LEUCKX Philippe


Biographie

Né en 1955, à Havay (Hainaut belge). Etudes de lettres romanes et de philosophie à Namur et à Louvain. Mémoire de licence consacré à une approche sémiotique de Proust (promotrice : Ginette Michaux). Etudiant d’André Sempoux, de Jean Ladrière. Professeur de français, d’histoire de l’art et de philosophie à Soignies.

Chroniqueur à regArt, à l’Arbre à paroles (1995-1998) et à Dixformes-informes (2000-2002). Collabore, depuis ses débuts en 1993, à de nombreuses revues littéraires : Multiples, Le Fram, Archipel, Rétro-Viseur, Le Non-Dit, L’Inédit nouveau, Le Spantole, Le Pollen d’azur, Traversées, Issimo (Palerme), Ecriture (Lausanne), Le Mensuel poétique et littéraire, La revue générale, Courant d’Ombres, Estuaires, Arpa, Saraswati

Des centaines de poèmes et deux cent vingt articles parus. Articles consacrés à Zrika, Dugardin, Vandenschrick, Rombi, Guillard, Grandmont, Miniac, Kiesel, Baude, Leclercq, Donnay, Counard, Wauthier, Aubevert, Mathy, de Cortanze, Sallenave, Scola, De Halleux, Lison, Nys-Mazure, Jones, Foulon, Léautaud, etc. Critique littéraire au Journal des poètes, à Bleu d’encre, à Francophonie Vivante, aux Dossiers L (sept monographies consacrées aux poètes belges Vandenschrick, Kinet, Lambiotte, Donnay, Romus, Roland, Bonhomme, Rose-Marie François, Liliane Schraüwen, Béatrix Beck). Auteur de préfaces à des plaquettes (Clapàs) de P. Roland, R. Counard et F. Kiesel. Boursier de la Communauté française (1994). Prix de la Province de Liège (Concours Pyramide 2000).

Résidence d’auteur à l’Academia Belgica de Rome (2003 et 2005). Membre de l’Association des écrivains belges, de l’association Charles Plisnier, de l’Association des Professeurs de français, de l’Association Royale des Ecrivains wallons, du Cercle de la Rotonde. Examinateur au Jury de la Commaunauté française (histoire, géographie…). Traduit en italien par Bruno Rombi. Traduction de l’italien (Mosca, Rombi). Dossier sur Grandmont paru en 2005 à « Autre Sud ».

Lauréat du Prix Emma Martin de poésie 2010 pour son livre de poèmes "Selon le fleuve et la lumière" (Ed. Le Coudrier, 2010, 126 p.). Son recueil "Lumière nomade" paru aux éditions M.E.O. a, quant à lui, reçu le Prix Robert Goffin 2014 et le Prix Gauchez-Philippot 2015.

