DEFGNEE Michel


Biographie

Né le 17 mars 1939 à Etterbeek (Bruxelles), Michel Defgnée - veuf de Lia Neels (1931-1992), claveciniste, historienne et musicologue -, père de 4 enfants et grand-père de 5 petits-enfants - est décédé le 23 décembre 2005 à Liège. Sa dernière résidence était située à Orp-le-Grand, (Brabant Wallon, Belgique), 3 rue Virgile Ovart (Brabant Wallon), Belgique.


En 1959, il s'engagea à la Discothèque Nationale de Belgique (future Médiathèque de la Communauté Française de Belgique), aux côtés de son fondateur Jean Salkin, avec qui il collabora à la décentralisation de l'entreprise culturelle, en créant le réseau des Discobus ainsi que plusieurs comptoirs provinciaux. Depuis1999, il était Directeur général adjoint honoraire de la M.C.F.B. (Médiathèque de la Communauté Française de Belgique). De 1960 à 1970, il fut chargé de reportages culturels au Journal Parlé de la R.T.B. (Radio- Télévision Belge). De 1966 à 1997, il fut Chargé de cours aux Facultés Universitaires Catholiques de Mons (F.U.C.A.M.) et Professeur dans divers établissements officiels d'enseignement supérieur dans le domaine des sciences de la bibliothèque et de la documentation (cours de Médiathéconomie). Il fut aussi Chef de rubrique de musique classique au troisième programme de la Radio-Télévision Belge Francophone (Radio 3, R.T.B.F.) de 1982 à 1990, réalisant, en collaboration avec son épouse, l'émission de musique classique  En temps et en lieu. Il fut diplômé Licencié en Politique Economique et Sociale en 1982 à l'Université Catholique de Louvain (F.O.P.E.S., U.C.L.).
En 1997-1998, il fut moine novice bénédictin au monastère St. André de Clerlande (Ottignies/Louvain-la-Neuve, Belgique).   Retraité, il se consacra ensuite, avec Rita Fenendael (Professeur à l’I.L.V., Institut des Langues Vivantes, U.C.L.), avec qui il forme un couple monacal, à des activités de type culturel et spirituel, dont la lecture intégrale de l’Evangile de Saint Marc (dans un cadre liturgique ; notamment à Orp-le-Grand, à l’intérieur d’une célébration présidée par le Cardinal Danneels), l'évocation de Jakob Gapp (religieux marianiste martyr face au nazisme), la présentation et l'écoute de musique sacrée (événements musicaux que Michel nommait Concerts imaginaires), la participation à des groupes de lecture d'œuvres mystiques et à des évocations devant public des premières béguines-écrivains, etc.   Il fut aussi l’organisateur d'expositions d'œuvres d'art (notamment des artistes Claude Garelli - dont les tableaux furent e.a. exposés à la Cathédrale St-Michel et Gudule, Bruxelles, avec le vernissage en présence du Cardinal Danneels, et à la bibliothèque des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, F.U.N.D.P.) -, Jeanne-Marie Zele - notamment à la bibliothèque des F.U.N.D.P. -, Chantal Borremans, Henri Cloes, etc.

Bibliographie

Notre propos consiste surtout à situer Michel Defgnée sur le plan littéraire.

