EMMANUEL François


Biographie

François Emmanuel est né à Fleurus (Belgique) le 3 septembre 1952. Après des études de médecine, il s’intéresse d’abord à la poésie et au théâtre (adaptation et mise en scène). Un séjour de plusieurs mois au Théâtre Laboratoire de Jerzy Grotowski sera déterminant pour la suite de son travail d’écriture. Comme si l’expérience d’un entraînement extrême du corps et de la voix avait ouvert un champ de création. À partir de là (publication de « Femmes Prodiges » en 1984), il en vient progressivement à l’écriture romanesque. S’ensuivent depuis 1989 des romans, souvent graves, parfois légers, selon deux veines qui lui sont propres, qualifiées parfois « d’été » ou « d’hiver ». François Emmanuel partage aujourd’hui son temps entre l'écriture et son métier de psychothérapeute. Il est membre depuis 2004 de l’Académie de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Il a reçu le Prix triennal du roman 2010 pour son roman Regarde la vague paru en 2007. Cette même année, il a également reçu pour l'ensemble de son oeuvre le Grand prix de littérature de la Société des gens de lettres.
 

Bibliographie

  • Les murmurantes, Le Seuil, 2013.
  • Cheyenn, Seuil, 2011. (Cadre rouge).
  • Sept chants d'Avenisao, Esperluète, 2010. Dessins d'Anne Leloup.
  • Jours de tremblement, roman, Editions Seuil, Paris, 2010.
  • Regarde la vague, roman, Editions Seuil, Paris, 2007.
  • Le Vent dans la maison, roman, Editions Stock, 2004.
  • La lente mue des paysages, poèmes, Editions La Renaissance du Livre, 2004.
  • L’invitation au voyage, nouvelles, Editions La Renaissance du Livre, 2003.
  • Le Sentiment du fleuve, roman, Editions Stock, 2003.
    Réédition chez Le Livre de Poche, N°30107.
  • La Chambre voisine, roman, Editions Stock, 2001.
    Réédition chez le Livre de Poche, N°15524.
  • Portement de ma mère, poèmes, Editions Stock, 2001. Réédition chez Labor en 2009.
  • La Question humaine, récit, Editions Stock, 2000.
    Réédition chez Le Livre de Poche, N°15361.
  • La Passion Savinsen, roman, Editions Stock, 1998.
    Réédition chez Le Livre de Poche, N°14893.
  • La Leçon de chant, roman, Editions de La Difference, 1996.
    Réédition chez Labor, Collection Espace Nord, N°163.
  • Le Tueur mélancolique, roman, Editions de La Difference, 1995.
    Réédition chez Labor (Espace Nord, N°145).
  • La Partie d'échecs indiens, roman, Editions de La Difference, 1994.
    Réédition chez Stock, 1999 et chez Labor, (Espace Nord, N°195).
  • La Nuit d'obsidienne, roman, Editions Les Eperonniers, 1992.
    Réédition chez Labor, (Espace Nord, N°178).
  • Grain de peau, nouvelles, Editions Alinéa, 1992.
    Réédition chez Labor, collection Espace Nord, N°155.
  • Retour à Satyah, roman, Editions Alinéa, 1989.
    Réedition chez Ancrage, 2000, N°10.