Bibliographie

  • Une ombreuse solitude, l’Arbre à paroles, Amay, 1994.
  • Poèmes d’entre-nuits, Le milieu du jour, Paris, 1995.
  • Et déjà mon regard relue la cendre, Ed. Clapàs, Aguessac, 1996.
  • Comme une épaule d’ombres, L’Arbre à paroles, Amay, 1996.
  • Le fraudeur de poèmes, Tétras-Lyre, Soumagne, 1996.
  • Une sangle froide au cœur, L’Arbre à paroles, Amay, 1997.
  • Nous aurons, Ed. Clapàs, Aguessac, 1998.
  • Une espèce de tourment ?, L’Arbre à paroles, Amay, 1998.
  • Puisque Lisbonne s’écrit en mots de sang, Encres Vives, Colomiers, 1998.
  • Un obscur remuement, La Bartavelle, Charlieu, 1999.
  • Le fleuve et le chagrin, Tétras Lyre, Soumagne, 2000.
  • La main compte ses larmes, Ed. Clapàs, 2000.
  • Poèmes de la quiétude et du désoeuvrement, L’Arbre à paroles, Amay, 2000.
  • Un bref séjour à Nad Privozem, Encres Vives, Colomiers, 2000.
  • La ville enfouie, Encres Vives, Colomiers, 2001.
  • Celui qui souffre, Ed. Clapás, Aguessac, 2001.
  • Poèmes pour, La Porte, Laon, 2001.
  • Touché cœur, L’Arbre à paroles, Amay, 2002.
  • Sans l’armure des larmes, Tétras Lyre, Soumagne, 2003.
  • Faubourg d’herbes flottantes, La Porte, laon, 2003.
  • Errances dans un Bruxelles étrange, Encres Vives, Colomiers, 2004.
  • Les 16 élégies de ruine, Multiples n°64, Longages, 2004.
  • Rome cœur continu, La Porte, Laon, 2004.
  • Te voilà revenu, Ed. Les Pierres, Tournai, 2004.
  • En écoutant Paolo Schettini, Encres vives, 2006.
  • Un dé de fatigue,Tétras Lyre, 2007.
  • Etymologie du cœur, Encres vives, 2008.
  • Rome rumeurs nomade, Le Coudrier, Mont-Saint-Guibert, 2008.
  • Périphéries, Encres vives, 2009.
  • Selon le fleuve et la lumière, Le Coudrier, Mont-Saint-Guibert, 2010.
  • Le beau livre des visages, Maelström, 2010.
  • Le coeur se hausse jusqu'au fruit, Les déjeuners sur l'herbe, 2010.
  • Rome à la place de ton nom, Bleu d'encre, 2011.
  • Romadesso, poèmes inédits.
  • L’aile du matin, poèmes inédits.
  • La rue pavée, poèmes inédits.
  • Un bandeau d’ombre douce sur les yeux, Poèmes 1996-2005 inédits.
  • Une inquiétude passionnée, poèmes inédits.
  • Selon le fleuve et la lumière, Ed. Le Coudrier, 2010, 126 p. Prix Emma Martin de poésie 2010 décerné par l'Association des Ecrivains Belges, lors de la Rentrée Littéraire du 12 octobre 2011.
  • Dans la maison Wien, Encres Vives, 2011.
  • D'enfances, Le Coudrier, 2012.
  • Au plus près, Éditions du Cygne, 2012. (Le Chant du Cygne).
  • Un piéton à Barcelone, Encres Vives, 2012. (Lieu).
  • Quelques mains de poèmes, L’Arbre à paroles, 2012.
  • Lumière nomade, M.E.O., 2014. Prix Robert Goffin 2014. Prix Gauchez-Philippot 2015.
  • Dix fragments de terre commune, La Porte, 2014.
  • D'où le poème surgit, La Porte, 2014.
De nombreuses suites poétiques publiées en revues (Ces gens-là, L’Arbre à paroles, regArt, Pollen d’azur, L’Inédit Nouveau, Multiples, Arpa, Bleu d’encre…). 
Participation à des anthologies (Mille poètes, mille poèmes brefs/ Jeunes poètes francophones de Belgique 1) et à des numéros de revues (Le Carnet et les Instants 100/ L’Arbre à paroles 100…).  
Présentation d’écrivains (vandenschrik, Hennart, Romus, Mathy, Nys, Blondiau, Foulon, Mathoux, Roland, Donnay, Libert, Bonhomme…) à la Maison de la Poésie d’Amay, à l’Apéritif des poétes (Charleroi), au Grenier Jane Tony, à la porteuse d’eau, à la Maison des Ecrivains (Bruxelles), au Cebtre Culturel de braine-le Comte, à celui de rebecq, à l’Art Shop, au Cecle de la Rotonde, au Théâtre-Poème (Bruxelles).  
 
À consulter  
 
F. Kiesel, "Philippe Leuckx, De la simplicité en poésie". In : La revue générale, mai 2000.
F. Kiesel, "Philippe Leuckx : Dossier L", Service du Livre Luxembourgeois, Marche, 2002.
J. Vandenschrick (Mensuel littéraire et poétique), André Romus (Journal des pètes, Traversées), Luc Norin (La Libre Belgique), Claude Donnay (Bleu d’encre, Traversées) Jean Chatard (Traces, Parterre verbal), Paul Roland (Rétro- Viseur), Françoise Lison-Leroy (Le Courrier de L’ Escaut, L’Arbre à paroles), France Bastia (La revue générale, Nos Lettres), Georges Jacquemin (Traversées), Marcel Hennart (Dixformes-informes, Clapàs), Roger Foulon (Nos Lettres), Pierre Maury (Le soir), Michel Voiturier (Vers l’avenir), Colette Nys-Mazure (La Revue Nouvelle), Joseph Bodson (Le reflet de chez nous), Georges Cathalo (Clapàs), Emile Kesteman, Marie Nicolaï (Nos Lettres), Carl Norac (Audax), Paul Mathieu (Traversées), Lionel Destremau, Libert (revue Sources, Maison de la Poésie de Namur)…
Reflets Wallonie-Bruxelles : la pensée wallonne, n°29, juillet-sept. 2011, p. 15. Joiret, Michel.
Le Prix Emma Martin décerné à Philippe Leuckx "tombe" dans de bonnes mains!". In : Nos lettres, n° 3 décembre 2011, p. 21-23.

