Comment peut-on parler des littératures francophones ?, par François Provenzano


Auteur : François Provenzano


Comment peut-on parler des littératures francophones ?
À propos de Vies et mort de la francophonie
[1]   François Provenzano (Université de Liège) Conférence donnée à la Maison de la Poésie le 29 mars 2012       Genèses d’un essai     L’ouvrage publié aux Impressions nouvelles sous le titre Vies et mort de la francophonie est, en bonne part, le résultat d’une recherche doctorale menée à l’Université de Liège. Avant d’entrer dans le cœur de ce travail, il n’est pas inutile d’en livrer quelques éléments de genèse, qui éclaireront la perspective défendue.       Je pointerai trois idées parmi celles qui ont contribué à construire cet objet – la francophonie littéraire – comme un objet d’étude particulier.       Premièrement, mon intérêt pour les littératures francophones s’enracine dans un intérêt pour la littérature belge, envisagée selon une perspective sociologique. Une telle démarche –bien synthétisée dans le précis de Jean-Marie Klinkenberg et Benoît Denis [2] – montre que la littérature produite en Belgique francophone répond à des conditions très particulières, que les esthétiques qu’elle développe sont en partie redevables du rapport entretenu avec le centre français, de la manière dont l’institution littéraire se structure en concurrence avec ce centre et de la manière dont chaque écrivain se pense dans ce rapport et dans cette institution. Il est vite apparu aux yeux des chercheurs que les caractéristiques mises en évidence à propos de la Belgique littéraire pouvaient éventuellement présenter des convergences avec d’autres ensembles littéraires [3]. C’est dans cette volonté d’élargir le cadre d’investigation que s’est d’abord inscrite ma démarche.       Deuxièmement, parmi les paramètres permettant de caractériser la production littéraire belge, je me suis arrêté tout particulièrement sur l’importance des discours d’escorte de cette littérature. Lorsqu’on observe les contextes dans lesquels s’est déployée une activité littéraire en Belgique, on constate rapidement que la plupart des écrivains du pays ont passé, depuis 1830, plus de temps à discuter de l’existence (ou non) de leur littérature, qu’à l’écrire. Par discours d’escorte (ou discours métalittéraire), j’entends plus largement l’ensemble des textes qui portent sur la production littéraire, notamment pour en faire l’histoire, mais aussi éventuellement pour orienter cette production, pour la situer dans tel ou tel ensemble, pour mettre en évidence tel ou tel de ses aspects, pour encadrer son fonctionnement institutionnel (quant à l’édition, à l’académie, au public, etc.).       Ces discours d’escorte fonctionnent selon des rhétoriques particulières : il y a des manières de parler de la littérature qui sont récurrentes, des arguments utilisés qui reviennent, des postures défendues ou au contraire combattues, des métaphores qui donnent une certaine vision de la littérature, ou encore des manières de construire un grand récit de cette littérature, qui soient parlantes pour la collectivité de lecteurs à laquelle on s’adresse. C’est à cette dimension rhétorique des discours métalittéraires que je me suis intéressé. Ce choix se justifiait à mes yeux pour deux raisons au moins. D’une part, une littérature existe en grande partie à travers les discours qu’on tient sur elle ; étudier ces discours, dans leur matérialité, c’est donc aussi mieux comprendre la littérature en question, dans la mesure où cette dernière peut tendre à épouser les traits qu’on lui prête dans les métadiscours qui se tiennent à son endroit. Par exemple, à force de répéter, à la fin du XIXe siècle, que les écrivains belges étaient des « peintres », les historiens et critiques (souvent écrivains eux-mêmes) ont fini par rendre l’écrivain belge particulièrement enclin à multiplier, dans ses romans, les descriptions colorées, les portraits de personnages, les tableaux de situations. D’autre part, ces discours sur la littérature disent aussi quelque chose de la société dans laquelle ils sont produits et circulent. Par exemple, jusque tard dans le XXe siècle , la critique littéraire québécoise fut dominée par l’idée que les bons romans devaient être des romans « du terroir », qui exaltent les valeurs de la famille, de l’attachement à la terre cultivée, à la religion catholique – tous traits qui correspondent bien à l’état de la société québécoise de cette époque et à l’imaginaire social qui la caractérise.       Enfin, troisièmement, j’ai choisi d’inscrire ces métadiscours et leurs rhétoriques dans une tension entre théorie et idéologie. En effet, parler de littérature, c’est toujours faire un peu les deux : non seulement tenter de construire des catégories d’intelligibilité, des cadres qui permettent de comprendre le fonctionnement des textes littéraires et leur inscription dans l’histoire, mais aussi orienter cette compréhension en fonction de certaines valeurs extra-littéraires, qui charrient des enjeux politiques (le patriotisme), économiques (la place de la France sur l’échiquier mondial), ou tout simplement des peurs ou des obsessions propres à tel ou tel état de société (la crainte de la destruction de la langue française par l’ennemi anglo-saxon). À ce petit jeu, l’étiquette de « francophonie littéraire » offrait un matériau particulièrement riche. De plus en plus utilisée dans les études littéraires, et même auprès du public non spécialisé, cette étiquette demeure marquée par une grande imprécision définitionnelle, qui fait d’emblée surgir une foule de questions, touchant autant à des aspects théoriques qu’à des aspects idéologiques : le critère de la langue d’écriture est-il ce qui définit l’unité d’un ensemble littéraire ? quel rapport la francophonie littéraire entretient-elle dès lors avec la littérature française ? faut-il situer la francophonie littéraire aux côtés d’une « anglophonie littéraire », d’une « hispanophonie littéraire », d’une « lusophonie littéraire » ? on perçoit bien cependant que ces autres étiquettes n’ont pas fait l’objet d’une même élaboration ni d’une même diffusion que celle de francophonie littéraire : pourquoi ? l’existence d’une francophonie littéraire rend-elle inopérantes les catégories « littérature belge », « littérature québécoise », voire « littérature africaine », qui s’étaient déjà plus ou moins imposées ? faut-il considérer que toutes ces composantes présentent les mêmes traits, que tous ces écrivains s’inscrivent dans la même histoire ?       