CAUNUS Maria


Biographie

Née à Hereford (Grande-Bretagne) en 1945 et décédée en 2014. Marie Cunus était spécialiste en langues romanes (Université de Liège)
Plasticienne et femme-poète (études à l' académie des Beaux-arts de Liège), elle cultivait et entretenait la polyvalence dans les arts.

Artiste invitée à de nombreuses expositions depuis 1988, ses oeuvres suggèrent la magie et le goût du rêve ; un des principaux thèmes est celui de la femme d'hier et d'aujourd'hui evoquée dans ses qualités et ses travers..

Prix

- Prix du concours annuel de l' Académie Royale de Belgique, classe des Beaux-Arts (projet d'intervention sur le soubassement des fonts baptismaux de St Barthélémy à Liège) en 1997.
- Premier prix du concours de poésie organisé par le conseil des femmes francophones de Belgique en 1998.

Bibliographie

  • Femmes à découvert. Ayeneux : Tétras-Lyre, 1995. (Accordéon).

  • Petits riens, simples merveilles. Amay : L'arbre à paroles, 1997.

  • Quatrins, participation poétique. Ayeneux : Tétras-Lyre, 1997.

  • Egographie. Bruxelles : Les Elytres, 2002.

  • Les larmes de Cassandre / Immortelles, mes amours mortes. (Double recueil). Bruxelles : Les Elytres, 2005.

  • Le fil d'écriture, en toute proximité avec Jacques Izoard. Texte et choix de 27 croquis. Grenier Jane Tony, 2012. (La fleur ; 8).

 

Textes


Poèmes inédits

Dans ses fourmis fumantes,
La mort ne bouge pas.
Elle a la garde de l'homme nu,
Basculé dans la terre noire duveteuse de ses origines.
À Noël, on mange bien, on mange chaud,
Friands du lapin vidé de sa carcasse.
Le goût de sa chair restera dans nos mémoires.
Mais jamais, nous ne saurons le nom de ses hautes oreilles.

J'ai ouvert l'orange :
Elle a lâché son jus sans parcimonie
Sur ma jambe d'été.
Le soleil s'en est mêlé.
Son talent d'empereur ne ferme jamais l'oeil.
Il absorbe le jus délicat
Mais ma peau garde
Prisonnière, l'empreinte de l'effluve.
Passe un voyageur
En sandales de pauvreté.
D'orange en orange,
Dans le ciel des parfums,
Il gravit l'arbre des lanternes
Et s'y abreuve.


La voix de Basquiat

Eh bien moi, avec mon amour fou qui vous étreint,
Je vais tagger
Sur les murs de la ville de province
Sur les trottoirs luisants de pluie crottée
Sur les autos qui se bécotent
Sur le soleil et sa remorque
Sur mon rimmel bleu de séraphin
Sur les croix des églises et des cimetières
Car sa voix harcèle le silence des âmes
Et je m'épuise et je suce des lames de rasoir
Et je meurs sans voyelle, sans consonne
Mais il est primordial de se montrer.

Commentaires


Dans un méli-mélo de couleurs, une femme cueille, au bois de ses hanches, ses mots feuillus. La chanson rose entre dans la chambre. On entend : "femme(s) aux seins d'azur". Il y a de la porcelaine fushia, des vases de Chine, un divan, de l'ivoire, un pré bleu, un silence. Il y a aussi un mystère blanc, un buisson ardent. Pas de raton laveur mais, dans un nuage, on entrevoit Prévert aux côtés de Dante. Méli-mélo de couleurs. Une tourmente. Un noir bleu, un noir rouge. Dans la chanson, les orgues. Dans la chambre, un chat sanglote. La femme est sur le divan. Elle dit: " ta bouche sur mes yeux poudrés"...
Et voici le bal des animaux. Une arignée, un taureau ailé, un taureau sauvage devenu, dans le regard de la femme, une colombe chargée de messages. Et voici surtout les chats, les chats gitans, qui dansent comme des hanches.
Et voici que s'engouffrent dans la chambre, des ombres antiques : Vénus, Sappho, Minos, Cassandre. Chacun se met à raconter son histoire... Mais une larme tombe de la femme et tous disparaissent et tombe le rideau. Silence. Le rideau s'ouvre à nouveau. Dans la chambre, Eros et Thanatos. Ce n'est pas un accouplement, c'est un combat.
"Les idées flottaient sur des cordes à linge mal tendues", dit la femme, pendant que se poursuit le duel. Alors, excédée, la femme chasse les bélligérants et en appelle à un nouvel équilibre des contraires. Et celui-ci tarde à venir... Mais voici l'entrée de femmes, nombreuses, de tous les coins du temps, voici les Messaline d'hier et celles de demain, voici Pénélope, Lolita, Cendrillon, voici agnès Sorel, Brigitte Bardot, Violette Nozières, Marylin. Voici toutes les femmes, toutes, et voici Mona Lisa del Giocondo :
"J'ose à mon tour
te multiplier, t'explorer, t'agiter
te projeter d'arrière en avant, te fendre,
toi, la plus mitraillée entre toutes les femmes",
dit la femme du divan.
Et la femme du divan se met à déshabiller toutes les femmes, toutes, et l'on voit des seins comme des meubles de chambres sulfureuses et des fentes comme des mains en ont toujours cherché dans les divans. Toutes les femmes, toutes. Et, à la nonne, la femme du divan dit : "sache que tu es chatte", "sache que la culotte est un masque prometteur de mille et un tourments clandestins", "Sache que l'hiver toussote et qu'il va mourrir demain". Et la femme du divan tient un éventaillançant d'utiles Zéphyrs. Elle parle italien. Ellle parle espagnol, anglais, latin. Elle parle français.
Et voici qu'entrent les hommes. Joachim du Bellay, Dylan Thomas, Clément Marot, Andy Warhol. Et voici Félicien Rops, Emile Zola, Dali et d'autres encore. Voici Leonardo da Vinci. Mais, dans la chambre, on s'aperçoit vite que les hommes sont morts et qu'aucun ne peut toucher le moindre bout de sein. Et la femme, seule, enfin, sur son divan et dans la chanson rose, dit : "On marche dans l'eau glacée des chemins". Et elle écrase une araignée au fond d'un cendrier.
Et voici que tout à coup la femme se lève. Elle est nue. Mais elle n'est plus une femme. C'est une poupée, une petite fille de plastique. Elle saute. Elle dit : "entre la corde à fouetter et la corde pour se pendre, j'opte... pour la corde à sauter".
Le rideau tombe. Définitivement. Et l'on entend : " Mais moi, c'est aux lilas que je songeais"...

Présentation de Maria Caunus, femme-poète, à l'Aquilone en 2001, par Dominique Massaut.