Poèmes inédits, par Nicole Spandre-Provost


Auteur : N. SPANDRE-PROVOST

Appel Masqué

 
Tes mains m'expliquaient les orages
et posaient sur mes lèvres
la terrible tendresse du vent
 
Tes mains encerclaient ma solitude...
 
Quand doucement nous laissions filer nos légendes,
d'autres aussitôt naissaient de ta quiétude et de mes tourments.
 
Pour nous, ces enfants fébriles effilochaient la mer:
ils marchaient vêtus de mes déboires
et imprégnaient toute conquête de sucs enivrants
 
pour nous, ces enfants-là mourraient
en clarifiant tes compassions.
 
 
 
D'un effleurement, tes belles mains contestaient mon orgueil:
la mer décousue n'avait pas prise sur nos songes;
qu'elle emportait au loin comme un duvet aveugle et mousseux.
 
Sur la grève, nos tendres enfants couraient derrière les astres
pour nous offrir les tracés inviolables et libres
dont nous rêvions.
 
 
 
Téméraires aussi, connaissant la trêve comme la guerre,
ces mains savaient choisir, perdre, effacer,
pourvoir ou débrider notre monde...
 
Mais un matin d'hiver, soudain et sans retour,
ce monde s'est brisé.
Peut-être avait-il, comme on dit, fait son temps,
ou bu trop de malsaines saisons!
 
Un cortège de stupeurs nous a fait escorte
pour enclore à jamais tes chantiers si féconds
sous une plaque épaisse de granit et de chagrin.
 
* * *
 
Puisse la nuit qui me succède près de toi
te ganter de velours et d'argent...
 
je lui offrirai des fleurs et des larmes
plus qu'elle n'en pourra contenir,
j'immolerai pour elle des lunes pleines
et mille jeunes lumières que le jour allaite encore
 
car je veux à présent qu'elle baise et ranime
les mains inertes qui ont délaissé ma solitude
 
je veux que pour nous sur l'estran,
nomades comme nous l'étions,
mus après mue les débris
vivent et chantent!
 
Aucune vague ne les pourra surprendre,
ni rageuse ni mourante,
car ils auront goûté l'âcre salive de la mer
comme nous avons goûté tous les périls de l'amour
 
et nous avons vécu,
et nous avons chanté!
 
 
 
Puisse la nuit qui te garde
te baguer d'argent et de velours
pour que sous le drap noir, chaque scintillement
vague et doux qui m'arrive de cet invincible infini
soit l'ultime beauté de tes mains endormies.
 
 
 
Au-delà
 
L'âme hospitalière des horizons
ramène l'homme à la source de ses mélancolies.
 
 
À chaque sursaut de destin,
d'infimes parcelles de silence tombent de nos couronnes.
 
L'éclat de ces mémoires adamantines,
s'il tente l'œil spirituel, blessera-t-il
jusqu'à le fermer à jamais,
l'insoutenable regard des abysses...?
 
Comme une pluie reçue en plein front
qui s'écoule par le naturel chemin des larmes,
 
d'impossibles humeurs ruissellent,
d'impossibles humeurs inondent notre nudité.
 
Bouillonnant dans ses propres enfers,
dévoré de toutes parts, le temps se convulse,
le temps rétrécit
 
et dans l'espace incertain qu'il nous laisse
nous devrons inscrire notre orgueilleuse histoire
en sigles, en initiales,
en abrégé...
 
 
 
Nicole SPANDRE-PROVOST
 
Poèmes inédits


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