Sotiris TSAMBIRAS


Auteur :
Sotiris TSAMBIRAS    (1924-1993)


          Né à Athènes, il a participé à la résistance en ville et dans le maquis et à la guerre civile entre 1942 et 1950. Il a étudié à Athènes, Sciences Economiques et Financières ; il est également diplômé en littérature anglaise et italienne. Fonctionnaire international depuis 1955, il a vécu tout d’abord en France et à partir de 1967 en Belgique. Il a publié cinq recueils en grec : Rafales (1953) ; Les Pommes des Esperides (1964) ; Diaspora (1971) ; Les Chants d’Elie (1974) ; Odes Pour un Tupamaros (1978). Quatre en français : Lettres de Colchide (1980) ; Errances (1983) ; Le Minotaure sans Labyrinthe (1986) ; La Hache d’Egisthe (1988). Un livre de voyages ; des nouvelles et un témoignage de la résistance. Il a donné plusieurs conférences en Belgique sur la littérature grecque depuis Homère jusqu’à nos jours. Il collabore à plusieurs revues grecques et françaises. Il a traduit des poètes français, anglais, italiens, sud-américains et plusieurs poètes contemporains belges et luxembourgeois. Sa poésie est tantôt marquée par la guerre et la nostalgie du Grec de la diaspora, tantôt d’un effort pour décaper, écorcher les mythes, les dépouiller des éléments faux et artificieux et découvrir la vérité.


MOUCHOIR

Les journaliers immigrés
s’assoient par terre à midi
et déplient un mouchoir
rempli pour tout viatique
de larmes desséchées
de brises éoliennes
de senteurs d’oignons secs et d’amarantes
un mouchoir de coton aux ourlets brodés
pour le quatre heures de l’écolier
pour les galets de la rive
pour une poignée de billes
pour la cueillette des olives
pour la sueur
pour mener la danse
pour y nouer la patrie
un mouchoir rempli de gouttes
de la précieuse pluie ionienne
usé
sans figures ni sirènes
tout ce qui reste du trousseau de l’émigrant
un mouchoir maternel
pour essuyer des doigts calleux.

Les journaliers immigrés
ouvrent à midi un mouchoir inséparable
assis à même la terre
et se penchent en silence
sur leur frugal repas.


ODE V     (Odes à un Tupamaros)

Dans les bidonvilles
des chants traînants
errance dans les couplets des descendants
avatar de la poésie bourgeoise
ton nom
à côté de celui de Karaiskakis
et de Salvatore Giuliano
une grenade, la goupille entre les dents
une mitraillette sous le bras
une détente pour alliance
une mort pour la veillée
sur le passeport, pour toute patrie, un tampon de réfugié
un poignard dans le dos de la mémoire
un mur d’exécution
un goût de terre dans la bouche
le souffle coupé, comme ancré

(Traduits par S. Amundsen)


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