MATHOUX Louis


Biographie

Né à Nivelles le 16 novembre 1970.
Licencié en histoire (U.C.L., 1994) et diplômé en journalisme (U.C.L., 1995). Marqué par la mort brutale de son père, le 28 mai 1983. Rencontra en septembre 1989 une jeune fille dont il tomba amoureux fou, et qui inspire encore maintenant la plus grande partie de ses écrits. A travaillé comme bibliothécaire au Fonds des Accidents du Travail (Bruxelles) et à la Bibliothèque communale de Berchem-Sainte-Agathe. Actuellement assistant administratif au Ministère de la Communauté française. Passionné de voyages, a parcouru de nombreux pays. Critique de cinéma occasionnel. Il est secrétaire général des Scriptores christiani depuis avril 2006.

Ecrit de nombreux poèmes, nouvelles, proses poétiques et textes courts. Membre de plusieurs cercles littéraires (Grenier Jane Tony, Théâtre-Poème, Cercle de la Rotonde, Scriptores Christiani, Pen-Club Internationnal, Association des écrivains belges, Association des écrivains belges, Association royale des écrivains wallons). Administrateur des Scriptores Christiani depuis 2003.

Lauréat de 12 prix littéraires entre 1995 et 2004, parmi lesquels le Concours Richelieu de la Nouvelle (Liège, 1996), le Prix de la francophonie de la Nouvelle (Nantes, 1999) et le 1er Prix du concours de nouvelles de l’Ecole de la Loire (Blois, 2000).
Secrétaire Général des Scriptores christiani depuis 2006.

Son site personnel : www.mathoux.net.

Bibliographie

  • Maelström. Ed. de l’Acanthe, 1998. (Préface de Jean Dumortier).
  • La Nuit cannibale. Ed. Clapàs, 2001. (Préface de Marcel Hennart).
  • Croire au feu. Ed. L’Arbre à paroles, 2002.
  • Gisement de cri. Ed. Memor, 2005.
  • Le rire des succubes. L'Arbre à Paroles, 2006.
  • Le livre des blasphèmes. Le Somnambule équivoque, 2010.

(A reçu une subvention d’aide à l’édition du Fonds national de littérature pour Croire au feu, ainsi que pour Gisement de cri). 
  Plus de nombreux textes publiés en revues : Les Elytres du Hanneton, Le Spandole, Ecrits vains, Traversées, Magie Rouge, Le Non-Dit, Dixformes-nformes, Sol’Air, L’Arche d’Ouèze, Inédit nouveau, Microbe, L’Aconique, La Revue générale,…  

Textes


Depuis quelques éternités, j’utilisais une prière d’occasion qui tombait en panne tous les trois jours. Fatigué de ses caprices, je résolus de m’en débarrasser, et me rendis chez un concessionnaire agréé pour en acquérir une nouvelle. Là, on me fit voir une oraison de sport. Elle allait de zéro à Dieu en 7,7 secondes. Son moteur était constitué de deux mains jointes dont la cylindrée se montait  à 1200 grâces. En outre, son coffre arrière contenait un Ave et un Pater de rechange. Cette prière coûtait trois crucifixions et cinq flagellations, ce que je pouvais me  permettre. Je m’installai dans l’habitacle pour l’essayer. Son confort me plut. Je décidai de l’acheter séance tenante. Hélas ! Après avoir roulé à peine quelques kilomètres, je partis en tête-à-queue et percutai un péché de plein fouet.                       J’avais oublié de vérifier le niveau de foi.   À ma jambe droite, je m’appelais Hector. À mon bras gauche, Laurent. À mes mains, Guillaume. À mon visage, Pierre. Etc.                        Fatigué de cette anarchie, j’allai un jour demander à Dieu s’il était possible d’harmoniser l’ensemble sous un seul et même prénom. -          D’accord! répondit-il. À partir d’aujourd’hui, ton être tout entier s’appellera le Sans Nom.   Depuis quelque temps, j’étais affecté d’un hoquet persistant. Sa régularité en fit rapidement la proie des convoitises les plus diverses. L’armée désirait se l’adjoindre en tant que tambour-major. Les horloges voulaient s’en approprier comme pendule. Les radios avaient envie de lui pour en fabriquer des ondes.   Mais je préférai vendre ce hoquet à mon cœur, qui ne battait plus depuis que la femme s’était envolée loin de moi.   Depuis  plusieurs années, je priais et suppliais Dieu en vain. Finalement, fatigué  de son   mépris, je résolus de me tourner vers le Diable, et de lui demander ce que le Très-Haut me refusait. J’éructai blasphème sur blasphème, récitai les pires malédictions, et m’astreignis à puer de la langue et de l’âme. En pure perte. Rien ne me fut octroyé.   Tandis que j’étais plongé dans  le désespoir, une ombre vint à passer, qui me demanda la raison de mes larmes. Je lui narrai par le menu mes désillusions. Alors l’ombre s’écria : -      Ne le sais-tu pas? Si les suppliques adressées à Dieu se font par la bouche, les prières à son adversaire doivent au contraire être émises PAR LE TROU OPPOSÉ.  

