Dictionnaire Français-Gaulois, par Jean-Paul Savignac


Auteur : Jean-Paul SAVIGNAC


Le Dictionnaire Français-Gaulois   Texte de la conférence donnée à la Maison de la Poésie et de la langue française par Jean-Paul Savignac le 7 avril 2011.   Merci de ces paroles de bienvenue, et grand merci à Monsieur Éric Brogniet, directeur de La Maison de la Poésie et de la langue française de Namur, de m’avoir invité et à son équipe, Lucy Migeot, Aline Louis et Charlotte Poncelet pour leur très aimable accueil. Un dictionnaire — un dictionnaire de thème, qui plus est — est un ouvrage austère que l’on consulte dans la solitude de l’étude. Pourtant les mots de ce Dictionnaire Français-Gaulois ont une particularité attrayante : ils sont à la fois archaïques, étranges — voire étrangers — et familiers. Leur ressemblance reconnue avec un mot français ou européen nous ravit (branche est issu de branca, change et cambio viennent de cambion, ruche sort de rusca, tonneau de tunna). Ils offrent à notre curiosité les sonorités de la langue première. Le celte (je préfère dire : le gaulois) a été parlé en Europe, avec des différences dialectales certaines, pendant près de deux millénaires. Au 1er siècle avant notre ère, sa zone couvrait en partie la Belgique actuelle, l’ouest de l’Allemagne, des poches en Europe de l’est, la Suisse, la France, les Îles Britanniques, le nord de l’Italie et le nord de l’Espagne. Vous avez tous entendu parler d’Ambiorix et de Vercingétorix. Ces héros éloquents et persuasifs s’exprimaient en gaulois. Cette langue, que César ignorait, puisqu’il avait besoin d’interprètes, nous commençons à bien la connaître. Le gaulois est une langue celtique ancienne. Elle est devenue pour nous fragmentaire, parce qu’elle n’existe plus qu’à l’état de traces et n’offre pas de textes littéraires. Elle procède de l’indo-européen, cette langue préhistorique hypothétique, reconstituée à partir de la comparaison entre elles de la plupart des langues anciennes de l’Europe et de certaines de l’Asie. Nos sources du gaulois sont des citations d’auteurs anciens (ainsi, le médecin grec Dioscoride (Ier siècle) livre le mot koûrmi « bière d’orge fermenté »), des gloses (annotations d’érudits), des termes issus du substrat celtique conservés dans les langues romanes (alouette, arpent, charpente, crème, petit, jaillir…) et surtout des inscriptions en langue gauloise (environ 2000) découvertes presque toutes sur le sol de la France (le « Plomb du Larzac » a été trouvé en 1983, la « Tuile » de Châteaubleau en 1997). Ce sont aussi des noms de personne gaulois (environ 30 000) lus sur des inscriptions antiques, qui peuvent être gauloises, grecques ou latines (mais ces noms sont gaulois), ainsi que des toponymes français et européens d’origine celtique, très nombreux. Tous ces noms sont motivés, c’est-à-dire qu’ils ont un sens (le nom de M. Pommier, par exemple, veut dire « pommier »). Ainsi, le nom de la ville de Lèves, au sud de Namur, issu du gaulois leuos, -a signifie « glissant, lent » ; c’est l’épithète probable d’une rivière. Cette langue jadis parlée sur le sol européen, qui était à coup sûr aussi belle et riche que le grec ou le latin, nous est accessible grâce au comparatisme, en particulier avec les langues néoceltiques, dont l’irlandais ancien. Ce travail nous révèle des déclinaisons presque complètes, une conjugaison encore très lacuneuse et quelques linéaments de syntaxe. La prononciation est celle des langues antiques connues : voyelles a, é, i, o, ou, longues ou brèves ; quatre diphtongues au (aou), ai (aï), eu (éou), ou (oou) ; consonnes semblables aux nôtres, comme je l’expose dans le livre, sauf que manquent les sons j, ch, v et z, mais il y a deux phonèmes particuliers : une spirante notée, d, dd, ss, th [sts], et une affriquée notée x, qui est le khi grec, ou c(t), [] articulée comme le ch allemand de ich. Le nom lu sur une pièce de monnaie Vercingetorixs, avec –xs à la fin, se prononçait donc [Ouerking’étoris’]. Je dois également vous parler un peu de moi. Pourquoi avoir écrit ce dictionnaire ? Par amour de cette langue gauloise que j’ai découverte par hasard, alors que, étudiant en lettres classiques, je préparais le Certificat de grammaire et philologie classiques. Cette partie de la licence s’intéressait à l’origine et à la formation des mots gréco-latins et imposait de comparer les langues indo-européennes entre elles. C’était passionnant ! Ajouter le celtique ancien, dont je soupçonnais à peine l’existence, à ces langues fut un bonheur de plus. C’était il y a plus de 30 ans. Depuis, je n’ai pas cessé de m’intéresser au