Avril dans le Gers, par Jacqueline De Clercq


Auteur : Jacqueline De Clercq
Avril dans le Gers
 
REGARDER
 
Jaune, colza
Vert, luzerne
Terre fauve des champs ensemencés
Cinq peupliers alignés
 
Accroché
À la ligne de faîte de la colline,
Un bocage
Carré noir sur fond ensoleillé
 
Encorbellement de courbes
Autour d'une borde basse
En faction, à son côté,
Un if bleuté
 
Vol circulaire d'un rapace
Mouvement lent, envoûtant
Qui retient le regard
Dans l'orbe de la menace
 
Soudain,
Le chant d'une alouette
Éloigne le danger
À l'instant,
Rendu à l'espace tout entier,
L'œil se pense
Soleil, colline, luzerne
Bocage, peupliers
 
ÉCOUTER
 
Pas un son. Pas un bruit
Rien ne bouge, ne vibre
Vide et plein
D'un silence inouï
Qui questionne l'entendement, interpelle l'ouïe
L'oreille en est ravie d'un double ravissement
Qui la comble et la prive dans le même temps
 
Cri d'oiseau
Signal d'alarme
Strident
Incongru
Déchirant
Bientôt suivi d'un brusque retour au calme
 
 
Plus un son. Plus un bruit.
Un creux. Une pause. Une absence. Un arrêt
 
Le silence, en somme
 
Le silence ? Pas vraiment
À l'oreille aux aguets un souvenir résonne
Résiste et se refuse à toute forme d'apaisement
 
Pareil, rien n'est plus tout à fait
L'après ne chante pas comme le faisait l'avant
 
SENTIR
 
Des parfums de soleil dans l’air mélangés,
Qui enchantent l’odorat, sans se laisser nommer
De terre, de fleurs sauvages, d’herbes sèches, d’aromates
Au-delà… rien n’est sûr.
Et le nez hésitant se perd en conjectures
Lavande et...
Romarin et…
Marjolaine et laurier
Une touche de giroflées ?
Du thym, du laurier et
Comme en filigrane, quelque chose de poivré…
 
Le multiple est dans l’un, envoûtant de senteurs,
D’essences capiteuses, de fragrances délicates
Légères, appuyées, volatiles, tenaces
Empreintes
Impressions
Indélébiles traces
D'un bel avril gersois qui peu à peu prend place
Dans la mémoire subtile d’un moment de bonheur
 
 
Jacqueline DE CLERCQ
 
 
Poème inédit


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