C’est arrivé à ce point, face à ces questions, qu’il m’a semblé utile de faire un pas de recul et de considérer que la francophonie littéraire était à comprendre à la lumière de la francophonie tout court, avec l’hypothèse un peu extrême qu’elle (la francophonie littéraire) n’était peut-être qu’une émanation, sur le plan littéraire, de cette vaste construction politique et institutionnelle qu’était la francophonie tout court, elle-même à resituer dans le cadre de la politique culturelle française et de ses diverses mutations au fil de l’histoire.       Plutôt que de considérer la francophonie littéraire comme une donnée « déjà-là », un objet prêt-à-penser, situé comme une alternative à la « littérature française » – c’est ce que font majoritairement les « études francophones » (j’y reviendrai plus loin dans cet article) –, j’ai choisi de tenter de comprendre ce qui avait pu imposer cette étiquette aux études littéraires, en considérant que le discours sur la littérature est toujours lié d’une manière ou d’une autre à des enjeux extra-littéraires.       Le choix d’une telle perspective impose donc de dresser un bref historique de la francophonie, d’éclairer les manières dont on a parlé de cette réalité pour la faire exister et, surtout, de décrire les manières dont, en en parlant, on a aussi parlé de littérature.     Francophonie : histoire et rhétorique     Quelques balises historiques     Le mot francophonie présente l’apparence d’une saine objectivité et donne ainsi l’impression qu’il n’a jamais été inventé, mais qu’il existait de tout temps pour désigner simplement cette réalité banale : l’ensemble des locuteurs de langue française.       Il n’en est rien ; car il a bien fallu un moment que quelqu’un ait précisément l’idée de faire de ces locuteurs un ensemble cohérent et de le nommer. Ce geste de rassemblement et de désignation n’est pas simplement là pour combler un vide terminologique, mais il répond à des enjeux bien précis.       Le mot francophonie apparaît en effet dès la fin du XIXe siècle, dans les ouvrages d’un géographe français, Onésime Reclus, dont le travail a une visée géopolitique, dans un contexte marqué par l’expansion coloniale française [4]. Reclus parle au nom de la France, à partir d’un point de vue franco-français, et se demande comment et où cette grande puissance va pouvoir étendre son empire. Dans cette perspective, les « francophones » sont pour lui ceux qui vont pouvoir grossir les rangs de la population française et permettre à la France de rivaliser avec les autres puissances coloniales de l’époque. La « francophonie », dans cette acception initiale, n’est donc pas un espace de partage, mais bien un projet d’expansion impérialiste. Le ciment linguistique apparaît aux yeux du géographe comme une bonne manière d’assimiler les peuples : la langue française étant, selon lui, par nature supérieure et possédant du reste déjà de nombreux chefs d’œuvre littéraires dont la gloire est universelle, qui refuserait de s’y soumettre et, par là, de se soumettre au peuple qui en détient la propriété originaire, la France ? On voit bien dès lors que cette origine fait jouer au discours sur la francophonie un important rôle de « dépolitisation », puisqu’il s’agit de nier les rapports de dominant (colonisateur) à dominés (colonisés), au profit d’une vision où tous ces peuples communieraient avec bonheur dans la grande et belle langue française.       Ces caractères démographiques, impérialistes et franco-centrés du discours de Reclus seront passés sous silence par ceux qui, au début des années 1960, vont retrouver une pertinence à parler de francophonie et vont voir en Reclus l’un de leurs précurseurs.       Le contexte est cette fois celui des décolonisations des pays d’Afrique, mais aussi de la « Révolution tranquille » au Québec, et plusieurs chefs d’état et personnalités culturelles défendent l’idée que la langue française, selon les vertus qui lui seraient liées, pourrait faire office de grand trait d’union entre les peuples. L’idée s’impose d’un vaste patrimoine culturel à partager et à enrichir par tous les locuteurs du français, qui doivent œuvrer au maintien du prestige international de leur langue et de la culture qui va avec.       Aux yeux des nouveaux chefs d’état des jeunes nations africaines (le sénégalais Léopold Sédar Senghor, le tunisien Habib Bourguiba, le nigérian Hamani Diori), la francophonie représente pour leurs peuples une voie d’accès rapide vers la modernité culturelle, une manière d’intégrer le concert des grandes nations en adoptant les valeurs d’une haute culture comme l’était la culture française. Pour les élites françaises, la même francophonie apparaît comme une manière commode de tourner le dos à la période noire de la colonisation, en masquant les violences et la domination par le don précieux que représenterait cette grande langue de culture. Quant au Québec des mêmes années, la langue française y est brandie comme le symbole d’une autonomie au sein du grand ensemble canadien, majoritairement anglophone.       Cela dit, derrière ce projet culturel, il y a bien sûr aussi l’idée d’une union diplomatique, politique et économique, censée réunir des partenaires privilégiés pour nouer des alliances commerciales, pour constituer un groupe de pression à l’échelle internationale.       Un tel projet finira par trouver sa traduction véritable dans les années 1980, avec la création d’une « Conférence des chefs d’État et de Gouvernement ayant en commun l’usage du français » (la première réunion a lieu à Paris en 1986). C’est la naissance d’une Francophonie institutionnelle, qui s’écrit avec une majuscule et qui accroît depuis son inscription dans l’espace public : elle s’appelle aujourd’hui l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), rassemble une soixantaine d’États, tient régulièrement des Sommets où sont abordés des problèmes de politique internationale, de diffusion du français, d’aide au développement économique et culturel.