Commentaires


Gisement de cri
Sous-titrés Chroniques infernales, ces textes du poète et nouvelliste nivellois Louis Mathoux sont autant de visions allégoriques d’une puissante originalité, arrachées, pourrait-on croire, à l’univers pictural de William Blake. En guide d’introduction, Le Cortège de la fiancée, de Léon Bloy, situe dans la fureur et l’exaltation l’objet principal et paradoxal des dialogues oniriques qui suivent : la femme originelle et éternelle, séduisante incarnation de toutes les énigmes posées à l’homme et « signature opposée par Dieu sur le monde après qu’il l’eut créé ».   Le Vif - L’Express.   Un mince livre de réflexions d’un écrivain de Nivelles. Catholique engagé, Louis Mathoux place Dieu au-dessus de tout ; c’est lui le grand organisateur de l’humanité, lui l’usine à siècles, le créateur d’horizons. Il se fait qu’à travers de courtes anecdotes, Dieu doit arbitrer un match d’ici bas entre la Femme et l’Homme. Qui est gagnant, qui compte les points ? Le lecteur ! Il s’amuse, réfléchit, sourit comme si sous cette plume légère pouvait s’envoler l’oiseau rare d’un Dieu plus marrant que d’habitude. Lire ce livre, c’est voler au secours de la morosité ambiante   La Capitale.  

Maelström

   De quelle parole, violente, chamarrée, aiguë, se construit le premier recueil du jeune poète Louis Mathoux ? Né en 1970, il est présenté chaleureusement, en quatrième de couverture, par Jean Dumortier. Une couverture jaune soleil qui, hélas, ne laisse que deviner ses propos imprimés à l’encre blanche ! Décrivant la poésie de Mathoux, il parle d’un enfant du saccage en son « corset de fièvres ».

   Il est vrai que ces poèmes d’amour où le poète « saigne des erreurs rouges » sont remplis d’images baroques dont certaines, très denses, font oublier un foisonnement d’adjectifs. A quand, un deuxième recueil où le poète nouera la force de l’image et la rigueur du verbe ? Nous l’attendons.   La Libre Belgique.  

La Nuit cannibale
Louis Mathoux nous entraîne loin, au plus noir de la nuit, là où se « ressource en ténèbres », là où, peut-on dire, elle prend son cours, et ce lieu, profond comme un abîme, dissimulé des regards, c’est l’âme du poète, notre frère en souffrances et sensations brutes. La nuit travaille l’âme, s’y mêle au point de se confondre, de s’unir avec elle à la façon dont au cœur de la forge se mêlent les matériaux avec le feu pour transmuter, ici, des plaies en paroles, d’"incriables cris " en encre définie comme une " nuit repentie qui s’adonne plus qu’au scintillement des mots ". On l’a compris, Louis Mathoux ne décrit pas une nuit apaisante donnée d’emblée au seuil du sommeil, en surface plane, mais une nuit hantée, vorace, déchirante, à conquérir de haute lutte pour en extraire, au-delà des vains tourments de la chair, d’appétits innombrables, une sorte de lumière intérieure qui aurait intégré tous les espaces de vues. Louis Mathoux pratique avec ardeur l « ’art de l’ombre »   E.A. Remue-Méninges.    
Voix inclassable

   Léon Bloy, lui non plus, n’était pas un mâcheur de mots. L’énorme, le barbare, le sauvage ne lui étaient pas étranger. Au XIXe siècle, ce catholique intransigeant avait été l’auteur de pamphlets éructants dont son célèbre « Journal » porte la griffe. C’est là que Louis Mathoux a trouvé le texte décapant qu’il a porté en avant-dire de son livre : Le cortège de la fiancée », cette « horrible Vierge aux entrailles inaccessibles »…Pour Mathoux : justification de son propre univers ? Oui, mais avec l’âme de Jarry, l’esprit d’Artaud, et devenant, avec Rimbaud, « un opéra fabuleux ». Dans ses « chroniques infernales », l’auteur donne ici une sorte de tome 2 à son déjà étonnant « croire au feu » (L’Arbre à paroles, 2002).

   Nous nous situons à l’Ere du Cri, non loin, dans le temps et l’espace, de la Genèse où nous entraînait son précédent recueil. Mais la Genèse se présente encore ici dans la réalité fantasmatique d’un trio infernal : la Femme, l’Homme et Dieu. La femme, irréductible ennemie de l’homme qu’elle ne rêve que d’asservir est aussi l’ennemie de Dieu dont elle rêve de supplanter les pouvoirs. Un Dieu souvent arbitre qui s’en tire par des pirouettes : abstractions animées dont Louis Mathoux a le secret et qui deviennent pour le lecteur comme d’étranges, hilarants ou cauchemardesques dessins animés qui s’inscriraient dans les visions d’un Jérôme Bosch. Il arrive aussi à Dieu de douter de lui-même et de s’inscrire dans une métaphysique de recherche.

   La force de Louis mathoux est dans sa manière de s’emparer des vieilles images de la religion, de la morale, de l’éducation, de la représentation de l’existence, des valeurs acquises en tous genres pour remanier la pâte en forme de « non-sens » qui vous saute à la figure à toutes les pages. Mais un non-sens porteur de sens à reconstituer. Inclassable brûlot.

Luc Norin dans La Libre Belgique.

 

 

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Courriel : louis@mathoux.net