Il écrivit relativement peu de poèmes, mais leur qualité fut immédiatement reconnue. Il se faisait aussi un point d’honneur à ne publier qu’à compte d’éditeur (sauf le premier recueil). Il se réjouissait de ce que tous ses poèmes furent publiés.
Après son tapuscrit Premiers Poèmes en 1955 - il n’avait que 16 ans ! - , son premier recueil Passage au Méridien fut publié en 1958 à Bruxelles. L’ouvrage fut présenté au public le 27 septembre 1958 par les VII de l'Exposition Universelle. Suivra en 1959 le poème stylistiquement très neuf pour l’époque, l’Ordalie, qui fut réédité en 2002 et dont des extraits ont été mis en musique sous la forme d’un oratorio, l’Oratorio Liriche par le compositeur italien Francesco Valdambrini, aux éditions autrichiennes Peshek Neue Reihe, Linz, 1965. Notons ensuite les tapuscrits Averse de vie (la même année), Mensonge (1963), Des oiseaux pour David (1964) et Lumière éclatée (1986). Quant aux éditions, il faut mentionner le recueil Seule à seul, postfacé par Pierre Mertens, datant de 1984 (Editions Saint-Germain-des-Prés, Paris), et bien sûr son œuvre maîtresse, Fragments oubliés du visage, préfacée par Marc Richir (Editions Le Cormier, 1998, Belgique ; épuisé1). Sa poésie devint de plus en plus mystique. En témoignent les fragments Vacance 1 (publiés dans le recueil « Le bord de l’infini nous longe », ed. L’arbre à paroles, Maison de la poésie d’Amay n° 112, 2001, Belgique) et Vacance 2 (publiés dans la revue « Autour d’Anne-Marie Smal », ed.  L’arbre à paroles, n° 128, 2005). Il a fait l’objet d’un numéro thématique de L’arbre à paroles (n° 115, 2002), intitulé « Fragments autour de Defgnée ». Francis Chenot en assurait la préface, Michel Defgnée l’introduction. L’Ordalie (cf. ci-dessus) y fut republiée, suivie du poème Cruentatio. Des philosophes phénoménologues y ont commenté les Fragments : Christian Destain (« L’errance et le sacré ») et Jacques Garelli (« L’exercice du regard et l’épreuve du néant »). Il est en effet intéressant de souligner l’intérêt qu’ont eu des phénoménologues pour l’œuvre de Michel Defgnée : Marc Richir, Jacques Garelli, Christian Destain, Raphaël Gely, Jean-Pierre Carron, … . Plusieurs soirées littéraires ont été consacrées à l’œuvre de Michel Defgnée, avec notamment la lecture intégrale des Fragments, à l’Université de Louvain-la-Neuve, au Théâtre-Poème (Bruxelles), à la Maison de la Poésie de Namur, à la Maison de la Poésie d’Amay, …. Celles de Louvain-la-Neuve et de Namur ont été enregistrées sur vidéo2, celle du Théâtre-Poème, sur cassette/CD. Son œuvre a également été évoquée lors de conférences et récitals (par ex. rencontre à Louvain-la-Neuve du groupe phéno, groupe de travail de la SBSR – Société Belge de Sophrologie et de Relaxation – autour des Fragments avec comme intervenants Christian Destain et jacques Garelli). Michel Defgnée a encore publié plusieurs poèmes et textes (notamment sur Rimbaud, qu’il affectionnait particulièrement) dans différentes revues (Mensuel littéraire et poétique, La revue nouvelle, le mensuel du Théâtre-Poème, revue de L’arbre à paroles, revue du grenier Jane Tony, Quatuar, Marginal, …) et anthologies.   1 Il est possible toutefois de se procurer l’ouvrage auprès de Rita Fenendael, rita.fenendael@uclouvain.be. 2 Pour en obtenir une copie : cf. rita.fenendael@uclouvain.be

Textes


Il est difficile de trouver des inédits de Michel Defgnée. Il a exprimé à plusieurs reprises sa joie de voir tous ses écrits publiés. Les rares textes que nous avons pu déceler sont sans doute des brouillons. Nous nous risquons avec beaucoup de réserve de proposer ces quelques bribes …