      C’est cette appellation (OIF) qui est utilisée encore aujourd’hui, à l’heure où la Francophonie se positionne essentiellement comme un adversaire de la « pensée unique », comme un terrain possible de « non-alignement », dans un contexte qu’on dit dramatiquement marqué par l’uniformisation culturelle et la soumission aux diktats diplomatiques américains. C’est à ce titre que la Francophonie a notamment encouragé la ratification, à l’UNESCO, d’une Convention sur la diversité culturelle, en octobre 2005.       Configurations rhétoriques et enjeux : un discours non-universitaire     Au fil de cette histoire ici grossièrement résumée, on est en droit de repérer quelques grandes constantes, d’isoler quelques caractéristiques rhétoriques des discours qui ont construit la notion de francophonie, au moins autant – sinon davantage – que ne l’ont fait les institutions que je viens de présenter.       Disons que, de manière générale, la Francophonie, en tant qu’institution politico-culturelle, a produit (et produit parfois encore) tout un discours sur la littérature qui se caractérise par sa tendance plutôt normative [5].       Dans un premier moment, la francophonie se disait par la croyance en la supériorité intrinsèque du français, la défense d’une attitude puriste et très centralisatrice, bref par la reconduction d’une série de lieux communs sur la langue et la culture françaises, parmi lesquels on peut identifier trois noyaux principaux.       Premièrement, la conception de la francophonie allait de pair avec le concept d’« universalité » d’un parler (et de la littérature qui l’accompagne), imposant sa nécessité à tous les peuples. Ce concept d’universalité, tel qu’appliqué à la langue et à la culture françaises, se trouve exposé dès la fin du XVIIIe siècle, chez Antoine Rivarol et son célèbre Discours sur l’universalité de la langue française (1784). Le postulat de base est que la langue française jouit d’un privilège d’universalité, qu’elle est destinée à rayonner au-delà de toute frontière et à être utile à tous les peuples. C’est le concours de circonstances historiques, géographiques et psychologiques particulières qui aurait, selon Rivarol, conformé un « génie » particulier au français : conforme à la raison elle-même, cette langue serait, par nature, la plus apte à exprimer toute la gamme des sentiments ressentis universellement. Cette idée d’universalité, qui est, chez Rivarol, quelque chose à démontrer, s’intègre progressivement comme une évidence et comme une obsession : les défenseurs de la francophonie l’ont souvent présentée comme une « Civilisation de l’Universel » (la formule est de Senghor), c’est-à-dire comme une actualisation de cette tension vers l’universel qui serait inscrite dans la langue française. Avec les constats progressifs de déclin objectif du français dans le monde, cette évidence a pris le tour d’une obsession, au sens où l’universalité de la langue française est constamment opposée au caractère contingent du succès des autres langues.       Deuxièmement, à l’idée d’universalité s’ajoute la conception monologique de cette langue universelle. Le monologisme se définit grossièrement comme la mise en équivalence d’un système linguistique et d’un système de pensée et comme la conception radicalement unitaire et homogénéisante desdits systèmes. La langue est une, ensemble clos de traits connus ou connaissables, et détermine une disposition d’esprit par rapport au monde tout aussi unitaire et caractérisable. La conception monologique empêche ainsi de penser, par exemple, l’évolution linguistique ou les interférences entre les langues. Au contraire, elle implique une attitude puriste à l’égard de cet outil, dont il s’agit de conserver le plus précieusement possible les propriétés, puisque ce sont ces propriétés qui assurent le développement spirituel du groupe linguistique. Monologisme et purisme produisent ainsi une représentation de la langue comme pure extériorité, qui impose aux usagers son génie et toutes les caractéristiques qui sont censées la distinguer (parmi lesquelles, au centre, l’idée de « clarté » du français, qui émanerait de sa syntaxe).       Enfin, troisièmement, cette première phase des discours sur la francophonie se distingue par le rapport déshistoricisé qu’ils entretiennent à l’esthétique littéraire. On constate en effet que des étiquettes et des jugements esthétiques récurrents (tels que l’exotisme et le lyrisme) peuvent être appliqués indifféremment à un poète antillais des années 1940, à un romancier africain contemporain ou à un écrivain belge de la fin du XIXe siècle. Puisque c’est la langue française qui les rassemble et que cette langue française présente, quelle que soit l’époque, des caractéristiques stables, qui assurent sa grandeur et sa diffusion universelles, ces écrivains sont arrachés à leurs histoires respectives, à leurs ancrages contextuels (la société dans laquelle ils écrivent, les modes esthétiques de leur époque, etc.) et identifiés uniquement (ou prioritairement) par le type de rapport qu’ils entretiennent avec la langue française.        Tels sont les principaux traits d’un discours « francophone » sur les productions culturelles jusqu’aux années 1980.       Ce paradigme normatif se voit progressivement réorienté, vers les années 1970, à mesure que se précisent les contours d’une « francophonie » politique et multilatérale, dont l’essentiel du projet est justement de se poser comme une alternative à l’impérialisme culturel anglo-saxon et à l’uniformisation qu’il entraînerait.       