Cantique
Il faut persévérer jusqu’au silence
où tout est dit
Brûler entièrement
une présence qui se fuit
Casser les mots
Ne pas laisser de cendres
Attendre
Déshabiller les paroles
Inventer un poème vivant
un poème à capture quantique
qui capturerait les pensées aléatoires
les mots de l’endormissement
le quantique contre l’antique
une façon de quantifier le cantique.
–
L’idole
Je m’avance vers toi comme un prophète en retard
Je te regarde aller et venir médusé par ta beauté et ta liberté
Comme le sourire de cette lointaine idole
Protecteur et chantant
J’ai attendu ton corps d’ambre, ses reflets acajou
Ta peau de miracles, de champs de lavande,
D’ailes folles, de pluies, d’orages, de vents, de
Secrets d’amant
J’ai attendu ton corps de mine d’argent, de tempêtes
ton corps d’orage
Ta peau de bruine qui me fouette
les larmes au visage
J’ai désiré ta voix de grottes marines, ta voix
De délicieuse mésange,
De vagues, d’orient, de soupirs,
D’éclats, de corne de brumes, ses intonations
Sa gorge de silence
J’ai enfin caressé tes cheveux d’hiver
Salés comme les vagues
Tes épaules de miel,
Ton regard translucide qui me berce
Jusqu’à l’iris
J’ai pâli, j’ai rougi, j’ai cherché, fouillé les temples,
Gratté la terre des souvenirs, erré dans les images
Les photographies, les heures, les échos, les silences
J’ai refusé l’oubli
Rite antique
Tu es comme le marbre.
Toutes traces écrites sur tes paumes
Eternelles,
Qui t’effleure meurt.
–
Babil d’exil
Une pensée fiancée à l’oubli
l’attente sans l’attente
et ses traces de neige
empreintes
pas d’oiseau
divague
jusqu’au bout du corps
quand le désir n’est plus que tristesse
souvenir d’un temps
Ce qui ne fut ne sera plus
plus de force à contre-courant
fin du délire
et des doigts embrasés
Mornitude des nuits torrides
quelque chose dans l’air
se souvient de toi
mais plus moi
Plus d’appel
plus de musique
ni de réponse
des sphères
Le monde est bien calme
se pose
dans sa lassitude de verre
et toi tu t’agites
comme un voilier en péril
un naufragé inutile
inconscient
tu t’exiles chez toi
où tu n’es plus
***
***
Ivre de gestes transportés d’errance
transe des danses des damnés
La nuit des fièvres m’emporte,
calcinée
dans l’unique voix
écrite
–
Une étoile rouge
Une étoile rouge au cœur
Pour rayonner de douleur
Une grande étoile rouge
Un insigne un oriflamme
Couvre le monde de ses rayons
longs
Je n’ai plus de téléphone
Poésie aphone
On ne m’atteint plus qu’en plein cœur
–
J’ai ce visage orage
J’ai ce visage
Orage
J’ai ces mains
Pour me protéger de la nudité
Non celle du corps mais du regard
Et puis j’ai cette nuit pour me révéler
–
@dieux
Poème
Je m’évapore de toi
Telle une algue décomposée
Dans la foulée des reflux des temps
Les océans
me mènent avec les vents
au large de ma voix