“Pierre Husson remet en cause nos réalités quotidiennes. Il ne les magnifie pas ; il les transforme, il les fait voler en éclat et les reconstitue à sa façon. Il invente des préalables et détourne les conclusions. On va de surprise en poésie et de poésie en surprise, quel tonus!”
Jacques IZOARD, in : Le soleil est habité.
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Pierre Husson est né à Huy en 1977. Liège deviendra sa ville de navigation. Fin marinier comme il se doit. L’encre jamais jetée. Découvrira des villes dans la ville, une multitude d’îles, de désarrois, d’arrêtés dans toute la splendeur désargentée des couches et sous-couches. Des eaux stagnantes. Dans celles-là même nagera des années. Observera, écoutera le temps divaguer, se démener comme un chien mouillé boulevard des illusions, ruelle du puits perdu, impasse des anges déchus. Entre Meuse et Dérivation. Comme à Ostende.
Aujourd’hui il anime des ateliers d’écriture. Rédige des lettres et autres réclamations à la société du gaz pour les mal lotis, mal chauffés dans la langue. Maîtrise pas piquée des vers. Distance recommandée dans une extrême lucidité, un espoir mal chaussé. Tel poète, tel cordonnier. Exhumant les talons d’Achille, chenilles sinon chevilles processionnaires, les passions d’un pharmacien-chimiste précieusement gardées. Avec le souhait de renaître de ses cendres. Tour de sens. De passer l’Atlantique, d’anticiper sur la dérive des sentiments. Telle l’eau et les songes. Craignant le feu toujours, son feu souvent battant en retraite. Même si conforté dans son naturel qui rit de lui-même à quoi bon. L’allié, l’atout, le double tranchant sursaut de dérision.
Et merde à la vache, la colère, la sourde, à lui-même ennemi de lui-même. Retourné contre lui s’offrant le bon moment qu’il tente, regrettera malgré soi. Tels ces mots échappés, perdus à jamais, telles ces ambiances insolites que les lendemains de veille auront jetées par dessus bord. Ode à la barque, fichtre à la page entre le rêve et le réel.
Les proses poétiques de Pierre Husson sont des photographies du quotidien qui ouvrent les champs de l’imagination. Elles oscillent entre l’ironie et l’impertinence. Les phrases sont travaillées. Les mots choisis. Pour leurs demi teintes, doubles et contre-sens.
Un écart louche vis à vis de ce qui le touche, l’anéantit donne ce ton si singulier, cette façon de susciter le rire au delà du pire… Quoique dans le fond… Fier, ému le complice, le cousin, l’alter-ego Floch qui lui prêtera l’oreille. Les coups et les douceurs rendant gorge dans ce numéro 15 de Matières à poésie. (éditions en revue : Traces, Le Fram…)
Ben ARES