La formule senghorienne d’une « Civilisation de l’Universel » sur fond de clarté linguistique française laissera ainsi plutôt la place au « dialogue des cultures », qui caractérise un deuxième moment dans l’évolution du discours « francophone » institutionnel et à tendance normative. La « francophonie » se conçoit dès lors comme l’assemblage de différentes « aires culturelles », chacune porteuse de ses spécificités. Dans un tel cadre, les productions de toutes les périphéries de langue française sont instrumentalisées pour en faire les vitrines littéraires légitimes d’une unique vision du monde « francophone ». Ici encore, l’épaisseur historique et les cadres historiographiques existants sont annulés, au profit d’une mise à plat complète de chacune des traditions en jeu, qui font l’objet d’une même lecture orientée, d’une soumission à une même formule esthétique, fût-elle celle de la « diversité » ou du « métissage » par les minorités. Ce type de conception est le propre d’une doxa « francophone » abondamment relayée dans l’espace public. Si l’on consulte l’article « Littératures francophones » dans l’Encyclopedia Universalis, on lit en effet : « l’essence du projet littéraire francophone [est de] dire la parole particulière et plurielle de groupes humains (parfois minoritaires et menacés) qui font confiance à l’universalité de la langue française pour attester leur présence au monde. » Ainsi définie, la « francophonie littéraire » est bien normative, tant sur le plan de la forme que sur le plan du contenu : est « écrivain francophone » celui qui s’exprime dans un français « universel » (autrement dit, le français classique qui est celui des grandes œuvres de la littérature française de France) mais en décrivant des réalités locales, évoquées le cas échéant d’un point de vue « minoritaire et menacé », c’est-à-dire en cultivant une forme d’exotisme lyrique porté par des valeurs humanistes.       On voit donc ici à l’œuvre un discours sur la littérature, fortement imprégné d’une idéologie mêlant à la fois la nostalgie de la grandeur de la France et l’humanisme d’un vaste dialogue magique entre cultures, dont on ignore les conditions historiques et les rapports de domination, mais qui viendraient, par leur exotisme et leur lyrisme, colorer joyeusement les murs du grand musée de la littérature française.       Ce discours et ces conceptions répondent à des enjeux qui sont finalement très peu « scientifiques » – je veux dire par là qu’ils concernent peu la compréhension profonde des phénomènes littéraires et relèvent plutôt de la concurrence symbolique (mais aussi économique et politique) entre grands ensembles culturels.       Sans pouvoir m’attarder ici sur ces aspects, j’en viens à présent à leur envers, c’est-à-dire à la réponse « scientifique » – disons plutôt : « académique » – qui leur a été formulée. En effet, les universités accordent aujourd’hui une place toujours plus grande aux « études francophones » ; aux États-Unis, celles-ci tendent même à remplacer les départements d’« études françaises ». Comment se configure ce champ d’études ? quelles difficultés rencontre-t-il ? et, finalement : a-t-il sa raison d’être, sous cette appellation, en tant que branche des études littéraires ? Ce sont ces questions que la section suivante se propose d’affronter.     Les études francophones à l’université     Un statut problématique     Le statut des études francophones au sein de l’université est problématique au moins à deux égards : d’une part il leur faut afficher une légitimité scientifique par rapport aux autres discours, non universitaires, sur la francophonie et les littératures francophones ; d’autre part il leur faut afficher une spécificité scientifique au sein de l’université, par rapport aux études françaises.       Je ne reviens pas ici sur l’idéologie officielle de la « francophonie », que je viens d’évoquer, et qui conditionne immanquablement le regard qu’on porte sur ces littératures à l’université.       L’autre source du statut problématique des études francophones touche à leur définition par rapport aux études françaises. Comme on le sait, la France se caractérise par une tradition universitaire très centralisée, dans laquelle le corpus littéraire correspond aux contours de la nation et est appréhendé selon un canevas très précis, celui de l’histoire littéraire et de l’explication de textes, tel que Gustave Lanson (et ses successeurs) l’impose à l’Université au tournant des xixe et xxe siècles et qui ensuite se répand à tous les étages de l’institution scolaire. Le témoignage le plus parlant de la diffusion de ce modèle d’appréhension de la littérature est sans doute le « Lagarde-et-Michard », sorte de Bible nationale qui présente la vitrine du patrimoine littéraire à des générations d’étudiants français.       Une telle rigidité hexagonale a nécessairement opposé des résistances à la pénétration des études francophones. La centralité du référent « français » dans les études de lettres et le poids d’une tradition théorique et historiographique ajustée à la littérature hexagonale ont freiné l’importation de nouveaux objets et, surtout, de nouvelles méthodes. Au sein de l’université française, les études francophones sont encore souvent stigmatisées comme marginales par rapport à la filière proprement « littéraire » (française) : il y a certes de plus en plus de thèses en littérature francophone, mais elles restent moins bien cotées sur le marché académique que les thèses sur les grands auteurs du patrimoine ; en France, faire une thèse en littérature francophone, c’est encore s’inscrire dans un secteur presque parallèle, un peu comme celui des paralittératures[6].       Tout en étant marginalisées par rapport aux études françaises, les études francophones restent souvent étroitement dépendantes des clés de lecture mises en place par le regard porté sur la littérature française. En effet, tout comme la Francophonie institutionnelle, les études françaises sont productrices d’un discours, d’un ensemble de modèles, de concepts, de façons d’aborder le littéraire, qui ne manquent pas d’imprégner toute autre approche parente.       