gaulois, et j’ai écrit ce dictionnaire en 2004. Par ailleurs, la composition d’un ouvrage de ce type suppose un grand amour des mots. J’ai traduit l’Œuvre de Pindare en 1990, une poésie réputée difficile, quasi mallarméenne, caractérisée par un ordre des mots parfois ahurissant, une création abondante d’adjectifs composés et une brachylogie constante. C’est dire combien je me suis soucié des vocables. Les termes les plus difficiles à traduire sont ceux que l’on aime le plus, et il y en a eu ! Devenir finalement nomenclateur, c’est vouloir embrasser le monde à travers des mots. Hé bien, j’ai eu ce désir. Je le souhaite communicatif. Également, j’ai conçu celui de faire connaître au plus grand nombre cette langue injustement oubliée et méconnue. Il n’existait aucun dictionnaire français-gaulois, alors que fleurissaient de nombreux lexiques, glossaires, dictionnaires gaulois-français. J’ai donc décidé d’écrire ce dictionnaire-ci. Je viens de vous exposer pourquoi j’avais entrepris ce travail. Permettez-moi de vous dire à présent comment je l’ai réalisé. Je disposais d’un certain nombre d’instruments de travail, La langue gauloise de Georges Dottin, très ancien, la revue Études celtiques, savante entre toutes, le Recueil des Inscriptions Gauloises (R.I.G.), corpus où figurent toutes les inscriptions pourvues chacune d’une lettre suivie d’un numéro, longtemps attendu, La langue gauloise de Pierre-Yves Lambert, récent, le Dictionnaire de la langue gauloise de Xavier Delamarre, riche et récent, Les noms d’origine gauloise de Jacques Lacroix, récent également, et quelques autres. J’ai relevé tous les mots français que ces textes donnaient en traduction des termes gaulois qu’ils avaient recensés et j’ai créé des fiches en ordre alphabétique. Le terme gaulois donné en traduction, il fallait montré qu’il était attesté. Sa source est indiquée par des références précises, renvoyant soit à l’auteur antique qui l’a fourni, soit à l’inscription gauloise où il paraît. Le mot peut encore être déduit d’un nom propre, auquel cas il est presque toujours tiré de l’ouvrage de Xavier Delamarre. Il arrive qu’il y ait plusieurs références ; ainsi, le mot koûrmi, qui traduit l’entrée française bière (d’orge), comporte les sources suivantes : il est cité par Dioscoride, lu dans une inscription gauloise d’Autun (L-112), une autre de Vertault (L-85) et déduit des noms de personne gaulois Curmilla, Curmisso, Curmisagiios...et du nom de lieu Cormeilles (Oise). Certains, anciens, peu nombreux, n’ont pas cette chance : ils sont présumés gaulois, parce que leur étymon peut remonter à une forme gauloise, tel ardoise qui peut provenir d’un *aritisia reconstitué. Dans ce cas, le terme gaulois est accompagné d’un astérisque. L’idée qui prévaut alors est que, aucune étymologie ne convenant, il y a toute chance que ce mot appartienne au substrat gaulois. Quelques vocables indubitablement gaulois mais obscurs ne figurent évidemment pas dans ce dictionnaire. Une fois la forme gauloise confirmée, il faut en justifier le sens. L’article précise s’il est donné par un auteur grec ou latin ou une inscription bilingue ou le petit lexique gaulois-latin du Ve siècle dit de Vienne ou est resté attaché depuis l’antiquité à une forme qui a franchi les siècles, comme chemin issu de cammino- ou bec, de becco-, sinon la comparaison s’impose en priorité avec les langues néoceltiques et est rapportée. Ainsi, le nom de la poule est traduit iaros (nom propre attesté en gaulois), parce qu’en vieux-gallois iar, en vieux-cornique et en breton yar signifient « poule ». Jolie fille est donné uimpi (substantif gaulois attesté) grâce au gallois gwymp qui a ce sens. Lorsque les langues celtiques restent muettes, il faut se rabattre sur les autres langues issues de l’indo-européen. Par exemple, l’impératif aime (savoure ! apprécie !) se rend par le gaulois lubi, attesté sur inscription, parce que ce mot est de même sens que le verbe latin lubet, libet « il plaît » ; le qualificatif propre, du pays même se traduit par nitio- (reconnaissable dans le nom des Nitiobroges), grâce à son correspondant sanskrit nítya- « propre, indigène » ; le mot limite est rendu par antos (attesté dans une inscription et par des noms de personne), parce qu’il se superpose exactement au sanscrit ántah « limite, frontière ». Antos aboutit à l’allemand Ende, l’anglais end « fin »… Cependant beaucoup de formes ont des corrélats dans presque toutes les langues indo-européennes : par exemple sommeil, songe se traduit par sounos qui correspond, aux formes néoceltiques vieil-irlandais suan et gallois, cornique, breton