Textes


Extrait de « Rome à la place de ton nom »
 
Tout me manque
La rue le bleu de la ville
Ma mélancolie saline
Ronge une rive mouillée
Mes pierres
Le poème
La vie
 
Ce peu d’encre
Qui me monte aux yeux
Lorsque faible langue
La lampe
Laisse
Filtrer
Cette trace
De souffrance
 
Cageots pressés contre notre cœur
Nous respirons à peine
De trop de ferveurs
Perdues
 
Extraits de « Le piéton de Rome » (écrits en résidence d’auteur à l’Academia Belgica, août 2005)
 
Bouteilles oubliées au square des tendresses
Nocturnes
Aux autres l’herbe reste toujours
Mystère
Ni poussière d’âme
Ni tremblement
Les épaules ont tout oublié
Des cris
De joie
 
J’allais comme un enfant dépouillé
Frondeur sauvage
J’allais boire au ciel
Un peu de raisin de vivre
Ainsi va Rome
D’invectives tardives
En récriminations
D’objurgations
En broutilles riveraines
Ainsi songe Rome
Au fil de l’eau
Que verse une vasque
Au fil des jours d’août
 
Sa tristesse le pare
De la Rome du soir
Il est triste certes
Mais son regard
Est  beau
Comme une poignée
De victoire
 
Tout à l’heure
La pauvreté a traversé la rue
Elle avait le pied
Enflé sale
La jambe
Gonflée de peur
La jupe verte
Le serre-tête rose
Une pauvreté apprêtée
Insupportable
 
Ta tonsure au-dessus de l’oreille
Pourquoi la brises-tu ?
D’un chapeau bien trop noir ?
Ta blessure tu la caches
Au fond de ta musique
Je m’écorche à te suivre
Je m’échine à te voir
Trop obscur sans doute
Trop amer pour sûr
 
Extraits de « Etymologie du cœur »
 
Je suis à peine là dans l’anse du souvenir, je tourne autour, il n’y a pas d’eau, il n’y a que le temps d’en découdre  avec soi avec ces années-là ce trop-plein de talus où nous taillons les arcs flexibles de ruelles bien mortes de longues randonnées entre terre et terre, versés, mauvaises herbes à ôter, sacrés souvenirs
 
J’écris dans la distance ces noms qui me reviennent de droit et mes sœurs et mes frères et les
Terres où mon enfance a pataugé et les hautes herbes et cet œil qui cligne et ce trop fort soleil qui me fait signe de loin va donc jusqu’au bout il y sera une île très longtemps dans les champs je mesurais les îles avec mes petites mains je les prenais sur moi comme des fautes passagères un espace pour mon rêve moi pas plus haut que betterave de juin

Commentaires


Il faut lire doucement « Une ombreuse solitude » de Philippe Leuckx, premier recueil publié d’un poète qui compte aujourd’hui dans ses tiroirs une dizaine de recueils encore inédits. Déjà, quelques textes nous étaient tombés sous les yeux, dans diverses revues. Nous y avions reconnu une voix. Elle s’inscrit comme en retrait des choses. Elle parle à partir d’une solitude et la reconnaît où son regard se pose. En peu de mots, le poète établit un espace en creux, dans lequel les êtres et les choses les plus proches, et le temps le plus réel, semblent nous échapper. Tranquillement poignant.
          
« La Libre Belgique » du samedi 11 février 1995
 

*

C’est une plume continûment légère que Philippe Leuckx a choisi de célébrer « une ombreuse solitude », de l’habiter, de la nommer. Il semble bien que ce livre soit le premier qu’il publie mais, minutieusement, Leuckx dresse la liste d’une dizaine de recueils «  inédits » dont il a soin de nous préciser le nombre de pages !
Mais c’est de ce petit livre, bien présent, bien charnel, qu’il s’agit aujourd’hui. S’il chante l’ombre, l’ombre n’y est jamais opaque ; s’il nomme la solitude, le solitude ne s’y fait jamais déchirante ; s’il évoque la nuit, la nuit jamais ne s’y attife de malices et de sang. Et c’est par la lente langue des méridiennes que Leuckx célèbre la transparence. Et c’est à travers la clarté des villes et la grâce des corps vers l’été vers la vie que je le vois lire sa dose quotidienne des visages sur les seuils ouverts !
Je retiens aussi quelques formules dont la simplicité même s’accorde au propos tenu ici :   
                      Nous sommes en paresse éblouie
                      Ce bonheur-errance naît avec le printemps 
Cette voix qui a le bon goût de ne jamais appuyer, ces aveux qui ont la pudeur de ne jamais s’afficher ont sans doute comme contrepartie une certaine joliesse qui n’est pas loin de la facilité (le temps de quelques phrases, cerises de notre mémoire ; et autres plaisirs enivrants).
La rigueur, elle aussi, se conquiert. Mais je transmets ici le simple plaisir de l’écoute et du partage :
                …Aux balcons lueurs et baisers
                    Tissent les beaux jours
                 …Nous allons vers les soirs
                     Cueillir les douleurs
                 …Ma lampe brûle
                     J’attends
                     Que ton corps d’aube
                     Sombre lourd
                     Dans mon sang
Une telle authenticité de la langue et du cœur ne peut mentir !
  