On peut voir en effet les études françaises comme un ensemble de normes (idéologiques, esthétiques, historiographiques), ajustées au corpus de la littérature française et dont l’application aux corpus francophones est nécessairement problématique.       Premièrement, sur un plan idéologique, l’étude de la littérature française repose très souvent sur le postulat de l’autonomie de la pratique littéraire par rapport à la sphère sociale. Imposé vers 1850, ce credo selon lequel la littérature est une affaire strictement esthétique tend à privilégier l’étude interne des textes. Or, dans les ensembles francophones, la pratique littéraire n’est jamais totalement autonome par rapport aux autres champs sociaux et discursifs (politique, journalistique, scolaire, religieux).       Deuxièmement, sur un plan esthétique, l’étude de la littérature française mesure la valeur des auteurs et des textes à l’étalon de la modernité, qui tend à privilégier les occurrences les plus « en rupture » par rapport aux conventions littéraires dominantes. Or, dans les ensembles francophones, ce n’est pas toujours à cette logique de la distinction et de la rupture esthétique que répond la production littéraire.       Enfin, troisièmement, sur un plan historiographique, l’étude de la littérature française privilégie l’appréhension individualisée du personnel littéraire, l’étalement de la production étudiée sur une longue durée chronologique (les premières manifestations littéraires en langue française remontent au ixe siècle), le découpage par siècles (ou par périodes correspondant à des événements politiques propres à la France : le siècle de Louis XIV, la Révolution française, par exemple). Ici encore, il est évident que les littératures francophones ne répondent pas forcément à ces schémas historiographiques.       Adopter ces différentes normes, c’est reconnaître l’assimilation de son objet au corpus des études françaises, et donc se poser comme une sorte de produit dérivé de ce champ disciplinaire dominant. Les rejeter, c’est se mettre dans l’obligation de construire de nouveaux cadres théoriques pour comprendre ces littératures ; ce cas de figure présente une nouvelle difficulté : quels concepts, quelles normes métalittéraires peuvent être suffisamment pertinents et généraux pour embrasser l’ensemble des situations de « francophonie littéraire » ? D’où le risque inverse : celui d’un émiettement du champ des études francophones (sous la fausse apparence de leur homogénéité). Dépourvu d’un socle méthodologique cohérent et global dans lequel il pourrait inscrire ses recherches, le francophoniste est alors tenté de se replier sur son micro-objet – tel romancier antillais, telle période de la poésie africaine, ou telle particularité du théâtre québécois – sans plus chercher à situer son travail dans la perspective plus générale de la problématique littéraire francophone. On risque alors que les études francophones ne soient qu’une juxtaposition hétéroclite de petits objets sans aucune cohérence d’ensemble.       Cela dit, plusieurs réponses ont été formulées pour éviter ces conséquences un peu tristes et pour pallier le statut problématique des études francophones. Disons même, pour voir les choses de manière positive, que ce statut problématique peut être renversé en avantage pour les études francophones, qui s’offrent comme un champ d’expérimentation théorique, comme l’occasion de mettre à l’épreuve des outils conceptuels moins canoniques, qui ne trouveraient pas (ou moins) leur place dans le centre français ; en somme, il s’agit pour les études francophones de retourner le stigmate du « marginal » en emblème de « l’expérimental ».     Les paradigmes périphériques proposés en réponse     En restant à un grand niveau de généralité (et donc en simplifiant outrageusement), on peut dire que les études francophones ont répondu à la fois au discours francophone non-universitaire et au discours des études françaises – c’est-à-dire à deux systèmes puissamment normatifs – en développant une approche de la littérature qu’on peut appeler variationniste et quia participé à la reconnaissance de la « francophonie (littéraire) » comme objet de savoir au cours des dernières décennies du xxe siècle.       Ces options variationnistes considèrent leur objet soit d’un point de vue prioritairement poétique, soit d’un point de vue prioritairement socio-historique.       Dans la première perspective, illustrée par exemple par l’ouvrage de Dominique Combe sur les « poétiques francophones » [7], mais aussi par les travaux de Lise Gauvin sur la notion de « surconscience linguistique » [8], il s’agit de s’appuyer sur un état des lieux sociolinguistique des situations d’énonciation des écrivains francophones pour faire apparaître les réponses stylistiques originales qu’ils ont pu y apporter, les stratégies compensatoires qu’ils ont déployées face à des situations problématiques. À partir du postulat selon lequel « les littératures d’expression française supposent un certain rapport avec la langue française, au regard d’autres langues (maternelles ou secondes), qui conditionnent et fondent ces écritures », les analyses les plus ambitieuses tendent à élaborer une « poétique générale de la francophonie, préalable à une stylistique des œuvres francophones » [9].       Ce type de démarche procède, en quelque sorte, par retournement du stigmate en emblème – puisqu’il s’agit de faire de l’aliénation du « francophone » vis-à-vis des modèles linguistiques dont il perçoit l’imposition, le lieu d’une créativité particulière, en somme, comme le dit Lise Gauvin, d’un « imaginaire de la langue ». Celui-ci donnerait lieu, dans le cadre littéraire « francophone », « à des poétiques irriguées par le sens du ludique et du transitoire, plus proches de la fête carnavalesque et de l’esthétique baroque que des conventions du réalisme » [10].       