Textes



Prose de Qalqilya


Dis-moi peuple à l’immense mémoire Quelle folie Te fait dresser Au milieu de la terre que tu disais promise Un mur auquel Comme tous les murs S’attachera la honte Pareil à ceux de Vilna, Lodz, Varsovie Contre lesquels s’est écrasée jadis ta rage impuissante Ecorchée la peau de tes enfants Sur la pierre qui boit toutes les larmes   Quel égarement dis-moi Te fait dérouler d’un horizon à l’autre Saignant les collines d’oliviers Les mêmes crucifiantes clôtures D’obscure de ténébreuse mémoire Quand les tiens autrefois Préféraient rencontrer le ciel Plutôt que de survivre   Dis-moi, peuple qui connus tous les exils Toutes les persécutions Quel oubli de toi-même Quel emportement Guide et arme aujourd’hui ton bras Quel dépit quelle colère quel orgueil quelle désespérance Te place désormais dans le camp des dresseurs de murailles Les maçons de la mort, les bâtisseurs d’enclaves Les séparateurs Ceux qui n’ont pour parole que leur arme pointée Leurs colonnes de tanks à l’aube Et leurs bulldozers aux vitres blindées       Toi qui le premier connut la caresse du Livre Dont la recherche de sens est toujours vivante Connaissance du chemin obscur comme du chemin clair Lumière sombre infusant du désert Vers tous les autres livres des hommes Toi qui nous appris Le texte sous le texte Et la malice du texte, et les vérités multiples et la science des interprétations subtiles  Tant de douceur avisée, tant d’intelligence Dis-moi, quel aveuglement Quelle étrange ignorance  Te fait trahir d’un trait sur la carte L’immense héritage Pour ériger à travers la terre des mémoires Un rempart haut de huit mètres de béton et d’acier Et arrêter ainsi ta pensée Et ôter de ta vue comme ton image Ce peuple qui te ressemble Et repousser dans la nuit du plein jour La vie larvaire, misérable Celui qui désormais pour toi n’aura plus de visage Toi dont le Livre pourtant interdit de compter les hommes Et de se détourner des visages Du Visage unique, inviolable Dont chacun de nous, de quelque origine Porte un peu la lumière   Et ce grand mur nu qu’ainsi tu dresses Dans le tendre agencement des collines   De Qalqilya à Tulkarem, à Zeita, à Qaffin Evoque, pourrais-tu l’ignorer Le lieu splendide de ton culte Là où humblement se pose ta psalmodie Et sous la pierre au grand chagrin ta prosternation    Mur de refus, mur d’inconnaissance Comme si tu ne savais plus Que les murs enferment surtout ceux qui les construisent Et ne voulais pas voir Ce qu’accomplissait ton bras Séparant l’ici et le là-bas Tranchant l’horizon unique Le ciel qui nous recouvre, la terre nourricière   Nous savions pourtant Tout au long des siècles tu nous avais montré Comment, par quel destin forcené Tu gardais dans l’exil ton unité profonde Tu errais sans errer Tu te fondais aux villes, aux empires du monde De Venise à Montréal et d’Alger à Cochin En apprenant la langue de l’étranger Tu devenais autre et tu restais toi-même Alors dis moi Quelle subite infirmité Te fait soudain cesser de prendre langue avec ton proche Quelle stupeur, quel ombrageux silence Toi qui fus de tous les commerces Et malgré les persécutions de tous les dialogues Te conduit aujourd’hui À t’entourer de remparts T’embastiller de murs, de fossés, de grilles Et t’enfermer ainsi en toi-même Toi qui fis de l’errance une patrie   Que s’est-il passé, mais que s’est-il passé Pour que peuple parmi les peuples Généreux de tant d’écrivains De peintres, de penseurs, de musiciens sublimes Tu confies aujourd’hui ton destin à des hommes de guerre Des gens de mépris, de brutale stratégie Qui croient encore à leurs anciennes victoires Et à leurs gains territoriaux Voient dans l’étranger le tueur et le veulent à genoux Quelle peur, quelle angoisse, dis-moi T’a fait tomber dans les pièges de ces gens-là Et leurs frères de harangues Les dévots, les sourcilleux du pur, les jeteurs d’anathèmes Les vaticinateurs Incessants dresseurs de murailles Murs de pensées et murs de croyances Ceux qui ne parlent pas mais hurlent Croient que peuple élu signifie seulement peuple élu Terre promise terre promise Et ne lisent plus que le texte Non le texte sous le texte Ou le chant sous le texte Le royaume intérieur, la terre promise en nos coeurs   Ils ont vu, tu as vu, c’est vrai La haine dans les yeux de l’autre Tu as eu les yeux cloués par la haine Tu as porté, c’est vrai Le corps déchiqueté des enfants de ton peuple Mais qu’y a-t-il au commencement de la haine Et quelle différence, dis-moi Entre la défiguration de l’un et de l’autre Et la haine n’est-elle toujours en miroir de la haine Et les enfants ne meurent-ils pas aussi de l’autre côté Les enfants jeteurs de pierres et les enfants égarés Les foules égarées enterrant à grands cris les enfants tués de ta main dans les rues poussiéreuses   A présent que tu vacilles les yeux fous la bouche tremblante Devant la tache blanche de la mire Faut-il aller jusqu’à ce point où te retournant sur toi Tu ne pourras plus te reconnaître ?   Et quand la mort, toujours la mort, aura refroidi ta colère Quand seront tombés les murs comme tombent tous les murs de l’Histoire Quand les enfants joueront sur ces restes de saillants  Entre Qaffin et Qalqilya Quand l’herbe folle aura comblé les fossés Que de jeunes arbres soulèveront les blocs de béton ébréché Que les miradors seront devenus des habitacles du vent A quoi tous ces morts auront-ils servis Je te le demande Morts d’ici et de là-bas Fondus à la même terre Parmi eux les guerriers d’aujourd’hui, les imprécateurs Dans la vaste éternité                                                                                                                                                                                                                                                                                                           10 juin 2004












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