hun, au sanskrit svápnah, au grec húpnos, au latin somnus, au lituanien sãpnas (de l’indo-européen *su(o)pnos). Pour assurer une garantie supplémentaire, chaque article donne, quand c’est possible, l’étymologie indo-européenne. Ainsi, homme, traduit en gaulois par gdonios, formeattestée par l’inscription E2 de Vercelli, remonte à un indo-européen *dhghomios, passé à *ghdhomios « le terrestre, l’homme », reconnaissable dans le grec chtón « terre », d’où viennent chtonien, autochtone, Érichtonios… Ce qui ne peut être indiqué, c’est la date précise d’apparition du mot dans la langue. Quelques termes sont supposés anciens, tel chef (d’expédition), brennos, attesté comme nom de personne du IVe au IIe siècle avant notre ère, mais qui n’apparaît plus ensuite ; d’autres sont présumés récents, tel clairière, -ialon, second élément de composé au sens de « village », qui n’est attesté en Gaule qu’à la période gallo-romaine. Enfin, tous les termes gaulois donnés en traduction des entrées sont regroupés dans un index à la fin de l’ouvrage, lequel s’achève sur une bibliographie.   Dernière grande question à aborder : à quoi peut servir un tel dictionnaire ? Au lecteur de trouver les réponses bien entendu. J’en proposerai trois pour ma part. Première réponse : à faire connaître le gaulois en excitant et en satisfaisant la curiosité de lecteurs qui aiment le langage tout simplement. Le jeu n’est pas exclu : on peut écrire des poèmes en gaulois, comme Georges Dumézil écrivait des poèmes en indo-européen. Ce dictionnaire peut également répondre aux besoins des studieux de tous ordres qui n’ont pas le temps d’apprendre le gaulois : historiens, anthropologues, chercheurs, écrivains… C’est ainsi qu’un ami philosophe s’est un jour plaint à moi au téléphone de ne pas trouver le mot « folie ». J’ai compulsé le livre et lui ai conseillé de regarder l’entrée fou. Il a pu constater que l’adjectif meros, « fou » en gaulois, était un frère du grec môros qui signifie « hébété, fou ». Ce qu’il faut, c’est bien chercher, mais on ne peut pas tout trouver. Il n’y a pour l’instant qu’une soixantaine de formes verbales. C’est une grande carence. Je dénombre cependant 1332 entrées en tout. Il arrive qu’il y ait plusieurs traduction pour un mot français. Il existe six mots gaulois pour traduire cheval : caballos (cheval de trait), epos (cheval attelé), mandus (poney), marcos (cheval monté), ueredos (coursier), paraueredos (cheval de volée). Récemment un auteur, qui écrit un ouvrage sur les arbres, m’a consulté à propos des noms du chêne en gaulois. Nous avons reconnu un vieux terme, *ercus, lié à la foudre, deruos qui connote les notions de dureté et de fermeté, tannos le chêne vert, et cassanos, un surnom « le crépu, l’enchevêtré » qui est à l’origine de notre nom chêne (cassano-, chasne, chesne, chêne). Deuxième réponse. Cet ouvrage peut faire découvrir, surtout à partir des noms propres de personne, de lieu et de cours d’eau qu’il renferme, des indications sur la vie religieuse, militaire et économique des Celtes, héritage des trois fonctions indo-européennes que je vous rappelle : I, l’esprit et le sacré, II, la force guerrière, III, le nombre et l’abondance. C’est ce que réalisent les travaux de Jacques Lacroix. Ainsi en est-il du nom du sanctuaire, nemeton, retrouvé, par exemple, dans le nom de Nanterre, déformation de Nemetoduron « Bourg du Sanctuaire », du nom de la citadelle, briga reconnaissable, dans divers toponymes dont Brégançon, et de celui du fort, dunon, à l’origine d’une centaine de noms en France, Dun, Verdun, Meudon, Médan, Vernon… enfin du nom du marché, magos, repérable dans Nouiomagos « Nouveau Marché », à l’origine des innombrables Nogent, Noyon, Noyan français et aussi de Neumagen en Allemagne et de Nimègue dans les Pays-Bas. On a repéré actuellement, rien qu’en France, environ 5000 noms de lieu d’origine celtique. Il y en a sans doute beaucoup plus. Mon travail peut également présenter des énigmes susceptibles de retenir l’attention des mythologues et des poètes. Je vais développer ce point un peu plus loin. Mais à quoi renvoient des noms de personne comme Divine-Souffrance, Femme-Saule, Frelon-de-la-terre, Grand-en-Ambre, Preneuses-de-Cris, Roseau-d’en-Bas, Roseau-d’en-Haut ou Roseau-Fou ? Mystère ! Troisième réponse, qui va prendre quelque ampleur. L’intérêt de ce dictionnaire de thème est de permettre de rétro-traduire dans leur version première des textes originairement gaulois qui ne nous sont parvenus que sous leur traduction antique en grec ou en latin. Une telle entreprise, bien ambitieuse, peut apporter un surcroît de