Notre français file à l'anglaise, par Daniel Laroche


Auteur : Daniel Laroche


Notre français file à l’anglaise

Conférence de M. Daniel LAROCHE à la Maison de la Poésie (Namur), 25.11.10       1. L’anglomanie contemporaine   Pour illustrer l’anglomanie actuelle des francophones, commençons par un petit monologue fictif.   « En checkanton-line le programme du week-end à la télé, j’ai repéré en prime-time un match de tennis super cool, un vrai challenge pour Juju et son nouveau coach, face à une outsider bulgare ! Après, je zapperai sur l’interview en live de mon D.J. préféré, une vraie star du hard rock : tous ses one-man-shows sont sold-out, c’est vous dire s’il est au top du box-office. Bon, ce qui me fait flipper, c’est les spots de pub avec tous leurs yaourts light, leurs soft drinks, leurs fast-foods, leurs fish-sticks et autres chips au bacon. Faudra que je me mette en stand-by, ou alors que je surfe sur les autres programmes. Mais pas les news : elles me donnent le blues avec leurs histoires de snipers vicelards, de squatters délogés à coup de spray lacrymogène, et de serial killersborderlines identifiés par des profilers surdoués. Enfin… Sur la 3, il y a un western avec des cow-boys vaguement loosers au far-west, mais c’est pas un must. J’hésite avec le thriller sur la 2, qui a l’air franchement gore et même un peu trash, mais là je crains le stress, ou même le burn-out pur et simple. Reste une solution alternative : switcher sur le web, jeter un œil sur facebook, faire mes back-up et voir si j’ai des mails à forwarder avant de brancher ma play-station. »   Ceci est un échantillon de français dit « branché », avec (tout de même !) 56 anglicismes courants, surtout dans la jeune génération. Notre langue est-elle pour autant menacée de décadence, ou pire encore, de « breakdown » ?   L’importation de mots anglais dans la langue française n’est pas neuve. Au 19e siècle, déjà, on observe près de 400 emprunts dans les domaines du commerce, des voyages, des sports, de la mode, des sciences et de l’industrie. À partir de 1920, l’anglo-américain prend la relève, dans des secteurs nouveaux comme le cinéma, l’aviation, le jazz, les techniques industrielles. Après la Libération en 1945, le mouvement s’amplifie sous l’influence du Plan Marshall et la diffusion accrue, en Europe, de produits américains de toutes espèces (Coca-Cola, chewing-gum, voitures, films, électroménagers, etc.). Dans son livre Parlez-vous franglais ? (1964), le Français René Étiemble dénonce avec virulence ce « sabir atlantique ». Un nouvel afflux anglo-américain se produit pourtant à partir des années 80, avec le développement fulgurant de l’informatique et du réseau Internet.   En 2005, pour cerner le phénomène, la Maison de la Francité (Bruxelles) a mené dans la presse écrite une enquête non pas sur les termes techniques et scientifiques, mais sur les mots courants. Elle a ainsi repéré en un mois 550 termes anglais différents. Parmi les plus fréquents (le nombre d’occurrences est indiqué entre parenthèses) : business (42), challenge (15), club (19), coach, coacher et coaching (33), design et designer (16), dope, dopage et antidopage (18), e-mail et mail (19), fan (16), interview (21), leader et leadership (49), manager et management (41), marketing (26), match (17), road show (16), shopping (21), show (50), star (34), stress, stressant et déstresser (15). L’écoute de la radio durant la même période a permis de relever : best of, best-seller, booster, box-office, cash (paiement), crash, crash-test, go between, hit-parade, live (enregistrement), lobby, masters (tennis), outsider, package, screening, sponsor, sponsoriser, staff (football), stand by (en), tax-on-web, workshop, zapper, zappeur, etc.   Quel pourcentage du vocabulaire français ces anglicismes représentent-ils ? Un indice : le dictionnaire Robert des anglicismes (1984) compte 2.700 mots, soit environ 5 % du lexique français courant, qui avoisine les 60.000 mots (c’est le contenu du Petit Robert de la langue française). Plus récemment, ayant examiné un recueil de textes français de 2002, le linguiste Claude Hagège affirme que l’anglais ne fournit pas plus de 2,6 % du vocabulaire (Combat pour le français, 2006). Mais tout dépend de ce qu’on entend par « vocabulaire » : le Grand Robert en 9 volumes comporte 75.000 entrées, et certains dictionnaires vont jusqu’à 120.000, sans pour autant être exhaustifs.   