HUMBLET Françoise


Biographie

Née à Forest le 10 août 1927. Collaboratrice du journal "Le Ligueur". Essayiste.

Bibliographie

Livres publiés :

« L’amour maternel ou la racine du cœur », 1967

"La rivière du silence », réflexions sur la mort et la Vie, 1978, 8è éd.1990

« La pensée buissonnière », Prix Marguerite Van de Wiele, Fondation Charles Plisnier, 1981

« Les greniers d’abondance », 1986

« L’estuaire », nouvelles réflexions sur la mort et la Vie, 1992

« Le pinceau d’Ymès », 1997

Ouvrages en collaboration :

« Dieu et la maison », 1966,

« Le roman pays de Brabant », 1972

« Waterloo en Brabant wallon » vu par les peintres naïfs, 1986

« Le loup de Gubbio - Aimer mes ennemis ? », 1991

Collaboration régulière à différents périodiques dont notamment :

« Le Ligueur », rubrique « Amicalement Vôtre » de 1973 à 1985

« Feuilles Familiales »

« En marche ».

Textes


Il est un second visage

En tout être, en tout état,
il est un second visage
qui transparaît lentement,
sous le premier.

On ne peut le voir avec les yeux
mais avec la fine pointe
de l' être le plus profond

Seul, le second visage
nous donne la clé du premier

Seul l' être humain,
créé à l' image de Dieu
est capable de le discerner.

La spiritualité, ce n'est pas autre chose.

Extrait de Dictionnaire des mystiques et des écrivains spirituels, Robert Morel éditeur, 1968.

L' entrée du christ à Bruxelles, de James Ensor, Réflexions méditative

Il est des voix imaginaires. Des voix muettes si l' on peut dire. Ainsi celles surgies du pinceau d' un visionnaire.

L' entrée du Christ à Bruxelles
Rarement exposée, cette immense toile de James Ensor nous a, dans un musée bruxellois, été offerte pendant dix semaines. Elle m' a fascinée. elle constitue à elle seule un spectacle audio-visuel. Le bruit du carnaval monte sourdement, puis de pllus en plus fort et devient insoutenable. Flonflons, tambours, cris, fanfares, bousculades, bateleurs de foire et de rue, foule serrée comme les raisins d' une grappe.
Masques, morts qui rient, clowns qui grimacent, acrobates, funambules, hommes à tête d' animaux, animaux à tête d' hommes, ricanements, caricatures, rictus, slogans, drapeaux, et tout cela ne cesse de déboucher par la droite, par la gauche, par le fond, d' un lointain si loin qu' il paraît infini.

Ce bruit qui n' est pas un bruit de fête ; ce n' est pas la ferveur religieuse qui monte du fond des âges, mais le déchaînement bruyant de ceux qui ne veulent pas savoir.
La troupe impassible qux masques de policiers essaye de protéger le personnage qui suscite cette comédie, devant qui s' inclinent les masques grotesques. Salut, roi des Juifs.
Mais sa Passion est encore secrète. Monté sur son âne, seul, serein dans cette oppression et cette agitation, il prend la comédie au sérieux. Il lève le bras. Pour saluer ? Pour bénir ?
Dès que les masques Hilares seront arrachés, d' autres masques surgiront, et la comédie deviendra tragédie.
La troupe dégage le passage. L' homme va mettre un temps infini à traverser la ville.
Lui seul ne porte pas de masque. Mais tout à l' intérieur de soi-même, il doit être recroquevillé de peur et de tristesse. Car rien n' est plus triste qu' une mascarade lorsqu'elle n' est pas sacrée, et celle-ci ne l' est pas. cependant, elle a pour épicentre un homme à qui le peintre a peint une immense auréole.
C' est le Christ qui entre à Bruxelles.
C' est le Christ que voilà.
Il ne faudrait pas l' oublier

Le chemin d' Emmaüs de Rembrandt, Réflexion méditative

O tempête... O Béatitude

En ce milieu du jour, c' est Jean-Sébastien Bach qui accompagne le repas pris en silence. Tout à leur aise, mes yeux se fixent sur la reproduction d' une toile de Rembrandt ; les tons chauds et or accrochent mon regard.

Sous une voûte, une table d' auberge. Jésus, de face, tout retiré en soi-même, tout auréolé de sa Résurection, rompt le pain. Un instant plus tard, il aura disparu. Son corps n' obéit plus aux mêmes lois physiques que le nôtre.