              Passager de l’invisible - mon souffle cependant suspendu à tes lèvres - de l’escarpement de l’amour aux yeux vifs la réplique anonyme à l’envers du je évanescent comme si rien ne s’était passé   Brrr ! Dans ma bouche à feu et à sang de four, d’incendie ou de volcan des mots jetés (ou : la jetée des mots ou : le jet des mots) au fleuve ou à l’égoût pour éteindre les flammes (ou : la flamme) du soleil ou du gel   Par moments l’ombre que me prête l’éclat de tes yeux (ou : l’ombre où me porte l’éclat …) s’il la reprend en s’éteignant emplit le vide d’un silence si tonnant qu’il couvre nos appels (muets) dévaste les traces du vertige (ou : nos traits (immobiles)   Quand traversé de part en part (ou : transpercé) d’une lumière surgie de la mémoire (du miroir) l’ombre qui l’unissait aussitôt l’en sépare       Inédits plus anciens ?       Ici la voix emplie d’émoi porte plus loin mais le regard intrus ne guette qu’un faux mouvement pour briser ce bel espoir   Les nuages que colorie l’enfant do allongent à l’extrême une saison qui brûle encore percée de songes   Par le seul chemin qui n’en finit pas qui va d’un extrême à l’autre de soi en un même temps ici comme ailleurs Venir et partir à la fois   Le séjour d’un corps constellé au creux de langues indubitables que rétractent la chair et le sang   Encore mêlés comme des doigts ces morceaux de visage je les jette (ou : les jeter) au monstre des miroirs       Extraits de poésie publiée/éditée   De Passage au Méridien   Ce texte est en fait un journal poétique dont les fragments sont quasi indétachables … Nous vous en livrons néanmoins quelques phrases :   (Ma convalescence s’éclaira de prophéties quotidiennes : Tantôt créant la mythologie nouvelle)   Ils étaient trois autour d’un feu A se partager l’Univers. Le premier voulut le feu tel quel. Le second dut se contenter du reste. Il fallut une crue de la rivière Pour éteindre l’incendie. On sacrifia même quelques étoiles. Le troisième s’en tira sain et sauf.     (… Je tombai malade. On m’opéra sans raison. L’amitié ne me fut d’aucun secours. Il n’y eut pas de convalescence. Je me levai guéri de tout.) Je suis sauf Je suis sain et sauf. Je jette un regard. Je prends confiance. Un genou sur le sable, je prête serment. Je pleure comme une mariée. TOUT EST POUR LE MIEUX.     De Seule à seul               (exergue) On voit les étoiles de jour en se tenant au fond d’un puits (Histoire naturelle)   De l’éternel instantané depuis longtemps je monte vers toi sur une épée de sable entre le ciel et l’eau depuis toujours et sans bouger   Les nuages les arbres déchirés après l’orage toute la vie des voix que n’étouffe le feu la flamme basse des marées un vol d’oiseau ruisselle d’eau et de sable mêlés le secret de ta vie sur un corps naufragé comme en moi million de mouches la fumée quand en colonne vous alliez.     Des Fragments oubliés du visage               (exergue) Celui qui ne meurt pas avant de mourir est perdu quand il meurt             (Jacob Boehme)               (ouverture du Cantique)   Une vie perdue             sans rive ni durée             dans la vie d’un autre               Une vie de nulle part dont les gestes urgents en un lointain passé s’achèvent à présent   Une vie qui n’a jamais été hors de nous que partout fugitive     (fragment 1)   Qui de toute grâce répandue sur les claviers de la colère prend appui du regard au miroir sans mélange l’ange nu à soi affronté   (fragment 37)   Qui se dépouille du corps au détour de la vie prend refuge d’une ombre peut-être mortelle   (fragment 38)   Dans le regard des autres quelque chose comme une question   On dirait les débris épars d’un miroir introuvable où chacun épelle ses traits où il achève de se défaire le visage à jamais perdu   (finale du Cantique)   Tout départ est retour au miroir d’où plus rien jamais ne va ni ne vient hormis ce visage qu’on ne peut toucher - le tien ni le mien ne me sont visibles – celui que j’habite comme un étranger dont je me souviens en rêves anciens celui de quelqu’un qui n’a pas été     De Vacance (I et II)   Regarder en face le soleil ou la mort aveugle rend âme qui vive appât de l’éternel   Sous quel déguisement m’égares-tu dans l’affolement de l’arrimage de nos chairs malgré d’immuables gréements ?   Tu n’ouvriras la porte à personne. Qui la franchit par fraude - montagne ou désert – n’y trouve d’issue que le vide où se jeter   Poète, on eût aimé, pour ne vivre que de ses reflets sous la lame de son regard quand ne fulgure du coup de lance nulle part l’ultime éclat.