sens. Voici un premier exemple. Nous savons par César qu’un éduen influent, mais turbulent, Dumnorix, nommé chef de la cavalerie éduenne par César, fait soudain défection et s’enfuit avec ses cavaliers. Le Romain le fait poursuivre. Rattrappé, cerné, sommé de se rendre, l’homme dégaine et répète en criant :« liberum se liberœque esse ciuitatis » (B. G. V, 7), soit en style direct : « Je suis libre et d’une cité libre ». S’adressant à ses compatriotes, Dumnorix a sûrement parlé en gaulois. Les mots que César lui attribue sont tous traduisibles. Je suis se dit immi, libre, rios, et même né libre, riogenos, cité, teuta. L’homme a pu crier quelque chose comme : «  Rios immi ac rias teutas » ou « Riogenos immi ac teutas rias ». Quel est l’intérêt de cette rétro-traduction ? C’est que le terme qui signifie « libre » en gaulois a également le sens d’« ami », ainsi que je l’explique, preuves inguistiques à l’appui, dans l’article consacré à libre. Son cri a donc été plus pathétique, plus humain que ne l’indique le froid rapport de César, qui ignorait ce double sens du mot rios « libre/ ami ». C’est un cri « Vive la liberté » qu’il a poussé, doublé d’un appel véhément à l’amitié de ses compatriotes : « Je suis votre ami ! », resté vain. Dumnorix est tué. Autre exemple. Nous devons au philosophe Diogène Laërce (Opinions des philosophes, 6) trois vers qui ont été traduits du gaulois en grec. Les voici en français :   Honorer les dieux, Ne rien faire de mal, S’exercer à la bravoure.   Le premier vers se traduit aisément en gaulois (j’honore se dit uediiu, dieu, deuos). Il donne :   Uediu deuus… (prononcer wédiou déwous)   Ne tenons-nous pas là un écho vibrant venu du passé, une formulation stylisée avec l’allitération en chiasme u/d, d/u ? Elle confirmerait le caractère incantatoire et poétique de la langue utilisée. Un autre exemple. Posidonios, un philosophe grec du début du Ier siècle avant notre ère, rapporte (Frgmt 17 Jacoby) les paroles d’un barde arrivé en retard à un banquet offert par le roi des Arvernes Louernios, moment à situer au IIe siècle avant notre ère. Comme le barde célèbre la gloire du roi, celui-ci, content, lui jette du haut de son char une bourse pleine d’or. Le poète de s’écrier alors que   les traces des roues du char du roi portent de l’or et des bienfaits pour les hommes.   Nous avons là une belle alliance entre un terme concret or et un mot abstrait bienfaits, et la métaphore implicite qui assimile les ornières du char royal à des sillons merveilleusement féconds. C’est de la poésie lyrique. On peut traduire le début de ce texte en gaulois, sans garantie, ce qui donne, dans un ordre des mots arbitraire : Lergi rigos carri roton *beront canecon? a uesua? gdoniobo. La version gauloise révèle un roulement de r, qui, au moins, souligne le sens, et même, au début, une allitération en r/g. Ces figures de diction présumées permettent d’entrevoir le haut degré d’élaboration de l’écriture poétique des Gaulois. Une remarque ici. La langue gauloise se prêtait éminemment à l’expression poétique, ne serait-ce que par sa capacité de former des mots composés comme c’est le cas pour le grec ancien, le slavon ou l’allemand, alors que la langue latine, par exemple, y répugne. Jugez-en : « dieux-hommes » deuogdonion, « Large-Regard » Amarcolitanos, « Frappe-au-Loin » Cenicellos qui est une quasi-traduction de l’épithète grecque d’Apollon, Hécatébolos, « Grand-Protecteur » Anextomaros. À noter aussi l’absence d’article, signe d’archaïsme, mais il y a abondance de démonstratifs. Diodore, au Ier siècle de notre ère, déclare au sujet des Gaulois : « Ces hommes sont d’un aspect effrayant ; leur voix a un son grave et des intonations tout à fait rudes ; dans la conversation, leur parole est brève, énigmatique, procédant par allusions et sous-entendus, souvent hyperbolique, quand il s’agit de se grandir eux-mêmes et d’amoindrir les autres. Ils ont le ton hautain, menaçant, tragique… » (Biblio. Hist. 5, 31). Cette peinture, indépendamment de son aspect caricatural, présente, si l’on en croit l’historien, une langue dont la fermeté vivante a quelque chose de foncièrement allégorique. Elle pose l’existence d’un langage capable au moins des procédés de la suggestion et de l’hyperbole. Nul doute que l’ordre des mots, la densité du propos et la propriété des termes employés contribuaient à produire une parole pleine de sons et de force. Ceux qui s’expriment de la sorte accordent l’Être, la Voix et le Sens. Ils usent d’une parole encore plus ou moins magico-religieuse. Cette aptitude — reconnue des Anciens — à l’expression poétique, découle d’une vision religieuse. Le nombre des épithètes divines ici regroupées suggère que la civilisation gauloise n’aurait pas existé sans cet entre-regard, cette mutuelle appartenance des dieux et des hommes, des mortels et des immortels, du Ciel et de la Terre.     