De dos ou de profil, les deux disciples esquissent un geste de stupeur ; le plus âgé va se lever brusquement. Ils l' ont reconnu à la fraction du pain. Les yeux se sont ouverts.
A côté de Jésus, se penchant vers lui pour lui présenter un plat, l' aubergiste. Tiens, je n' avais jamais pensé à cet aubergiste d' Emmaüs ! Sa présence suscite des question enmoi.

Va-t-il, son plat toujours à la main, s' en retourner vers sa femme, qui est aux fourneaux, et lui dire, un doigt sur le front : " il est dingue, ce type-là... on en voit des drôles de gens par ici " ?

Ou bien va-t-il quitter la salle, tout boulversé, tout retourné ?
Il ne comprend pas trop, mais tout de même, il a dû se passer à cette table des choses pas ordinaires. Il en oublie même de courir derrière ces gens, entrés à trois, sortis à deux et qui s' en vont sans payer leur écot. Peut)être, plus tard, quand les clients autour de leur chope, causeront entre eux du Nazaréen, qui était mort, et qui est vivant, se souviendra-t-il de quelque chose ?

Ou bien encore, l' aubergiste n' a rien remarqué. Les gens de passage, on n' a pas l' habitude de les fixer dans le blanc des yex. L' un , c' est l' autre, pas vrai ? Et puis, il pense aux affaires, qui ne vont pas trop. Il s' occupe, lui, de choses sérieuses.
( Pourtant, en y regardant de plus près, il a un petit oeil noir vif comme celui d' un moineau ).

Mais une question me vient encore.
A qui donc le seigneur dit-il : " O gens sans intelligence, comme votre coeur est tardif à croire ! " Votre coeur ? La foi, cela se trouve donc le coeur ? Et nos belles analyses, alors , Et nos beaux discours ?

Oui, à qui Jésus dit-il cela ,
Aux deux disciples,dont les yeux étaient bandés et le coeur justement si triste ?
au mystérieux aubergiste ?
Ou alors à nous ,

Et dans ce cas, notre coeur est-il tout brûlant lorsque, sur le chemin d' Emmaüs, il fait route vers nous ,

Adresse à Marie

Marie,

a ce stade de ma vie, je voudrais te restituer ce qui parfois est oublié, te parler, non comme à la jeune Marie de l' annociation, de la visite de la crèche, de Jésus au Temple, mais te parler comme à une femme dans la cinquantaine, dont le fils unique et chéri, soudain, quitte la maison, prend des risaues, devient un sans)logis, une sorte de marcheur vagabond et prendre le contre-pied du raisonnable.

Je crois que c' est là que doit se situer ta souffrance, la plus aiguë. D' ailleurs ne l' as-tu pas recherché pour le ramener à la raison et à la maison ?

Cette souffrance-là te fait la soeur de tant de mères qui guettent le retour de leur fils ou vont le voir derrière les barreaux ou essayent de le ramener sur la bonne voie.

Je crois savoir le ravage de ton coeur silencieux ; tu as connu les jugements, les rêves écroulés, les sarcasmes.

Commetu as dû souffrir lorsque ton enfant, ton unique, ton petit que tu portas dans ton ventre, fut moqué, fouetté, humilié, cloué... lorsqu tu fus désenfantée, comme tant de femmes de tous les temps.

C' est pourquoi je t' invente aujourd'hui de nouveaux vocables : mère des humiliés - mère des déçus - mère-courage - mère des proscrits, des sacrifiés, des condamnés.

Je te salue, Marie, Mère des ressuscités.

Au pas léger de mes pieds nus

Au pas léger de mes pieds nus
m' en suis allée
Ces pas, les as-tu reconnus
dans la rosée ?

Au pas bleu de mes espadrilles
un panier au bras
suis partie cueillir les myrtilles
avec un peigne de bois.

Au pas sonné de mes sabots
au soleil de midi
m' ai promenée sans dire trois mots
ni saluer mon ami.

Au pas feutré de mes chaussons
suis revenue
la lune éclairait les buissons cette ingénue

Au pas liquide de ma nuit
suis allée en rêvant
cueillir l' étoile qui luit
avec un peigne d' argent.

extrait de Simplement

Commentaires


Ils ont dit de Françoise …

« La rivière est une vallée et c’est surtout une sensation haletante au fond du cœur d’un écrivain.

En fait, je ne découvre pas le portrait d’une rivière, mais plutôt le labyrinthe intérieur d’une femme d’élite qui transposait en mots caressants toutes les sensations menues d’un état d’âme inspiré par un cataclysme de verdure.

