LOREAU Max


Biographie

Né à Bruxelles en 1928. Marqué par la crise de l'entre-deux-guerres. Philosophe initié à la psychanalyse, il quitte, au terme des événements de 1968, une carrière universitaire pour se consacrer entièrement à la création de son oeuvre qui comporte un versant fictionnel (poésie-récit) et un versant critique, indissolublement liés.  Devient en outre le maître d'oeuvre du catalogue raisonné de l'oeuvre picturale de Jean Dubuffet auquel il a par ailleurs consacré plusieurs comentaires.  Sa fascination pour Dubuffet, Dotremont ou Michaux vient de leur radicalité formelle, de leur capacité d'invier un langage visuel qui soit autosuffisant et dégagé à la fois de toue référence représentative au réel ou aux codes usuels.  Attentif aux artistes qui assument jusqu'au bout leur pouvoir d'instaurer un ordre équivalent à la nature, Loreau s'intéresse de la même façon à un poète comme Deguy en raison de sa tentative d'inscrire conjointement, dans la synthèse de rythme, le geste poétique et le commentaire qui en dégage l'essence.  Cette notion de rythme, fondamentale, par exemple dans les logogrammes de Dotremont, est ce qui tient ensemble, tout en les menant plus loin, les bribes dont sont faites aussi bien la perception du visible que la formation de la pensée au sein du corps.  C'est pourquoi les nouvelles de Loreau cherchent à cerner au ralenti le corps enfoui d'un narrateur recomposé par l'infinité anxieuse de ses regards.

Bibliographie

  • Cerceaux  'sorcellent, Paris, Jeanne Bucher, 1967
  • Cri,  Eclat et phrases, Paris, Gallimard, 1973
  • Chants de perpétuelle venue, idem, 1978
  • Florence portée aux nues, Paris, l'Astrée, 1986
  • Dubuffet et le voyage au centre de la perception, 1966
  • Les logrammes de Christian Dotremont, 1975
  • Nouvelles des êtres et des pas, 1976
  • La peinture à l'oeuvre et l'énigme du corps, 1980
  • Michel Deguy, la poursuite de la poésie toute entière, 1980
  • En quête d'un autre commencement, 1987
  • L'attrait du commencement, 1988

Textes


Montée du chant  (extrait)

ah plonge!
ciel stupéfiant et vide!
plonge là-haut dans le ciel,
dans ce qui surabonde,
dans ce qui déborde en avant!
monte
et 'scalade et 'xalte
la lumière vaste ah vaste!
éblouis l'étendue,
l'air fougueusement candide
et pointe!
pointe haut
pour percer le sommet des pesées qui résistent,
de la gravité 'cartelante,
et te noyer à satieté
dans l'air opulent qui jaillit
plein
plus que plein
et sourd intarissablement
clair
toujours splendissant et neuf,
dispensant tout sans retenue
par monceaux
et comble sur comble
et encore surplus par-dessus,
et vertueux
clamant plantureux
l'éther
l'éther écarquillé, futile,
l'étendue ailée, délébile
RAYONNANT PAR VAGUES DE LUBIES,
DE SAUVAGERIE ET DE MAGIE,
DE CLAMATIONS INASSOUVIES,
DE PLETHORES SI PRECIPITEES
QU'ELLES PULVERISENT LE CHANT, L'ECLAT,
ET RAVAGENT LA GRANDE TOUFFE DU MONDE
POUR LA RENDRE PLUS TRIOMPHANTE
PLUS GRANDE
ET DEMESURER LES ESPACES
                                    (...)

(Soudain la maladie.
Sans s'annoncer, brutale aveuglément.
Comme la foudre qui frappe
déchirant l'arbre en deux,
l'arbre tout à coup vieux.
Trouée sa vie de haut en bas.
Puis le naufrage a commencé, l'abolition.
Long enfoncement en gouffre,
enfoncement dans la nuit gisante.
Mois après mois, par degrés, anéantissant.
L'absence qui gagne. Silence.
Puis rien.
Jusqu'à ce qu'un jour la vie reprenant le dessus.
Alors il reprend la parole)

Commentaires


S'ils rappellent parfois les poèmes de Michel Deguy et s'il font une place excessive aux modes du structuralisme, en employant des mots tronqués, les textes de Max Loreau, malgré ces éléments qui datent, savent s'accomoder du chant, de la mélodie, de la musique lancinante.  Ils parlent surtout d'eux-mêmes: un art poétique en formation dans le corps du poème, qui ressemble à une vague déferlante aux effets post-musicistes, comme du temps d'Albert Mockel.

Editions Traces, Bruxelles "La poésie francophone de Belgique (1928-1962)