La perspective variationniste peut également prendre pour point de mire ou pour matériau d’analyse principal les configurations socio-historiques et institutionnelles selon lesquelles se déclinent les ensembles « francophones ».       Deux grands paradigmes sont ici le plus souvent convoqués : d’une part le « modèle gravitationnel », d’autre part la « théorie postcoloniale » [11]. Il convient de préciser, par parenthèse, que dans aucun des cas la démarche proposée n’est coupée d’une analyse des œuvres. Au contraire, on peut dire qu’elle se présente comme un préalable indispensable à l’examen des configurations textuelles. Il nous semble cependant pertinent de distinguer ces approches en tant qu’elles accordent une place importante à la cartographie du marché littéraire et des rapports de légitimité qui le structurent.       Le « modèle gravitationnel », proposé par Jean-Marie Klinkenberg [12], s’appuie sur la métaphore du système solaire pour rendre compte des relations entre un centrelittéraire et ses périphéries. En concentrant l’essentiel des instances de l’institution et en fixant les valeurs du marché symbolique qu’est une littérature, le centre étend son influence à d’autres ensembles littéraires, faiblement institutionnalisés, et appartenant à la même aire linguistique ou ayant entretenu avec lui un rapport politique de domination. Pris dans une dialectique entre forces centripètes (qui poussent à l’assimilation) et centrifuges (qui poussent à la dissimilation), les agents des zones de production périphériques doivent développer des stratégies visant soit à monnayer leur reconnaissance symbolique auprès des instances parisiennes, soit à constituer ce que Pierre Bourdieu a appelé, à propos de la Belgique francophone, un « marché protégé » et que Benoît Denis a théorisé par la notion de « sous-champ » [13] ; autrement dit à développer leurs propres normes de fonctionnement sans pour autant pouvoir effacer la domination symbolique du centre.       Ce type d’approche, qui se nourrit essentiellement de la théorie des champs de production culturelle de Pierre Bourdieu [14] et de la théorie de l’institution de la littérature proposée par Jacques Dubois [15], s’est surtout développé sur les cas belge et québécois, sans toutefois avoir donné lieu à de véritables synthèses comparatistes [16].       L’autre grand paradigme socio-historique variationniste – la théorie postcoloniale – s’inspire quant à lui de la tradition critique anglo-saxonne [17]. Il a été introduit dans le paysage universitaire français par Jean-Marc Moura [18] et, si les démarrages ont pu paraître un peu lents, ce genre de travaux semble enfin susciter un certain engouement auprès des chercheurs en « études francophones », mais pas seulement [19], à tel point qu’il tend parfois à apparaître comme le paradigme qui donne toute sa cohérence transversale aux études sur la francophonie littéraire.       La grille de lecture proposée par Moura est en réalité l’aménagement, pour le marché universitaire français, de la postcolonial theory qui s’est largement imposée dans les pays anglo-saxons depuis plusieurs décennies. Son impact sur les études francophones se fait, là-bas aussi, clairement sentir, mais selon une conjoncture très différente de celle qui prévaut en France. Aux États-Unis, les départements d’études françaises tendent naturellement à se reconfigurer en départements d’études francophones, elles-mêmes de plus en plus associées au paradigme postcolonial. Comme en témoigne la création d’une revue Francophone Postcolonial Studies en 2003, l’intersection entre ces champs d’étude s’impose de plus en plus comme pertinente et évidente. Elle résulte notamment de la conjonction, dans la tradition universitaire américaine, de problématiques portées par les penseurs du postcolonial (Said, Spivak, Bhabha) et des écrits de Fanon, Césaire, Glissant (qui, comme Maryse Condé, Achille Mbembe ou Assia Djebar, occupe d’ailleurs une place dans l’institution universitaire américaine). Cette conjonction ne s’est pas produite en Europe.       Comme leur nom l’indique, ces études postcoloniales postulent que le fait colonial constitue un élément déterminant du contexte socio-culturel dans lequel se sont développées ces littératures après la décolonisation ; élément qui rejaillit d’une manière ou d’une autre sur l’écriture des œuvres, notamment sur leur instabilité énonciative ou sur certaines des options esthétiques. Il paraît ainsi évident que ce type de méthodologie s’applique prioritairement aux littératures de la francophonie Sud et laisse de côté les ensembles belge, suisse et québécois.       Il apparaît ainsi que la spécialisation de ces deux types d’approches variationnistes de la francophonie littéraire (modèle gravitationnel, paradigme postcolonial) correspond à une distinction assez nette entre un ensemble de littératures issues, dans la seconde moitié du xxe siècle, des anciennes colonies françaises, et un autre ensemble, qui réunit, au Nord, les littératures ayant émergé au xixe siècle, dans la foulée d’une autonomisation politique d’un autre type (1830 : Indépendance de la Belgique, 1848 : constitution de la Confédération helvétique ; 1867 : constitution du Canada fédéral, avec le Québec comme province autonome). Tous deux déterminés par le rapport de domination qui les unit à la France littéraire, ces ensembles littéraires n’en relèvent donc pas moins de deux processus socio-historiques d’émergence distincts, l’un selon un modèle « postcolonial », l’autre selon un modèle « national ». C’est l’un des apports cruciaux des deux approches mentionnées ci-dessus que d’avoir mis en évidence cette ligne de partage au sein du corpus « francophone », ne fût-ce qu’en s’appliquant chacune sur les objets les mieux adaptés à leurs modèles respectifs ; à savoir, grosso modo,d’un côté les littératures maghrébines, africaines, antillaises, de l’autre les littératures belge, suisse, québécoise. L’autre apport fondamental de ces démarches est d’avoir ouvert la porte à des études comparatistes : c’est sans aucun doute par le biais du comparatisme que les études francophones pourront trouver leur place dans le champ universitaire.       