Un ultime usage pourrait être fait de ce Dictionnaire Français-Gaulois : réparer partiellement la perte de la littérature orale des Celtes anciens. Comment cela ? Les textes des mythes gaulois ont disparu, mais nous disposons de beaux restes de la langue gauloise. Grâce aux canevas mythiques que fournissent les textes insulaires (irlandais et gallois) il paraît envisageable d’entreprendre, de façon hasardeuse, la restitution, ô combien incertaine et balbutiante, de ceux-là par celle-ci (des mythes par la langue). L’on n’aboutit pour commencer qu’à la création de grumeaux de mots, de sortes de fragments hypothétiques, mais la tentative peut être plus productrice qu’on ne l’imagine. En voici, pour finir, un long exemple. Le Professeur Claude Sterckx, l’éminent celtiste belge, a fait une découverte extraordinaire. Il a reconnu dans un texte irlandais du IXe siècle, Airne Fíngein « La Veillée de Fingen », voilé sous un mince vernis narratif entaché de merveilleux, le récit de la création du monde vue par les Celtes anciens. En interprétant le texte irlandais le savant a retrouvé les traits d’un mythe cosmogonique païen. Je suis obligé de vous expliquer les choses en détail. Quittons le domaine des mots pour celui de la mythologie. Un certain Fingen reçoit la visite d’une fée ou déesse, Rothníam « Roue Resplendissante » qui vient le voir chaque nuit de Samain [en novembre, début de l’année celtique] pour lui dire les merveilles qui ont lieu en Irlande et dans l’Autre Monde. Cette nuit-là, elle lui annonce douze (12) avantages (buada). (1) Elle lui révèle la naissance de Conn Cétchathach « aux cent batailles », dont le règne [antérieur à la venue du christianisme] sera marqué par un retour de l’Âge d’Or : il n’y aura plus ni maladie ni mauvais temps ni vol en Irlande et la terre sera féconde. Claude Sterckx voit dans ce retour mythique un renouvellement du monde. Je comprends que pour les Celtes d’Irlande, et aussi pour ceux de Gaule, le monde se détruit et renaît par cycles. Lorsque Strabon fait état de croyances druidiques gauloises selon lesquelles « un jour régneront seuls l’eau et le feu » (Geographica, IV, 4), il laisse entendre cette alternance, la destruction se produisant soit par déluge, en hiver, soit par conflagration universelle, en été. Ajoutons à cela la crainte, énoncée par des Celtes venus rencontrer Alexandre, que le ciel ne tombe sur eux (écho de ce trait dans Juvénal qui écrit qu’il faut craindre « la voûte céleste gauloise — VIII, 116), et reprise ironiquement par nous-mêmes encore de nos jours. Cette vision d’un monde qui s’abolit, mais se recrée, est longuement exposée dans Le Politique de Platon. (2) Parmi les merveilles annoncées par Rothníam, il y a la venue de vingt-sept oiseaux blancs dont le chant fera cesser toute détresse en Irlande. Pour l’historien des religions le chant de ces oiseaux supprime la perception du temps tout en garantissant une éternelle jeunesse et produit un effet de rupture avec l’ancien monde. Essentiellement annonciateurs, les oiseaux préludent au surgissement d’un nouvel espace-temps. Les Celtes anciens, particulièrement attentifs aux oiseaux, ont très bien pu, selon moi, préluder au récit de la régénération du monde après la consultation, l’imitation ou l’écoute de chants d’oiseaux, formes aviaires multipliées prises par la triple déesse-mère. Leur nombre, vingt-sept, est le triple de neuf. Claude Sterckx rappelle que la mythologie comparée indo-européenne caractérise le commencement du monde par une ouverture béante, une séparation dans l’espace. Pensons au Chaos qui précède la venue de Gaïa et d’Ouranos, dans la Théogonie d’Hésiode ! Il attribue une telle Béance, absente de La Veillée de Fingen, au début de la genèse du monde vue par les Celtes. Elle peut, je crois, se déduire de l’idée panceltique de la durée : d’après les druides dont César se dit l’écho, la nuit précède le jour dans le décompte du temps, de même que la saison sombre précède la claire. Tout a donc (re)commencé dans la Nuit, c’est-à-dire dans un non-temps, dans le Vide premier. Au surplus, une pièce d’or des Unelli montre un loup monstrueux qui s’attaque aux astres avec un rameau feuillu sortant de son arrière-train. Ce Fenrir gaulois illustre tout à la fois l’hiver du monde et son printemps (voir Paul-Marie Duval, Monnaies gauloises