André Romus dans le Journal des Poètes, décembre 1994.
 
*
 
Comme une épaule d’ombre 
 
Le pari de Philippe Leuckx est de tisser dans ce livre un réseau poétique autour de la toile de Balthus « Jeune fille à la fenêtre » et de convaincre son lecteur de l’accompagner dans les diverses pérégrinations qu’il entreprend allègrement tout au long de ce petit ouvrage, afin de sérier mieux le tableau (peint en 1955) et ses jouissances contemplatives.
Philippe Leuckx fait preuve ici de beaucoup d’imagination puisqu’il évoque à propos des yeux de la jeune fille « la lame d’un poignard » et page suivante « la trace blonde des aïeux/sur ses joues » (avec un point d’interrogation, il est vrai). Cette « Jeune fille à la fenêtre » qui, rappelons-le n’est visible que de dos sur les toiles de Balthus, a décidément bien des charmes dissimulés pour le poète qui extrapole en investissant le tableau, le « repeignant », le « retravaillant » selon son propre lyrisme.
En fait, il semble que la « Jeune fille à la fenêtre » soit le catalyseur de ses rêves, une sorte de prétextes au déploiement de hantises esthétiques que le poète fait siennes afin de les aimer mieux en les partageant avec le peintre. Quant à Balthus, qui saura jamais si ses émois rejoignent ceux du poète ?
« Son corps encore lourd/Comme le sort d’un enfant/Ombrelle de nuit/La protège du monde/Comme la peau les os. »
Un livre singulier dont la démarche pose la question de l’interprétation des œuvres.
 
Jean Chatard
 
*
 
Poèmes d’entre-nuits 
 
La langue de l’amour emprunte parfois, en poésie, des chemins inédits. Comment célébrer avec des paroles neuves ce sentiment vieux comme le monde ? Philippe Leuckx est de ceux qui tentent l’aventure du langage pour côtoyer l’indicible. Et pour l’offrir, vibrant, à d’autres arpenteurs.
Les éditions Le Milieu du jour publient cet été les « poèmes d’entre-nuits » d’un jeune écrivain du hainaut. Il s’agit de textes courts, accessibles, dont la force intérieure se révèle au lecteur sans emphase. Une grande économie de mots, des instants fruités, la complicité des éléments et celle des saisons : un secret élan emmène la parole au vif de l’existence. Côté cœur, le présent investit la page. « Rien d’autre/ Je ne veux écrire/Qu’apprivoisé/ De sang. »
La  métaphore porte le poème pour fêter l’attente et sa fièvre. « Les arbres ont des couleurs d’abîme » ; « une douce fatigue ourle la mer. » Et si la sérénité demeure au centre du recueil, c’est parce que veille une tendre patience qui ne craint pas la mort, ni le temps enfui. « Nous serons ce passage/dans la houle des blés. »
En marche vers l’avenir, le poète croise « le pays cerclé d’hiver » et « une sieste d’étoiles ». Il s’avance vers un ailleurs qu’il sait proche. « Vers quelles collines/Puisons-nous/Ces tisons qui nous brûlent ? »
Les cinquante poèmes offrent des tableaux en mouvement. Le regard saisit l(instant fugitif qui donne visage à chaque part de ciel ou d’ombre. « La mort se cache/Dans un clignement/De paupières. » Sous l’apparente simplicité des mots, l’image porte haut ses couleurs et sa voix.
De l’enfance solaire à l’amour inventorié, Philippe Leuckx laisse ouverte la porte de la création. Au lecteur d’y glisser ses pages ou ses attentes, son grand rêve premier. A chacun d’y dénicher la petite lueur interdite qui réchauffe et rassure.
 
Françoise Lison