Pour évaluer plus précisément l’influence de l’anglo-américain sur le français contemporain courant, il faut d’abord se rappeler que, selon le lexicographe Alain Rey, un Français adulte maitrise en moyenne environ 13.000 mots, parmi lesquels les emprunts à l’anglais ne dépassent pas 5 %. Il n’y aurait donc pas péril en la demeure. Toutefois, on remarque aujourd’hui un quadruple phénomène :   1. Le rythme d’importation des mots anglais s’est accéléré : quasi chaque semaine, de nouveaux anglicismes apparaissent dans nos quotidiens, à la radio et à la télévision.   2. Leur fréquence d’emploi a fortement augmenté : ces mots reviennent plus souvent dans la bouche ou sous la plume des francophones, donnant ainsi l’impression qu’ils sont omniprésents.   3. Cette fréquence d’emploi varie fortement selon les tranches d’âge et les catégories socioprofessionnelles : la tranche 20-30 ans et le secteur commercial, notamment, sont davantage concernés.   4. Les mots empruntés ne sont plus francisés : ils conservent leur graphie et leur prononciation d’origine : Child Focus, e-commerce, aliment light, outplacement, etc.     2. Les réactions francophones   Quelles sont les réactions des francophones à l’« anglomanie » actuelle ? On peut les grouper en trois grandes catégories :   1. Rejet intransigeant de cette « invasion », au nom de la « qualité » ou de la « pureté » du français (cf. René Étiemble, cité plus haut).   2. Fatalisme plus ou moins éclairé : le mouvement serait une simple mode passagère, il suffit d’attendre patiemment. Pour d’autres au contraire, il s’agit d’une véritable lame de fond, qu’il serait vain de combattre.   3. Un troisième type de réaction mérite de notre part une attention particulière : l’anglicité assumée, et même revendiquée, particulièrement dans le public jeune. Voyons de plus près de quoi il s’agit.     3. Les arguments anglicistes   L’anglophilie linguistique est guidée par différentes motivations, pas toujours explicites, et qui peuvent se combiner entre elles :   1° Une motivation individuelle, de type narcissique : le sujet veut manifester le fait qu’il est « dans le coup », qu’il n’est pas en retard sur l’évolution et sur les innovations propres à l’époque où il vit.   2° Un mécanisme d’identification collective : signifier son appartenance à un groupe social, à une classe d’âge, à une corporation professionnelle. Les anglicismes fonctionnent ici comme signaux de reconnaissance à l’égard des « semblables » et d’exclusion à l’égard des autres. De ce point de vue, ils sont proches du verlan ou des termes argotiques. Parmi les groupes concernés : les adolescents, les économistes, les informaticiens, etc.   3° Le besoin de vocabulaire : le français serait une langue peu innovante, alors que l’anglo-américain serait plus riche, plus inventif… Ce qui est sûr, c’est que beaucoup de nouveautés techniques sont états-uniennes, dans divers domaines : armement, automobile, aviation, cinéma, sport, etc. Il est donc normal que l’anglo-américain crée aussitôt les mots pour désigner ces nouveautés. De leur côté, les non-anglophones peinent à inventer, à retardement, des traductions plus ou moins convaincantes : il leur semble plus simple d’importer purement et simplement le mot anglais.   4° Un slogan publicitaire émaillé d’anglais donne, dit-on, une impression plus moderne, plus jeune, plus « branchée ». C’est la langue des États-Unis, qui sont la nation la plus avancée dans beaucoup de domaines. Angliciser notre langage, adopter les modes de vie états-uniens et acheter nord-américain procèdent donc de la même logique : se valoriser à ses propres yeux et à ceux des autres, en s’assimilant à une culture ressentie comme dominante, supérieure.   5° La recherche de la brièveté. « Self bank » est plus court que « libre service bancaire », « showbiz » que « industrie du spectacle », « spot » que « message publicitaire », « spray » que « vaporisateur » (ou même « vapo »), « dealer » que « revendeur de drogue », et même « cash » que « comptant ». Ces termes d’une ou deux syllabes sont très recherchés par les journalistes et les publicitaires, qui aiment les formules brèves et percutantes, aptes à une communication et à une mémorisation rapides.   6° L’argument du moindre cout. Pour limiter leurs dépenses, les annonceurs utilisent fréquemment l’anglais dans leurs campagnes de communication à l’échelle internationale. Les slogans des marques les plus célèbres sont désormais quasi tous libellés en anglais. En Belgique, comme dans d’autres pays multilingues, l’utilisation de l’anglais permet d’éviter l’emploi conjoint des deux, voire des trois langues nationales, jugé encombrant. À Bruxelles, en particulier, elle sert parfois à écarter le français de la communication publique, comme au Palais des Beaux-arts, dit « le Bozar »…   7° La mondialisation des échanges et la construction européenne. L’anglais serait la langue par excellence de la communication internationale. Il est abondamment utilisé dans les aéroports, dans les grands organismes internationaux, dans les entreprises multinationales, dans les colloques et les revues scientifiques, dans les « tournées » de spectacles. Il est supposé connu du plus grand nombre, car il est enseigné dans la plupart des pays du monde. On croit donc qu’il permet de toucher un maximum de personnes, quelle que soit leur langue maternelle.     