d/ Laurraine DEHOUSSE


Auteur :
Foudrière tenue n'habille point
Ni le sein, ni la fêlure
La bouche meurtrie
L'œil mort sous le plus petit désenchantement

Vivez encore
Débattez-vous
Criez que tout perdure perfide

Il est tombé aux bras malingres
Laqué des ombres et des poussières

Il y avait la poudre sur le geste
J'ai goûté le grain, le revers du souffre
L'infime tranche de métal

J'ai tu le son grave
Au trou de mon ventre

Ma tête ne dansera plus
La valse des plaisirs
et les dangers parfaits

Le noir s'évapore
L'eau des mémoires
Baignant mon sein troué à la barque des langues amères
 
**
 
Une valise de pas mariée à mes pensées, j'ai voyagé le temps doux et semé le ciel poudreux. J'ai décousu le chemin sous mes pieds blancs, puis j'ai sifflé l'oiseau.
Il était haut, vif, et portait légère une robe zébrée. De son bec de charbon, noir et odorant, il a caressé ma joue. Il m'a accueillie dans ses ailes immenses. La chaleur aux plumes, il m'a bercée comme le ferait une mère à l'enfant de l'amour.
J'ai cessé de respirer, la neige était poumon, le coude rangeait mon sang.
 
Le corbeau a chanté la terre. Il a bu l'eau des glaces pour vingt ans.
Errant des éternelles, il a cheminé le monde.
 
Dans le nid, à l'arbre il s'est dressé, beau et sans annonce. Il a levé la tête, fermé les yeux, puis, tendrement, dans un vol de neige, il a disparu.
 
**
 
Flacon de guise, alcool, tourments happés
Sous l'écho, la pierre couve le sang battu     
Elle crie au si mensonge, ciment des vérités                     
Déméritée, la famille grève le sceau des nus
 
Vitre ancienne et phares lavés de poison   
Aux rouges liés, dans les verres, le vin s'est tu                                
Des arcades, les plafonds boivent les aigus                       
Le souvenir, le coup, le feu, les corps qui vont                 
Le corps qui tombe                                       
 
Sur le pavé, la chute saisit l'oreille                                                         
Des os qui se fracassent, aux fenêtres ouvertes                            
Le voisin frissonne, de l'eau, une herbe verte                                 
Prier le beau jour et le vol des corneilles                                            
 
Il est mort, d'un bras, il y a longtemps  
Le cheveu noir glissé au pied du lit                        
Dans le berceau pendu aux étoiles, l'enfant a souri                       
Silence le char du rêve, son père est le battement
 
**
 
Poignée d’aphorismes
 
Au mords, aux fers, et sur le rêve, tordre l'étoile des écumes
 
*
Cependant, on exécute les chances. On se trouve là, planté comme une lettre libre, verticale au ciel qui s'inverse.
 
*
Nous qui remontions vers le ciel triste, on a vite su qu'on pouvait peu, que l'on ne pourrait que s'échapper, le bouquet d'heures, vers l'arrière du train.

 

Laurraine Dehousse

Femme aube. Approcheuse à la lettre. Dentelière des sonorités multiples.
 
Née sur le muguet de l'Ardenne en 1981. Premières plumes déposées à l'âge des friandises.
Elle enjolive la maison et verbe l'école. Participe à deux concours de poésie jeunesse, prix remportés.
 
Coupe, ciel dans le jardin, tournures à sangler, brèches et pensives. Se cherche, se perd un peu.
Tracer les marches somnolentes chatouille le rêve libre.
 
Aujourd'hui. Note l'air et le mouvement en poésie. Le poème est le bonhomme de lettres qui évade. Le soir, elle tisse des nouvelles pour habiller les étoiles. Aime la suspension, la recherche, la tentative.
Liseuse avec les Chuchoteurs de Livres et en bibliothèque à voix haute, membre d'un collectif minuscule qui prête ses poèmes à l'oralité, complice d'arts autres par la pose de textes dans des lieux inusuels, elle explore différentes tenues des intimités et la nudité du mot.
 
En parallèles majeurs, la jeune poète parcourt d'autres voies, celles du théâtre et du chant.


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