DE DONDER Claude


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Ci-gît : La mort et son message

 

Quand tu vogueras au gré de l’onde 
Songe dans ta perpétuelle flânerie
à oublier toutes les mesquineries
qu’on a fondées dans notre monde ...

Et ce soir-là, comme tous les autres soirs,
Villégiature et pense
réagis à ta façon pour que cette histoire
soit ton acompte à la dépense.

Car poète de tous les jours,
Sans aucun détour
Toi seul fait rimer « amour »
Avec…                 « toujours ».

Et puis tu sais aimer l’or car il est jaune,
tout comme le foncé des chênes, dans le Grand Meaulne,
Le blanc que tu es, parce qu’il est diamant
le rubis, même s’il n’est pas blanc.
tu ne dénigres pas les couleurs,
parce qu’elles sont hommes, et donc valeur.

Tu t’es fait objecteur de conscience.
tu as laissé le fusil et pris la civière,
car poète sans être homme de science
tu préfères la rime à la guerre.

Conseil à ceux qui désirent jouer au petit soldat,
d’être non-violent, anti-militariste
et s’ils envient les rubans, les grades et la croix,
conseille leur … l’armée des Salutistes.

Fais leur détester la machine,
Fais leur aimer l’ennemi, tous leurs antagonistes,
ces mots qui de honte font rougir
celui qui ne vas pas mourir.

Et raconte que l’acteur non-violent
qui paradoxe ; dénigrant
par son silence la force
ne vous jette pas son mépris
car combattant féroce
de toute bataille
jamais ne vous raille.

Certes, il pleure sur le canon
sauf s’il est en abandon
car à cause de l’arme
il coule trop de larmes.

Et jusqu’à l’orpheline qui doit se mettre au lit
pour recevoir son bol de riz,
et qui sourit en vous disant que c’est le salaire
de votre guerre.
Mais qui à l’aurore qui finit
se lève fugitive ombre
gardant la foi malgré cet accident fortuit
même si de dégoût elle se retire le visage sombre.
Car maintenant la voilà femme,
quinze ans et déjà… madame.

Donner sa jeunesse à la guerre
se faire putain pour un « j’espère »,
alors que les oiseaux l’invitent à se promener
voilà de quoi pleurer au lieu de chanter.   

[…]

 

Extrait de Tourment et nostalgie, p. 15-16

Commentaires


Anti-conformiste, romantique attardé dans notre siècle (ou venu trop tôt), Claude De Donder, se veut résolument révolté, contre les guerres impitoyables, contre le racisme, contre une certaine religion, contre une justice mesquine et déshumanisée.

Et son ton sonne juste, car il sait de quoi il parle. Sa désinvolture n’est qu’apparente et son humour grinçant n’est que l’envers d’une sensibilité que l’on a bien souvent trop ébréchée. Car au seuil de sa vie, cet homme jeune a déjà eu trop d’additions à payer.

Avec ce premier recueil, il dresse le bilan d’une vie absurde et établit le constat d’un monde où vivre peut paraître déraisonnable.

La femme et les mythes de son corps déroutant  constituent les thèmes essentiels et le point d’appui de ce recueil. Elle est présente, vivante à chaque page et reste la seule lueur d’espoir. Pourtant c’est quand il évoque les fêtes charnelles qu’il parvient le moins à cacher son angoisse d’être.

On lui reprochera une écriture parfois imprécise, mais n’est-ce pas un des charmes de cette poésie que de replacer des mots quotidiens dans un contexte inédit qui leurs accorde une connotation nouvelle.

On lui reprochera bien autre chose encore… Mais qu’on se souvienne surtout qu’il s’agit ici d’un cri venu de loin, d’une poésie qui ne cherche pas à séduire, qu’il s’agit de la voix déchirante d’un poète à qui il reste encore beaucoup à dire et à… vivre.

Jean-Pierre Larbalet, extrait de la préface de Tourment et nostalgie.


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