PREVOT Gérard


Biographie

Gérard Prévot est né à Binche le 2 septembre 1921 et décédé en 1975. Elevé par sa grand-mère, il partage son adolescence entre des enthousiasmes qui le mènent de Jeanne d'Arc à Napoléon, puis de Racine à Hugo. Du pensionnat de Solre-sur-Sambre, il passe au collège Notre-Dame de Binche où ses études sont interrompues le 10 mai 1940.
La guerre le révèle à lui-même. En l'espace de cinq ans, il est marié, père de famille et maquisard. Son foyer n'a pas résisté à la guerre et Prévot se retrouve seul. Il entreprend cette longue marche dans la solitude qui, de 1942 à 1950, donne à ses poèmes leur accent de souffrance et de vérité. Une seule figure vient tempérer, de 1945 à 1947, cette solitude à laquelle Prévot, loin de céder à des fantasmes, réapprend à vivre et redécouvre la vérité de l'homme.
Personne n'est moins littéraire que lui. Il a fait du poème son arme mais le combat est ailleurs. L'exigence de  Prévot, terrible pour les autres comme pour lui-même, appelle les hommes à un combat perpétuel de présence et de libération. Les erreurs de l'homme sont nombreuses. L'amour et l'orgeuil en lui sont excessifs. Sa pureté n'est qu'occasionnelle. Mais son oeuvre est intacte. Et, par elle, Gérard Prévot nous donne sa vérité.

Bibliographie

  • Récital, Bruxelles, L'écran du Monde, 1951.
  • Architecture contemporaine, Bruxelles, Laroche, 1953.
  • Danger de mort, Paris, Seghers, 1957.
  • Ordre du jour, idem, 1955.
  • La race des grands cadavres, Denoël, 1956.
  • Les chemins de Port-Cros, Denoël, 1957.
  • Élégies dans un square décapité, Liège, Thone, 1958.
  • Europe maigre, Paris, Gallimard, 1960.
  • Un prix nobel, Calmann-Lévy, 1962.
  • La haute note jaune, Sodi, 1967.
  • Le démon de février, Marabout, 1970.
  • Prose pour un apatride, Paris, Grasset, 1971.
  • L'impromptu de Coye, Bruxelles, Jacques Antoine, 1972.
  • L'impromptu de Coye, et autres poèmes, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2010. "Collection Ha!".

Textes


Les cordes de ton corps

Les cordes de ton corps sur lesquelles je joue
Un air où chaque note a l'accent de l'adieu
Sont un chemin plus sûr que ces murs où j'avoue
N'avor rien vu de mieux que l'absence de Dieu

Une seule guitare a suffit pour que naisse
Au hasard d'un pays mille fois inventé
Cet instant de bonheur qui sera ma jeunesse
Ton corps est le soleil de mon éternité

Visage que Renoir eût aimé tu me sauves
Des miroirs déformants où l'homme seul se voit
J'aime tes yeux de biche où sommeillent des fauves
Les orgues de l'amour se cherchent dans ta voix

La démarche du temps à la tienne ressemble
(Mais le temps seul poursuit sa marche quand tu dors)
Nous sommes deux enfants qui s'avancent ensemble
Vers l'ombre qu'on devine au font du corridor

Commentaires


Gérard Prévot incarne assez bien un état d'esprit qui règne à la fin des années 50 et au début des années 60: le désarroi d'une génération qui réagissait contre les premières attaques du langage éclaté. Influencé par Aragon, il est un poète d'époque, et se relit assez mal. La générosité, la révolte pour la révolte, l'engagement hugolien sans la nécessité d'une idée précise: tel est le destin de cet homme tragique. Mais si on s'abandonne aux flots de son tempérament, on devine en lui un véritable don de soi.

La poésie francophone de Belgique (1903-1926), Bruxelles, Éditions Traces.