Reste que, à mes yeux, on ne peut pas vraiment se contenter de cela. Je voudrais donc terminer en évoquant brièvement les quelques propositions qui forment la thèse directrice de mon travail et que je défends en vue d’un renouvellement des études francophones.     Propositions finales     Ces propositions tiennent en un seul mot : francodoxie. Par l’emploi de ce terme, il s’agit de reconnaître qu’il y a une manière de parler de (et donc de penser) la littérature qui est spécifiquement française et dont dépend la représentation même d’une « francophonie littéraire ». Francodoxie pour désigner donc l’ensemble des lieux communs, des schèmes de pensée, des croyances, des façons de présenter et d’organiser la chose littéraire (et plus largement la culture) en langue française. Dans ce cadre, la « francophonie » – et la « littérature francophone » – ne sont donc plus que l’une des actualisations possibles de la francodoxie, l’une des formes discursives qu’elle peut revêtir, dans un contexte particulier, et que j’ai proposer de borner chronologiquement sur un siècle, entre le début du xxe et le début du xxie.       C’est de cela dont veut rendre compte, sous ses dehors un peu provocateurs, le titre Vies et mort de la francophonie : en tant qu’objet de discours, la francophonie (et, avec elle, l’étiquette de « littératures francophones ») a un début et une fin, est le produit d’une histoire, qui commence avec Onésime Reclus (on l’a vu) et qui, me semble-t-il, s’achève aujourd’hui. Deux indices viennent signaler cet achèvement, ou du moins cet épuisement.       D’une part, on a assisté ces dernières années au retour d’une conception très nationalisée de la culture. Le discours de Nicolas Sarkozy (dans sa campagne de 2007) me semble emblématique du regain d’une croyance en la mission civilisatrice que la France devrait mener dans le monde, au nom du privilège d’universalité de sa langue et de sa haute culture. Or, on l’a vu, c’est précisément en rupture par rapport à cette conception que la notion de francophonie s’était imposée au tournant des années 1970. Reste à voir à présent quelles inflexions le nouveau président François Hollande va donner à la politique culturelle léguée par son prédécesseur. Quelles qu’elles soient, ces inflexions ne pourront pas, selon toute vraisemblance, simplement renouer avec le francophonisme mitterrandien des années 1980.       D’autre part, de nouvelles catégories de classement du littéraire émergent dans l’espace public, qui concurrencent, voire déjà supplantent, celle de « littérature francophone ». En 2007, on a vu de nombreux écrivains dits « francophones » protester contre cet étiquetage et revendiquer leur appartenance à une « littérature-monde », sorte de nouveau réalisme branché sur le motif du voyage. Parallèlement, de plus en plus d’universitaires s’intéressent à la question de l’existence d’une « littérature européenne » [20], qui interrogerait tout particulièrement l’histoire du Vieux Continent (à l’image des Bienveillantes de Jonathan Littell). Ces étiquettes ne sont pas à mes yeux plus « justes » ou plus « fondées » que celle de « littérature francophone » ou, avant elle, de « littérature belge » ou « littérature africaine ». Elles signalent simplement l’émergence de nouveaux enjeux, de nouvelles catégories idéologiques qui imprègnent notre manière de parler de la littérature et de classer les productions littéraires.       Ceci montre donc que l’étude de la francodoxie doit idéalement trouver sa place dans une étude plus large des diverses représentations métalittéraires, c’est-à-dire des différents cadres à travers lesquels on a pensé la chose littéraire – non pas uniquement les cadres dits « théoriques » (la succession des paradigmes utilisés par la critique et l’histoire littéraires : biographisme, structuralisme, sociologisme, etc.), mais bien l’ensemble des doxa (systèmes organisés d’évidences partagées) qui ont participé à notre reconnaissance autant qu’à notre connaissance de la littérature en tant que littérature.       Reste à se demander si une telle démarche présente quelque pertinence pour l’analyse et la compréhension des œuvres littéraires elles-mêmes – dont il n’a pas encore été question jusqu’à présent.       Je ne peux évidemment répondre que par l’affirmative, en disant que, à mes yeux, les textes littéraires peuvent finalement être versés dans le corpus des représentations métalittéraires. Je veux dire par là que tout roman, même tout poème, tient un discours (souvent très crypté) sur la manière de lire et de comprendre la littérature, et gagne donc à être confronté aux discours historiques, critiques, programmatiques, qui l’entourent et participent peu ou prou de la même doxa sur la littérature. Pour prendre l’exemple banal mais parlant que j’évoque dans le livre : il me paraît évident que le roman de Jean Muno, Histoire exécrable d’un héros brabançon, construit des représentations de la « littérature belge » qui sont en prise directe avec les idéologies métalittéraires de l’époque, au point qu’on en a fait l’un des romans de la « belgitude » [21].       Se soucier des discours entourant les œuvres, ce n’est donc pas oublier les œuvres, c’est plutôt tenter de se donner de nouveaux instruments pour en poursuivre la lecture, en acceptant le postulat que ces œuvres sont redevables d’un contexte et que ce contexte n’est pas seulement sociologique, mais aussi discursif, c’est-à-dire inséparablement rhétorique et idéologique.       François PROVENZANO

 