et mythes celtiques, p. 23-24). Or ce Vide sépare des bords. Pour les maintenir écartés, est érigé un axe du monde. Ces bords originels forment le ciel et la terre. Comment sont-ils apparus ? Rien là-dessus dans La Veillée de Fingen, mais il me semble qu’un texte de Pline (XXIX, 52), commenté par Christian-Joseph Guyonvarc’h, permet de le savoir. Décrivant un talisman druidique appelé œuf de serpent et rapportant à son sujet des éléments cosmogoniques qu’il ne comprend pas : cet œuf flotterait sur les eaux même attaché à de l’or, le Naturaliste nous fournit une matière mythique que l’hindouisme permet d’expliquer. L’objet en question, un oursin fossile, symbolise l’Œuf du monde, Brahmanda en sanskrit, qui est l’enveloppe de l’Embryon d’Or, Hiranyagarbha, germe primordial de la lumière cosmique. Cet Œuf, forme prise par Brahma, flotte sur les eaux primordiales et par sa propre énergie se divise en Ciel et Terre. Ainsi, après le Vide originel, les druides, comme les brahmanes, font renaître le monde d’une division cosmique. Cette cosmogonie élaborée n’est pas éloignée de celle des textes orphiques, qui font également advenir le monde et le temps à partir d’un Œuf mythique. La Terre ? Pour les Irlandais, c’est la surface de I’Irlande. En Gaule, l’un des noms de la Terre est Litaui, c’est-à-dire « La Large ». Ce très ancien surnom, parallèle au sanskrit Prthví et au grec Plátaia, (i.-e. *pltHwi « large ») rappelle le qualificatif utilisé par Hésiode dans la Théogonie pour dépeindre la terre, eurústernos «  large-poitrine ». Cette « Large » s’entend comme la « largement nourricière ». La Gaule, prospère et chevelue d’arbres, a prêté ses traits généreux à la Déesse-Terre. (3) Rothníam annonce qu’une palissade de bronze blanc, qui s’effondrait aussitôt après sa reconstruction, sera dorénavant stable. Ce mythème pourrait signifier l’émergence de la Terre elle-même : succomber, renaître, puis tenir debout, c’est finir par échapper à l’abîme pour accéder à l’être. Le Ciel ? Il est sans doute nocturne et semé d’étoiles, comme celui d’Hésiode qui est asteróenth’ « étoilé », supposition plausible lorsqu’on lit dans César que la première préoccupation des druides concernait les astres : «  Ils se livrent à de nombreuses spéculations sur les astres et leurs mouvements... » (B. G. VI, 14) et, dans un fragment de mythe gaulois rapporté par Agésilas, un écrivain grec cité par un Pseudo-Plutarque (Histoires parallèles grecques et romaines (les Italiques, livre III, 1), qu’un certain Fulvius Stellus «  Fauve Astre », (traduction latine d’un nom gaulois), s’était uni à une jument par haine des femmes et avait engendré une fille, devenue déesse des chevaux. Convenons que ce personnage porte un nom bien céleste. Cette déesse connue  sous le nom d’Epona, est fille d’une Matrice-Jument, c’est-à-dire d’une Epona ! Mère et fille ? Oui. Ce tourniquet mythologique souligne le fait capital que, chez les Celtes, la divinité créatrice peut se confondre avec sa création. (4) La fée Rothníam, qui, selon Claude Sterckx, représente notre monde, apprend à Fingen qu’un arbre, demeuré caché en Irlande depuis le Déluge, est révélé aux Irlandais. Il sera, dit-elle, un éternel profit. Son nom est l’If de Mugna. C’est l’Axe du monde, qui soutient la voûte céleste (le macrocosme). Il va conserver, dans les mythes celtiques de l’Irlande, du Pays de Galles et de l’Écosse, cet aspect végétal, puisque chaque clan de ces pays possédait au centre de son territoire un arbre sacré (le microcosme), que l’ennemi abattait en cas de victoire. En Gaule nous trouvons ce même Arbre sous la forme, sculptée dans la pierre, d’un tronc cylindrique avec écorce, qui peut se géométriser en pilier quadrangulaire (le plus illustre est celui des Nautes parisiens). À cet égard, je retiens le témoignage précieux du philosophe Maximos, dit Maxime de Tyr (IIe siècle), qui précise : « Les Celtes rendent un culte à Zeus [ou Jupiter], mais l’image celtique de Zeus est un grand chêne. » (Dissertations, VIII, Sur les images des dieux, 8). Ainsi, l’Arbre cosmique des Gaulois aurait été non un if, mais un chêne. Je note incidemment que l’« Arbre vivant » ne se contente pas de soutenir la voûte céleste et de la faire tourner, il détermine verticalement les trois étages du monde. Trois noms de personne gaulois y font référence : Albiorix (albio- « blanc, céleste, spirituel »), Biturix (bitu- « vivant », notre monde ici-bas), Dubnorix (dubno- « profond, sombre », le monde des enfers). Ces trois mondes se retrouvent et dans la Colonne du Soleil située au-dessus de la grotte d’où naît le Rhône, décrite