Mur à mur, par Christian Brun


Auteur : Christian Brun
Mur à mur  
mur à mur il fallait pourtant que tout ça se passe très rapidement entre Moncton et Paris. mais, je me dois de te faire vivre un peu ces murs de Namur qui m’ont accueilli en ton absence. avec ses mots fluides riverains. avec ses forêts noires adjacentes en duvet. avec ses informelles séduisantes humilités. avec ses sauts d’énergie creux de vague. sauts bien encadrés d’un beau puissant dragon svelte qui perce tout doucement les bien avertis.   mur à mur   au beau milieu des rues de Rops et de Baudelaire, j’ai joué mon harmonica très fort la nuit et les sourires se sont accotés aux rebords extérieurs des vitrines curieuses. les murs de Namur n’ont pas déçu. ils m’ont porté musique entrecroisée d’air pluvieux. un singulier mélange qui se consonne malgré tout de notes d’espoir et d’engagement. ton visage à peau de passion aguerrie m’a tendrement enveloppé pour que je cherche des liens de confiance avec la parole en panoplie.   murmure               tour à tour   l’alarmante prise de gueule qui nous a violemment secoué le jour de mon départ me parait maintenant désinvolte et trivial. c’est en observant la citadelle de Namur que j’ai perçu les légions de ma propre défense indigeste. les dures lésions de mes sabrantes amorces. les amères accusations de mes pénétrantes obstinations.   tour à tour   le tout pour le tout. devant moi. une citadelle au-delà de la proie des individus dressés par des individus. une citadelle fidèle au regard. le vestige d’une mémoire dominante sur avenir dominé. maintenant, aussi séduisante qu’archaïque, la citadelle traduit le passage dans le temps de cette matinée calme et fracassante d’une nouvelle pluie fraiche. tour à tour. fleuve m’indique le bon chemin et tire les épines des cœurs endurcis.   tout court               mot à mot   la Place de Charleville m’a envahi de compréhensions puisque je me suis arrêté, longtemps assez, pour bien entendre l’esprit d’un créateur chaussé des lasers de l’émoi. mouvre et vivir. le rapport tacite d’un après-midi entre Arthur Rimbaud et l’Afrique noire. je me demandes tout au long de ma brève tournée si t’aurais bien saisi les quelques ondes de ton respectif continent ou si tu aurais par ailleurs aimé lire comme lui les nénuphars sur l’eau. la nostalgie du figurant poète n’aurait peut-être pas su sombrer la lassitude de tes propres yeux fatigués.   mot à mot   dans ce lieu culte du chevelu et du barbu. parmi ces pièces de monnaie retrouvées dans un sac de lin qui décorent la calligraphie d’une lettre écrite à une mère. une mère qui pleure son fils éloigné par l’aventure. rien ne sort véritablement de l’ordinaire. en fait, je me demande spontanément comment les instants de l’ordinaire d’un individu peuvent prendre autant d’ampleur. une vie miroir des sens ouverts montée sur une escalade de lettres et de virgules tordues pour ressembler à un être nu et contagieux. motricité               corps à corps   les collages et logotypes d’une époque pénètrent ma curiosité en formes de Clovis Trouille. j’ai retracé les reluisantes courbes corporelles dans ses œuvres simultanées. tu aurais perdu l’appétit, je crois, devant ce spectacle trouble de noires ferveurs érotiques singulières. pourtant, toutes ces pointes subliminales enveloppent humour autant par obsession que par passion. l’essence de son parcours ne termine tout de même pas sans une flagrante affirmation de perspective. j’ose croire que tu aurais peut-être cédé ton flair du profond dédain soudain pour t’abandonner un seul moment dans l’abime des curieux.   corps à corps   il livre ses gestes aux exaltations véritables sans voile de l’être humain. maître de la vision articulée, il est troublé par les désirs de l’autre. sinon par les siens. il a été retenu par l’impuissance de l’homme à se confronter à lui-même en lui-même dans sa robustesse et en sa myopie de l’impulsion. Trouille a relaté ce désir traitre et viril qui l’habitait. ce désir irréversible de l’homme m’engage aussi, tu sais? je cache ces dimensions par méfiance, mais l’homme en moi est fort bien séduit. impuissant. seul.   corpuscule

Christian Brun (Acadie)



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