FOULON Pierre-Jean


Biographie

Né à Charleroi le 20 juin 1948, Pierre-Jean Foulon passe son enfance à Thuin et dans la campagne environnante. Après des études de philosophie et lettres à Liège et d’histoire de l’art à Leuven, il devient en 1977 conservateur de la section des Livres précieux au Musée royal de Mariemont et donne des cours d’histoire de l’art, d’esthétique et de muséologie dans diverses institutions d’enseignement supérieur (notamment les universités de Namur et de Liège). Un de ses sujets de prédilection, en ce domaine, est la rencontre entre architecture et art contemporain. Parallèlement, depuis la fin des années septante, il publie aux Editions du Spantole, créées par son père Roger Foulon, des recueils de poèmes tantôt inspirés par une nature fort proche de celle célébrée par Jammes et Giono, tantôt par des recherches plus secrètes et plus sombres où se mêlent écriture automatique et questionnement philosophique.

Bibliographie

Essais (sélection)

La sculpture populaire. Louvain, Institut d’archéologie et d’histoire de l’art, 1972.

Raoul Warocqué, collectionneur de livres illustrés contemporains. Musée de Mariemont, 1991.

L’illustration du livre en France de 1870 à 1918. Musée de Mariemont, 1999. 

Poésie

Tous les recueils, à l’exception de Ver, sont parus aux Editions du Spantole ou dans la revue « Le Spantole » (Thuin).

Le beau pays, 1976.

Pas ordinaire, 1977.

L’argile dans le songe, 1979.

Marines, 1980.

Signes, eaux nocturnes, 1981.

La vie comme feuilles et menthes, 1982.

Blés noirs chemins blancs, 1983.

L’ombre des aunes, 1984 (Prix Maurice Gauchez 1983).

Vingt fugues mineures, 1985.

Septante nuits, 1986.

Ver, 1987 (Prix Robert Goffin 1984 – publié sous forme de livre-objet créé par Christian Staquet).

A bords déchiquetés, 1991.

Quand, 1996.

Fresque baroque de mon désir, 1997.

Soixante métaphores irrésolues, 2000.

Los du troupier postmoderne ou de ses pieux acolytes, 2004.

Enclave de la confession, 2005.

Ready M., 2006.

Désordre du possible, 2009.

Fresque baroque de mon désir, 2014.

Voyage au pays du néant provisoire, Edition du Spantole, 2015.

Textes


Barricadé derrière la souffrance d’être,
Lentement s’enliser dans le vert univers
Est-ce raison de vivre ou habile manière
D’oublier de la mort les regards aux fenêtres ?
 
Et s’enflammer comme des frondaisons d’étoiles,
Brûler, en un désir d’aurore ou de jeunesse,
Brûler comme un Grand Pan ou comme un faune pâle
Parmi les joies, les odeurs végétales, qu’est-ce
 
Sinon, dans la moiteur de très douces argiles,
Etouffer la souffrance au poème docile
Et inventer raisons plus claires que lumières ?
 
Qu’est-ce, malgré l’oracle de la mort, écrire,
Sinon s’offrir luxe et nécessité de dire
Le lent enlisement dans le vert univers ?
 
(L’ombre des aunes)
 
*
 
Printemps prête ton nom à ces levées de feuilles
lames charnues chairs éclatées verts travaux de soc
printemps arrose le silence de ton sang
conçois les mots de ton cosmos
 
Etamine s’allonge et dicte miel à ta mémoire
bourdon graisse de vol le lent ébat de tes pistils
paon bouillonne et gronde un chant d’ocelles
feu griffe songe nuit bout
oiseau émiette cris et fourmis se dévorent
 
Le monde est ta nef printemps
prête ton cœur aux remuements des glaises à la marée des sols
vois
l’infini brûle entre tes paumes emblavées
 
(Ver)
 
*
 
Peu d’heures seulement après l’écroulement de l’être, vient un second miracle éclairant à nouveau la clairière incomprise du temps. Mais souvent se dérobent les soirs, les douceurs, les attouchements de la parole. Et le cri annonçant l’évasion devient roc et souffrance malgré le feu dans la clepsydre et la beauté des grandes aurores boréales.
 
(Septante nuits)
 
*
 
Clôturant l’immuable, brandissant le fleuve définitif et débordant, la vie s’achève à petits coups de gaule dans la nuque : infestée de sarcasmes, éblouie par sa mission d’orage. Son chant, brisé par les phalènes, exerce de grandes prétentions d’ange ; son territoire, noué au centre des passions, dispose de lointains commerce avec le vide. La mer, peuplée de signes et de consonnes, déferle en branches de lilas sur sa robe de plumes. L’herbe, au cœur de ses volcans, laboure de ses orgies douces un grand sommeil de connivence avec le gel. Tout passe ainsi qu’un être et l’ordre se repaît des morts comme les dieux des baies sauvages dérobées aux chiens.
 
(Soixante métaphores irrésolues)
 
*
 
Croire qu’un musée peut braver l’éternel est punissable d’un désaveu des dieux. Car rien n’est plus infime que ces collections vidées de leur présence comme ces troncs pourris jusqu’à l’ultime essence.
 
(Désordre du possible)

Commentaires


Quel que soit l’espace où se déroule son rêve, Pierre-Jean Foulon garde le goût d’une escale « peuplée de vie et de mystère », c’est-à-dire propice à la fertilité d’une écriture nourricière.
 
Edmond Vandercammen
 
*
 
Pierre-Jean Foulon a le goût des mots, la passion des mots qu’il égrène « sur le chapelet de ses pages ». Et ce culte ne va pas sans un certain baroquisme, celui de la danse tropicale des syllabes.
 
Jean-M. Horemans