par le poète Aviénus (IVe siècle) (Ora maritima, 622-688) et dans certains piliers dont la base est carrée, le fût octogonal et le haut sommé d’une figure divine. (5) L’Arbre ouvre également, signale Claude Sterckx, l’espace horizontal conformément à l’une des annonces de la fée Rothníam, qui déclare que les cinq routes primordiales de l’Irlande sont désormais découvertes. Comme tout arbre sacré des clans celtiques insulaires marquait un centre, on peut placer au pied de l’arbre antédiluvien, situé qu’il est au centre de l’univers, et de l’Irlande, le point de départ (Tara) de ces routes. Même chose en Gaule, où existait un locus consecratus « lieu consacré » censé marquer le centre de ce pays (B. G. VI). Quant aux quelques mille piliers quadrangulaires gaulois, dont celui des Nautes parisiens, ils pourraient bien avoir indiqué les quatre directions de l’espace (voir Bernard Jacomin, Le pilier des Nautes de Lutèce, Yvelinédition, 2006). Le Cavalier jupitérien des piliers gaulois terrasse un ennemi aux pieds anguilliformes : le géant dit anguipède. Ces sculptures renvoient à un événement mythologique majeur attesté, dans le monde grec, par le récit de la victoire de Zeus sur les Titans, et dans les traditions celtes, par celui des combats que les dieux remportent contre les démons. Selon Claude Sterckx, l’Arbre du monde représente la Divinité. Celle-ci se subdivise en diverses fonctions, d’où le polythéisme qui personnifie ses différents modes d’action. La Divinité, c’est ce qui crée le monde. C’est la volonté constante de créer et de maintenir ce monde. Or l’Être a tendance à retourner au Non-Être. Cette tendance, ce sont les démons qui l’incarnent. Le géant anguipède gaulois représente les démons en question. En Irlande, ce sont les Fomoire, des monstres aquatiques et souterrains qui attaquent les Tuatha Dé Danan, les dieux de l’Irlande. Ils sont battus par deux fois (en mai-juin puis en novembre) aux deux Batailles de Mag Tured « la Plaine des Tours ». La victoire est décisive grâce à l’arme foudroyante que manie le dieu Lugh (le Lugus gaulois), une boule de feu. C’est là un héritage indo-européen, la foudre étant l’arme, utilisée pour rétablir l’ordre cosmique, d’Indra en Inde et de Zeus en Grèce. (6) Précisément, la fée Rothníam annonce que les quatre Fomoire, derniers rescapés de cette bataille, qui saccageaient les récoltes du pays, ont été chassés d’Irlande. Tout repart à zéro. En Gaule, se seraient également affrontés la Divinité rectrice et les démons, géants ou non, à en croire Bernard Robreau, qui a montré qu’une procession fédérative en l’honneur de saint Mathurin se déroulant à Larchant (Seine et Marne), à la mi-juin, gardait le souvenir d’un lointain rituel guerrier de purification qui clôturait une grande bataille apocalyptique du même type que celles de Mag Tured (conférence du 28 octobre 2009, Paris, mairie du IXe). D’autre part, en Irlande, l’arbre merveilleux fait tomber, d’après certains textes, ses fruits trois fois par an. L’If de Mugna donne 900 boisseaux de pommes, de noisettes et de glands ! Il dispense ainsi toutes les richesses possibles et contribue au renouveau du monde. Or La Veillée de Fingen annonce (7) la confluence de trois fleuves dans un même estuaire, (8) le surgissement de trois lacs et (9) l’éclatement de la Boyne qui jaillira du puits de Nechtan et « sera une route de la connaissance inspirée ». Nous savons par d’autres traditions qu’au pied de cet Arbre cosmique jaillit une source divine, la Segais : toutes les eaux en sortent et y reviennent. C’est dans l’eau de cette source de vie que tombent les fruits de l’Arbre merveilleux. Avons-nous la même chose en Gaule ? Un motif décoratif de première importance que l’on appelle L’Arbre de Vie apparaît très tôt dans l’ornementation païenne celtique de l’Antiquité, attestant l’importance de ce végétal. Je ne parle pas de la fable Le chêne et le roseau si étrangement mythologique (au fait, il y a un chêne immense dans la forêt de Compiègne). Un arbre sacré paraît dans des images gauloises, comme le Pilier des Nautes, le Gobelet de Lyon, et des monnaies. Et surtout, les archéologues ont retrouvé des noisettes à foison au fond des bassins et des fontaines celtiques, indices d’un rite qui confirme le mythe de l’arbre cosmique dispensateur de fruits. (10) Rothníam annonce également que Fintan, un « « homme primordial » qui était muet depuis le Déluge, recevra le pouvoir de la parole. Dans les textes irlandais le Saumon (mugna, mot rare, signifie « saumon »), c’est-à-dire le Poisson par excellence, mange toutes les noisettes de science et