La colère de C.E. Andersen, par Christian Erwin Andersen


Auteur : Christian Erwin Ande


Projet éditorial : ReMue, janvier 2010
 
EDITO
 
FRIC + INTERNET + IMMATURITE DES CREATEURS =
 
un cocktail létal est en train de tuer la poésie:
 
La colère de C.E. Andersen
 
Je n'exagère rien. Prenez la peine d'aller voir. Sur Internet. Si vous avez la flemme, pas de problème, je vous donnerai les adresses des sites incriminés. La situation est sinistre : j'ai rendu visite à des dizaines de sites de « Poésie », je me suis torturé à lire des centaines de « machins » appelés abusivement « poèmes » et en plus de six ans je n'ai rien rencontré qui vaille de s'y arrêter. Sinon pour le dénoncer.
 
Il y a belle lurette que tout le beau monde qui nous gouverne, nous pompe et nous harasse a compris que le temps de la matraque, du gaz lacrymogène, des coups de crosse est révolu. Fini (provisoirement) les superforteresses volantes ; vive micros et caméras... Ce savoir, cette prise de conscience, « le système » les doit à ses mercenaires universitaires et autres, du même acabit qui leur ont dit et prouvé que rien ne vaut l'incitation à la parole pour imposer le silence.
 
Dites aux gens de parler, plantez-leur la Wi-Fi sur le crâne pour qu'oubliant tout le reste ils se mettent à communiquer jusqu'à l'extase et à flamber à travers les espaces hertziens.... exhortez-les à se vider de leur bile, de leurs angoisses, à se détester de leurs psychoses, de leurs haines, de leurs idées géniales et voilà que soudain, les ondes saturent, les forêts à papier s'abattent, la télédistribution s'exténue et internet fait illusion. Le bruit qui en résulte, pour ne pas dire le boucan, la cohue, les coups de gueule, les vendetta, vengeances, procès, les sens, non-sens et contre-sens sont tels que plus personne ne comprend. Tous finissent par avoir envie d'en finir. C'est la terrible tentation du seul acte par lequel l'homme – illusoirement – trouve la liberté (dont il n'a jamais eu le courage de s'assurer qu'elle existe bien ou qu'elle n'existe pas) : le suicide.
 
Un suicide, pas à la manière des lemmings en se jetant du haut d'une falaise de Scandinavie, pas à Mishima, devant les caméras en opérant ses douleurs du grand colon. Non. Pas comme ça. C'est bien trop sanglant. En se taisant, obstinément, jusqu'à la fin. Comme fit Nietzche, après qu'il eût, à Turin, vu un roulier dégommer un cheval tombé.
 
En résumé : en écrasant ad vitam aeternam! C'est que, on le sait depuis longtemps, l'homme a des qualités mais surtout des gros défauts. Il est paresseux et léger.
 
Non seulement la paresse lui dicte de mauvais choix mais il ne se soucie pas des conséquences. Voyons-en un bel exemple : les sites de publication de poésie et les forums acoquinés.
 
Pas de mystère : 9 sur 10 sont là pour le pognon et s'ils mettent à votre disposition, gratuitement, des outils les plus performants, en évolution constante, ce n'est pas pour vos beaux yeux, ce n'est pas pour célébrer un texte ou un poète doivent se payer bien cher le pixel (ou toute unité de mesure). Je n'irai pas jusqu'à dire que tous les patrons de sites sont des requins mais j'ai rencontré peu de « poissons rouges » parmi eux.
 
Et qui crée la force d'attraction sur ces sites? Me dire-vous, qui gruge-t-on, qui sont les gogos?
 
C'EST VOUS.
 
Vous qu'ils ont vite de transformer en nouveau Rimbaud, en Verlaine, en super-Baudelaire... et si vos qualités, votre sacerdoce ne suffisent pas pour que vous deveniez un Neruda ou un Garcia Lorca ne vous inquiétez pas trop : ils tricheront car ils ont « besoin » de vedettes, de stars de la poésie pour que le doux bruit des billets de banque ne disparaisse. Il m'a fallu du temps pour comprendre les raisons de mon expulsion de plusieurs forums sur lesquels très naïvement j'intervenais ... pour la bonne cause....
 
En faisant critique honnête, sans complaisance de ce qui m'était soumis : je les rendais fous de rage, tant les patrons que les « poètes » : quoi! Ce Cea! Il se prend pour qui? Et bien je me retrouverais face au couple exploiteur / exploité ivre(s) de colère contre le gêneur.
 
Mais ce n'est pas tout. Ce qui précède ne suffit pas à expliquer la terrible médiocrité de la production poétique sur internet. Un poème ça prend du temps à se faire. On ne peut décemment pas le lâcher comme ça dans la nature. Ça doit bonifier un peu, pas dans une cave, mais dans une poche de pardessus, par exemple.
 
Le poème, il doit prendre votre odeur, attraper vos verrues ou vos avarices. Il doit même parfois se faire des cheveux blancs car il ne faut pas qu'il soit trop sûr de lui, s'il veut convaincre, le poème. Un peu de doute, de questionnement, ça met en confiance.
 
On n'aboutit pas en quelques copier-coller, en quinze ou vingt clics, qu'ils soient gauche ou droite. Ce n'est pas pour rien que la poésie est probablement le plus noble de tous les arts mais aussi le plus meurtrier, « le plus contondant ». Pensez à Nerval, Poe, Artaud, Coleridge, Giauque... et quand le poète est prêt à le pondre, son œuf maudit, à la sortir de ses entrailles, sa figue de barbarie toute hérissée de « picots » encore faut-il une certaine maîtrise de l'écriture une certaine maîtrise... de soi... DU TEMPS pour laisser reposer, décanter, son poème, le mettre au frigo, quelques temps, le reprendre encore et encore...
 
Mais, je me désespère, je m'arrête ici. Si je pouvais me tromper...ah, si je pouvais.
 
Christian Erwin Andersen, le 03.12. 2009


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