes jouent sur les allitérations, et mêlent le langage parlé – la langue informatique et le langage virtuel – celui de l’informatique.

Il y a dans l’ensemble une approche dialectique : entre espoir d’un monde meilleur et désenchantement ; entre élan romantique et questionnement existentiel ; entre engagement politique et abstraction poétique… voire entre littérature et nouvelles technologies ?

La dialectique étant non pas une opposition indépassable entre thèse et antithèse, mais bien une confrontation salutaire entre les deux, amenant à une synthèse, laquelle est à son tour la nouvelle antithèse d’une nouvelle thèse (ou vice-versa), occasion de chercher une nouvelle synthèse.

La confrontation, la conflictualité est ici vue comme une source de vie…