Commentaires


Michel Defgnée sur sa poésie …

             « Pourquoi la forme poétique du « Fragment » est-elle la seule que je pratique ? Parce que, je le crois fermement, c’est la seule susceptible de rendre compte en vérité d’une quête ontologique par la poésie dont le statut particulier en cette occurrence est tout à la fois celui de sujet et d’objet d’une démarche mystique et herméneutique : « De ces fragments, j’ai étayé mes ruines » (T.S. Eliot, The Waste Land)… A la fois sonde et prophétie, la parole aspire l’être qui l’inspire : elle creuse le vertige du vide qui l’attire à soi. Ce vide qui est un plein où le silence tonitrue, où la forme dicte le fond … On ne traque la vérité qu’avec l’instrument du mensonge … »               (in « Fragments autour de Defgnée », L’arbre à paroles, 115)     « Je pense que l’on ne choisit pas la poésie, c’est la poésie qui vous choisit. Pour moi, un poète, ce n’est pas quelqu’un qui écrit des poèmes … Etre poète, c’est une manière d’être ». « Comment définir ma poésie ? Il y a quelques années, dans une anthologie, on m’a classé parmi les inclassables, j’étais fort honoré ! Maintenant, … ma poésie est considérée comme « spéculative »… Il semblerait que j’écrive une poésie philosophique dans la mesure où ma préoccupation fondamentale, c’est l’être : l’identité, l’altérité de l’être par rapport au monde, de l’être jeté dans le monde … Dans les Fragments oubliés du visage, j’essaie de répondre à ces questions mais j’emploie l’artefact des miroirs … Y a-t-il dans l’expérience poétique une fome spécifique de phénoménalité qui puisse aider la phénoménologie elle-même dans son projet, sa visée, ses concepts fondamentaux, ses méthodes ?». « Un auteur qui m’a influencé ? Arthur Rimbaud des Illuminations, recueil qui a marqué le début de la poésie contemporaine … Il m’a montré que dans le monde où je vivais, je pouvais moi-même en créer un autre à moi seul ».   (Michel Defgnée interviewé par des étudiants à l’occasion de la Soirée de Poésie Contemporaine à Louvain-la-Neuve, 18 mars 1999)     Critiques littéraires sur la poésie de Michel Defgnée …               Pierre Mertens   « Il aura suffi à Michel Defgnée de trois recueils pour formuler les règles et définir les rites de cette ordalie ».   « Une poésie qui culmine et dépasse toute forme possible de révolte, une poésie qui se soucie si peu de plaire ou de séduire. Une poésie « presque utilitaire » de la nécessité d’être dite. Délibérément aveugle et sourde à ce qui n’est pas l’essentiel. Une poésie sans mémoire et où le rêve tue davantage encore que la réalité ».   Pierre Maury (sur Seule à seul)   « La poésie de Michel Defgnée trace un de ces chemins (nouveaux) : abrupt … et en même temps exaltant. Tout y est vu dans la profondeur d’un regard qui ouvre les perspectives et attire l’attention sur quelques caractères matériels d’un absolu : une hauteur vertigineuse ou la dureté du granit ».   Marie-Claire De Coninck (sur Seule à seul)   « L’écriture est brève, tranchante presque, … d’un dépouillement ascétique qui refuse toute parole superflue, toute image qui ne paraîtrait pas capitale, toute fioriture ».   Luc Norin (sur les Fragments oubliés du visage)   « Michel Defgnée est le poète du face à face, mais dans un mouvement de passage incessant, de va-et-vient, de retour et d’aller d’un visage à l’autre … Histoire de mises en abîmes répétées, évolutives, de la rencontre essentielle dans le mystère ».     Philosophes phénoménologues sur l’œuvre de Michel Defgnée …               Marc Richir   (ouverture)« Dans les Fragments oubliés du visage, Michel Defgnée se porte, mais est aussi porté au cœur d’une fascination, qui va jusqu’à une vision hallucinée : la fascination spéculaire dont il égrène l’histoire et la méditation en éclats finement ciselés …Eclats eux-mêmes fascinés et fascinants, échos d’une expérience qui se mesure à l’impossible : la rencontre de soi-même et la rencontre d’autrui ».   « Toute poésie n’est véritable que si elle côtoie les abîmes »     (finale) «  Pointe ultime, sans doute, de l’expérience, où, présomptivement ou après coup, il se prépare à ce voyage qu’Ulysse fit une fois au bord du monde. Nous aurions tort cependant de sourire. Raison, peut-être, de rire. Mais rire bien imprudent parce que, les Anciens l’avaient compris, il n’y a que le rire des dieux qui soit à cette hauteur ».   (in : « Les nouvelles aventures de Narcisse », préface des Fragments oubliés du visage)   Jacques Garelli   « Les Fragments oubliés du visage sont un poème de la déchirure, qui témoigne avec lucidité de l’impuissance de la parole, mais aussi du regard, à coïncider avec l’être aimé. Tous les pièges de l’illusion spéculaire, selon lesquels un regard cherche à saisir le regard de l’autre, sont prospectés dans ce texte, jusque dans la douleur. Sur ces tensions perpétuellement différées, qui déploient avec intransigeance leurs parcours, se greffe un second mouvement tout aussi douloureux, qui prend acte de l’irréductible fissure, qui déporte le regard du moi dans la distance, sitôt qu’il cherche à se réfléchir lui-même, dans l’identité de son être. Aussi, est-ce selon l’enchevêtrement dramatique d’un double regard, qui s’attire sans jamais s’atteindre en une coïncidence, qui se voudrait apaisante et heureuse, que s’ordonnent ces Fragments, dont tout lecteur peut reconnaître dans l’écho répercuté du silence, une expérience insondable à laquelle il a été sans doute confronté ».   (in : « L’exercice du regard et l’épreuve du néant », Fragments autour de Defgnée, l’arbre à paroles, 115)   Christian Destain   « On ne peut pas dire que cette poésie prenne beaucoup de timides précautions. Elle ne ménage pas le lecteur. C’est que la lucidité est exigeante (…) L’homme est homme du fait de se connaître mélange d’être et de non-être, l’homme est homme parce qu’il réfléchit ce savoir tragique. Et Michel Defgnée montre bien en quoi le poète est homme par excellence (…) Si l’homme est être de devenir, (…) c’est qu’il est un être temporel (…) C’est la force de Michel Defgnée de nous montrer les implications de cette temporalité, et d’y insister, au risque de secouer nos petites tranquillités (…) et sans doute nos petites lâchetés (…) Voilà ce que nous dit Michel Defgnée : l’homme est homme parce qu’il n’est pas Dieu. En Dieu, s’il existe, la fixité, l’intemporalité (…) En l’homme, cette sorte d’être qui n’est là que pour la réalité de sa disparition (…) L’homme est moment et fuite, Il est aussi espace et distance (…) Dans la multitude des horizons, l’homme se perd, comme dans l’infini du temps il s’anéantit (…) Mais du sein du désespoir le plus profond se prépare l’assomption d’un espoir, d’une sorte de rédemption (…) Il y a, dans la poésie des Fragments oubliés du visage, comme un appel au grand large, au grand et immémorial ailleurs (…) L’au-delà du regard, c’est la parole. Et on le comprendra à lire à haute voix ces Fragments (…), si justement sous-titrés Cantique (…) (La parole) est en quelque sorte tabernacle, (…) elle est comme l’oasis au milieu de nulle part (…) C’est par la parole que l’homme est homme : la parole « hominise » (…) Toute la poésie de Michel Defgnée s’inscrit dans la pensée de cette mise à l’écart qui offre à l’homme non pas la solution dernière à son mal-être d’être un être entre-deux, un être entre l’être et le non-être, mais une voie, un chemin, de nouveau la possibilité d’un voyage, un voyage à la rencontre de ce qui est à l’écart. L’infini des horizons jamais atteint est le lieu du sacré, du toujours d’emblée mis à l’écart (…) Paradoxe heureux que celui que montre cette poésie « fatalement sacrée» : plus l’homme se perd et plus il se trouve (…) Là est l’essence de cette poésie, véritable rituel de la parole. »   (in : « L’errance et le sacré », Fragments autour de Defgnée, l’arbre à paroles, 115)     Jean-Pierre Carron   « Aux yeux de Michel Defgnée, être poète c’est (…) avant tout « vivre en poète », (…) c’est adopter à l’égard du monde une position spécifique, c’est entretenir cet étonnement, cet émerveillement qui (…) furent à la source de la pensée occidentale. (…) C’est encore habiter un monde qui, bien que donné, reste à créer. L’écriture devient alors (…) l’acte même de cette création. (..) La Parole se fait poétique, prophétique, poiétique, (…) véritable pouvoir créateur et ontologique.   Les rythmes de la langue, les ruptures, les silences, deviennent (…) autant d’expressions d’une quête presque mystique, qui nous reconduit aux origines du sens, au lieu même de son émergence, en ces horizons diffus de pré-individualité que la phénoménologie qualifie du terme énigmatique de Monde.   Se créer, tout en créant l’autre, à travers un amour plus fort que tous les mots, telle était bien la tâche qui incombait à l’écriture.   (sera publié prochainement)     Poètes amis qui ont composé un texte en mémoire de Michel Defgnée …   Jacques Demaude   ( …) Un archange a frôlé chastement le visage sonore de l’amour certifiant ton passage. D’un signe il prouvera qu’avant nous – souvenance de la résurrection – tu composes la joie et Dieu parmi les morts, l’attente, l’espérance. (Le Spantole, 1er trimestre 2007)     Otto Ganz   (…) Car en chaque homme se traduit un secret par l’issue féconde de ce qui ensemencé résiste à la dévastation des crues   Rita Fenendael a lu ce texte de sa main lors de la cérémonie pour Michel Defgnée au monastère de Clerlande.               (…)             Michel ne nous a jamais appartenu             Il n’appartient à personne, même pas, surtout pas, à Dieu             Nous sommes dans l’errance             Mais aujourd’hui, nous dit l’Ecriture, est le jour du salut,             aujourd’hui le jour de la délivrance.             Hâtons-nous donc de lâcher prise.             Alors seulement, en vérité,             nous trouverons et Michel et nous-même             dans l’inconnaissance             où Dieu perd son propre Nom.

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