[1] François Provenzano, Vies et mort de la francophonie. Une politique française de la langue et de la littérature, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, « Réflexions faites », 2011. Certaines parties du présent texte reprennent des passages du livre cité ; j’y renvoie les lecteurs pour des approfondissements ou des compléments bibliographiques. L’auteur remercie chaleureusement la Maison de la poésie de Namur, en particulier Aline Louis, pour son accueil. [2] Benoît Denis & Jean-Marie Klinkenberg, La Littérature belge. Précis d’histoire sociale, Bruxelles, Labor, « Références », 2005. [3] Voir notamment les pistes comparatistes tracées dès Lise Gauvin et Jean-Marie Klinkenberg, Trajectoires : littérature et institution au Québec et en Belgique francophone, Bruxelles, Labor, 1985 ; Paul Aron, « Le fait littéraire francophone », dans Fonkoua (Romuald) et Halen(Pierre) Les champs littéraires africains, Paris, Karthala, coll. « Lettres du sud », 2001, pp. 39-55. [4] Voir notamment Onésime Reclus, France, colonies et Algérie, Paris, Hachette, 1886. [5] C’est notamment en s’inscrivant contre ce type de discours que les études francophones vont se constituer – nous le verrons plus avant. [6] Voir Anne Douaire, [Intervention à la Table ronde sur la francophonie], dans Alexandre (Didier) et alii (dir.), La traversée des thèses. Bilan de la recherche doctorale en littérature française du xxe siècle, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2004, pp. 126 et suivantes. [7] Dominique Combe, Poétiques francophones, Paris, Hachette, « Hachette Supérieur », 1995. [8] Lise Gauvin a exposé la notion de surconscience linguistique dans « D’une langue à l’autre. La surconscience linguistique de l’écrivain francophone » (L’écrivain francophone à la croisée des langues, Paris, Karthala, 1997, pp. 6-15) ; elle en a ensuite explicité l’intégration dans le cadre des « études littéraires francophones » (« La notion de surconscience linguistique et ses prolongements », dans D’Hulst (Lieven) et Moura (Jean-Marc) (dir.), Les études littéraires francophones : état des lieux, Lille, Travaux du Conseil scientifique de l’Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, 2003, pp. 99-112), pour enfin, dans La fabrique de la langue, la mettre à l’épreuve d’un corpus élargi qui situe « les littératures francophones » en point d’orgue du panthéon français (La fabrique de la langue. De François Rabelais à Réjean Ducharme, Paris, Seuil, « Points-Essais », 2004). [9] Dominique Combe, Poétiques francophones, op. cit., pp. 7 et 9. [10] Lise Gauvin, « La notion de surconscience linguistique… », op. cit., p. 110. [11] On trouvera les exposés les plus récents et les plus aboutis de ces deux paradigmes, respectivement dans Benoît Denis et Jean-Marie Klinkenberg, La littérature belge…, op. cit., pp. 45-63 et dans Jean-Marc Moura, Littératures francophones et théorie postcoloniale, Paris, PUF, 2e éd., 2005 (1re éd. : 1999). [12] Jean-Marie Klinkenberg, « Les littératures francophones : un modèle gravitationnel », dans Canvat (Karl), Monballin (Michèle), Van der Brempt (Myriam) (dir.), Conver­gences aventureuses. Littérature, langue, didactique. Pour Georges Legros, Namur, Presses universitaires de Namur, 2004, pp. 175-192 ; l’essentiel du propos est repris dans Benoît Denis et Jean-Marie Klinkenberg, La littérature belge…, op. cit., pp. 33-43. [13] Pierre Bourdieu, « Existe-t-il une littérature belge ? Limites d’un champ et frontières politiques », Études de lettres, vol. III, 1985, pp. 3-6 ; p. 5 ; Benoît Denis, « La littérature francophone de Belgique. Périphérie et autonomie », dans Dubois (Jacques), Durand (Pascal) et Winkin (Yves) (dir.), Le symbolique et le social. La réception internationale de la pensée de Pierre Bourdieu, Liège, Éditions de l’Université de Liège, coll. « Sociopolis », 2005, pp. 175-184. [14] Telle qu’exposée dans son article séminal « Le marché des biens symboliques » (L’année sociologique, no 22, 1971, pp. 49-126) puis étoffée dans Les règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire (Paris, Seuil, coll. « Points-Essais », 2e éd. revue et corrigée, 1998. [15] Jacques Dubois, L’institution de la littérature, Bruxelles, Labor, « Références », 2005 (1re éd. : Paris – Bruxelles, Nathan – Labor, coll. « Dossiers média », 1978). [16] Qu’on nous permette ici de renvoyer à cet ouvrage récemment paru : François Provenzano, Historiographies périphériques. Enjeux et rhétoriques de l’histoire littéraire en francophonie du Nord (Belgique, Suisse, Québec), Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2012. [17] On fait souvent remonter les origines de la postcolonial theory au célèbre Orientalism d’Edward Said (1978) et au collectif The Empire Writes Back: Theory and Practice in Post-Colonial Literatures (Bill Ashcroft, Gareth Griffiths, Helen Tiffin, 1989), qui ouvriront la voie, dans les années 1990, à une proliférante bibliographie sur les littératures de l’ancien Commonwealth. [18] Notamment par Jean-Marc Moura, Littératures francophones et théorie postcoloniale, op. cit. [19] Comme en témoignent les récentes traductions de deux auteurs phares de la théorie postcoloniale : Neil Lazarus, Penser le postcolonial : une introduction critique, trad. de l’anglais par Marianne Groulez, Christophe Jaquet et Hélène Quiniou, Paris, éditions Amsterdam, 2006 ; Homi K. Bhabha, Les lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, Paris, Payot, 2007. [20] Voir par exemple le récent manuel : Annick Benoît-Dusausoy & Guy Fontaine (dir.), Lettres européennes. Manuel d’histoire de la littérature européenne, Bruxelles, De Boeck Supérieur, 2007. [21] Voir notamment la « Lecture » qu’en donne Jean-Marie Klinkenberg dans l’édition de la collection « Espace Nord », chez Labor.

 



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