acquiert la connaissance suprême. Claude Sterckx note que les verbes français connaître et naître se ressemblent et que leurs sens se rejoignent dant la notion de conception. J’observe la même ressemblance en gaulois, où gnatos avec un a long signifie « connu » et  gnatos avec un a bref  « né ». L’éminent celtiste pose que le Saumon de la Connaissance donne naissance à toutes les vies. C’est pourquoi Fintan, qui se métamorphose successivement en saumon, en aigle et en faucon, puis redevient homme, va se réveiller et sortir de sa mutité. La connaissance acquise par le Saumon, qui remonte les fleuves jusqu’aux sources de toutes choses, fonde une renaissance (initiatique). En Gaule, il n’est pas établi que les Gaulois se soient crus issus d’un Saumon. Le Saumon irlandais pourrait être le substitut du Serpent gaulois, les serpents n’existant pas, dit-on, en Irlande. De fait, certaines représentations trouvées en Gaule montrent et une déesse-mère, associée à un reptile, et un dieu, reconnu comme étant Cernunnos, dont la main tient un serpent. Le problème se résout si l’on admet avec Daniel Gricourt et Dominique Hollard que le poisson est également une hypostase de Cernunnos. Plus nettement, sur l’origine des Gaulois César donne l’information suivante : « Tous les Gaulois se prétendent issus de Dis Pater ». (VI, 18). Ce théonyme, équivalent de Pluton, c’est-à-dire d’un dieu des Enfers, riche comme l’est tout sous-sol, s’applique à un dieu de la vie et de la mort, du cycle saisonnier, du Temps allant. Il est identifié à Cernunnos, que pare le torque d’or, cet Ouroboros rompu qui figure les deux termes de l’existence. Les druides ont enseigné aux Gaulois qu’ils étaient issus de ce dieu assurément prolifique. (11) La fée révèle aussi la réunion magique de deux cercueils. À mes yeux, ce fait étrange témoigne de la réalité de l’Autre-Monde, recréé lui aussi, qui n’est rien moins que le double du monde, l’ali[us] orb[is] gaulois de Lucain. Il aurait donc trois étages lui aussi. (12) Enfin, une des révélations de Rothníam concerne la découverte de trois chefs-d’œuvre de l’art irlandais, un casque, un jeu d’échecs et un diadème. Ces trois objets symbolisent, pour Claude Sterckx, l’instauration de la société irlandaise selon le schéma trifonctionnel indo-européen. Le casque renvoie à la guerre (IIe fonction), le damier au jeu et au plaisir (IIIe), le diadème à la souveraineté (Ière). Sur le continent, pensons au casque du Lugus qui tourne la roue solaire du bassin de Gundestrup et aux casques d’apparat de Ciumesti, de Canosa, d’Agris, d’Amfreville, aux pions et aux dés retrouvés dans les tombes celtiques datant du premier Âge du Fer et au diadème de la prêtresse-princesse de Vix, tous objets de caractère rituel, représentatifs d’une structure sociale fondamentale. Comme le savant belge le rappelle, tout mythe cosmogonique s’accompagne d’une *sociogonie. L’éminent celtiste conclut en soulignant le fait que cette accumulation d’événements qui ont une signification primordiale ne peut qu’accompagner une naissance du monde.     Pour saisir un écho de ce qui fut chant à l’origine, je traduis en gaulois quelques mots de ce mythe conjectural.   Grâce aux oiseaux (Etnus), la nuit, (noxt-), de l’Œuf (*Auiu ?) primordial (cintuxmu), naissent (gna-?nt) la Terre (Litaui)et (etic/-ac/a) le Ciel (Nemos)… Le grand Arbre (Bilio-/a ou Prenno-) situé au centre plein (du monde) (in mediolane ?) sépare (*trincat ?) le monde céleste (Albio-), le monde vivant (Bitu), le monde ténébreux (Dubno-)… Du Chêne (Deruia) central (mediia) quatre routes (petrumantalon) partent vers (ad) le nord (teuto-), l’est(are-), le sud (dexsiuo-), l’ouest (eri- ou erno-)… Les dieux (deui) combattent (uic-?nt) les démons (dusius). Dans la source ( In beru ?), sous le chêne (uo-derue ?), le saumon (esox) (ou le serpent) (*natir ?) mange (depri- ?) les noisettes (cnouas) de la grande connaissance (uissumaras) et (etic/-ac/a) il fait naître (gna- ?) le Vivant (Biuiton-). Cernunnos (Cernunnos) est le père (ater) des hommes (gdonion)...   C’est modeste. Rudimentaire. Un début. Une germination expérimentale. Entendre les sons que les Gaulois faisaient sortir de leur poitrine, en saisir les paroles riches de leurs connotations propres, ressusciter ce chant qui témoigne d’une compréhension originale du monde, c’est le but véritablement poétique qu’il faut viser, afin de recouvrer un patrimoine occulté qui a toutes chances de venir augmenter notre bonheur.   Jean-Paul SAVIGNAC   Dictionnaire Français-Gaulois, La Différence, 2004.

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