Françoise Humblet, au jour le jour, aube après aube, a pu contrôler toutes les minimes diversités qui montent de la vallée jusqu’à elle, et surtout en elle-même »


Robert GOFFIN, Académicien

Préface de « la Pensée Buissonnière »


« Comme un filet d’eau de source traverse un sous-bois sans autre bruit que son léger clapotis, Françoise a traversé le monde avec simplicité et discrétion. Discrétion à nos côtés comme aux côtés de bien d’autres personnes, par sa capacité d’écoute à la fois délicate et ferme. Une femme au cœur toujours bruissant de générosité ».


Jean PIROTTE

Fondation Jean-François et Pierre-Marie Humblet


« Ecrire est sa façon poétique de dénombrer et polir ses richesses.

Elle est une Colette spiritualisée – attentive au moindre signe,

tendue vers l’instant  et vers l’éternité ».


Propos recueillis par R.FINET

sur « la Pensée  Buissonnière »



« La nature lui est proche et fait partie d’elle.

A ses côtés, de nouveaux sentiers s’ouvrent à nous.

Ce sont des chemins de crête »


Michèle CEDRIC, Journaliste


« Chat, jardin, rivière … seuls admis dans la bulle-refuge

 où Françoise Humblet s’emplit l’âme de merveilles avant de les semer à tous vents »


Marie-Louise BERNARD-VERANT

La Libre Belgique


« Je ne suis pas guérie de mon enfance ».

Encore faut-il comprendre ce qu’elle entend par là : une attention extraordinaire, toujours fraîche et qui se garde à travers les années et les aléas de l’existence.

Elle aime les mots comme on aime des parfums, des plaisirs ou des bonheurs.

Comment connaître son secret ?

La jeunesse dans la maturité, c’est à la fois superbe, secret et ouvert.


Georges  SION, Académicien

Présentation des « Greniers d’Abondance »


« Tu naîs aujourd’hui de la riche gestation de ton passé, de la conjonction et de la convergence de multiples amours. Merci Françoise d’être une femme-poète.

Sous l’apparence, tu découvres l’essence ; sous la matière, l’esprit ; sous le visible, l’invisible ; sous le temporel, l’éternel ; sous l’inerte, la vie. Ainsi pour toi, pour nous par toi, tout devient sacrement, signe visible du sacré.

Ton imagination n’est pas un rêve flou : elle habille de beauté ce qui ne pourrait apparaître que banal ».


Père MARIE-JEAN


« Place donc à l’essentiel rencontré dans le silence et la solitude. Ajoutons pour Françoise Humblet la joie de la marche : Moi, je sais que la terre m’est bonne, et par la marche, je lui demanderai son aide. La marche me met en état de grâce.

Françoise croit avec raison, au pouvoir de la mémoire, cet anneau du temps mis à notre doigt. Elle croit à la mémoire qui, écrit-elle, permet à l’absence de se muer en présence..


Marie-Ange BERNARD - Revue Charles Plisnier, « de la Source à l’Estuaire »


« Il y a, chez Françoise, ce balancement entre deux pôles opposés qu’elle vit et exprime

si harmonieusement et qui, même parfois à son insu, ponctue toutes ses démarches.

Femme vibrante d’émotion et de sensibilité qui recherche, connaît et apprécie le silence

et la solitude, mais à tous moments ouverte et disponible grâce à une écoute sans préjugé.

Le paysage lui rentre autant par les pieds que par les yeux, et un peu magicienne,

elle serait capable de faire surgir autour de nous des senteurs de feuillage, des parfums,

autant qu’elle suscite en nous des émotions enfouies, des émerveillements perdus,

avec des mots et des images qu’on aurait voulu inventer ».


Denise EGLEME – Présentation au Groupe Richelieu

« Tous ceux qui envient Françoise pour sa communion profonde avec un paysage, pour son style liquide et parfumé de brume, n’ont-ils pas à s’incliner plutôt devant l’audace d’une femme qui, à la veille de l’an deux mille, se lève dès potron-minet, enfile ses grandes bottes et sa pèlerine tous terrains pour humer l’odeur de l’eau, devancer les vanneaux, s’immobiliser face au héron-pêcheur, contourner l’étang ami, marcher vers l’Est à travers tout pour y cueillir une lueur d’aurore, et puis, rentrer, riche d’une prodigieuse litanie de minutes dont nul n’a voulu et qui, sans elle, à peines écloses, se seraient fanées, trésor perdu à tout jamais ? «

MARIE


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