4. Les dangers de l’anglomanie   Chacun de ces arguments « anglicistes » pourrait être facilement discuté ou même contesté. Il nous semble plus intéressant de souligner les dangers que l’anglomanie fait courir aux francophones, et qui paradoxalement son mal connus ou minimisés. Mais d’abord, il faut distinguer soigneusement l’emprunt à l’anglais et l’anglomanie.   L’emprunt lexical a toujours été et est toujours un facteur d’enrichissement de la langue, quand il est justifié par l’apparition d’un objet inédit, d’une réalité nouvelle, d’un concept original. Le mot emprunté entre alors dans l’usage commun.   Ceci se fait souvent au prix d’une francisation partielle ou complète en ce qui concerne :   - la graphie : « bifteck » qui remplace « beefsteack », redingote pour « reading coat » ;   - la prononciation : budjè pour l’anglais « budget » ; coboï pour « cow-boy » ; clounne pour « clown » ; gouvernance pour « governance » (action de gouverner) ;   - la marque du pluriel : « des matchs » ou « des sandwichs » plutôt que « des matches » ou « des sandwiches »   - la conjugaison : boycotter, se doper, flasher, racketter, etc., se conjuguent comme tous les verbes du 1er groupe ;   - la dérivation : label a donné labelliser, labellisation ; master a donné remastériser ; tag a donné taguer, tagueur, etc.   L’anglomanie, quant à elle, consiste à utiliser des anglicismes inutiles ou ambigus, des pseudo-anglicismes générateurs de confusion, des « faux amis », a fortiori quand ces termes ne s’intègrent pas aux systèmes graphique, phonétique et morphologique du français. Ceci dit, quels sont les dangers réels de cette anglomanie ?   1° Dans un certain nombre de cas, les anglicismes accroissent le risque d’ambiguïté. Un exemple : le cas des « faux amis », comme :   - alternatif pour « de rechange » (une « solution alternative », c’est une solution double) - contrôler pour « maitriser » (« contrôler la situation », c’est la vérifier, non la piloter) - digital pour « numérique » (un « écran digital », c’est un écran tactile, fait pour les doigts) - éligible pour « justificatif » (seule une personne peut être éligible, pas un document) - initier pour « lancer » (seule une personne peut être initiée, c’est-à-dire recevoir une formation) - opportunité pour « occasion » - pressing pour « nettoyage à sec » (en anglais, pressing signifie « teinturerie »). - rampant pour « insidieux » (l’anglais « rampant » ne signifie pas « qui rampe », mais « effréné », « violent », « déchainé ») - réaliser pour « prendre conscience de » (réaliser signifie « concrétiser ») - supporter pour « encourager » (lu dans un dessin de presse du 2 juillet 2010 : « si la Belgique disparait, on ne sera plus obligés de supporter Justine Henin ? »)   Prenons le mot « skimming ». Pour la banque de données Termisti, il s’agit de la politique commerciale visant à attirer la clientèle jugée la plus avantageuse, d’où la traduction « écrémage ». Mais, pour la Libre Belgique du 24 novembre 2010 (p. 28), il s’agit du copiage délictueux de la piste magnétique d’une carte bancaire.   Autre emprunt très ambigu : « lay-out » (selon les témoins : mise en page, crayonné, prémaquette, avant-projet, etc.).   Citons aussi le cas des sigles et des acronymes plus ou moins énigmatiques :   - ABS : Antilock Braking System (Antiblocage de sécurité) - DVD : Digital Video Disc (disque vidéo numérique) - GSM : Global System for Mobile communication (Système mondial de téléphonie mobile) - GPS : Global Positionning System (Système de positionnement mondial) - LCD : Liquid Cristal Display (Affichage à cristaux liquides)   2° Deuxième grand risque de l’anglomanie : l’ignorance accrue du francophone à l’égard de sa propre langue. Plus il emploiera de termes anglo-américains, plus son vocabulaire français personnel va se réduire. Ainsi des mots comme « booster », « coach », « forwarder », « leader », que de nombreux jeunes sont incapables de traduire. Alors que l’emprunt est un facteur d’enrichissement du lexique français, l’usage débridé d’anglicismes est donc un facteur d’appauvrissement de la compétence linguistique du francophone : non seulement il entraine l’oubli, sinon la disparition de mots français parfaitement utiles, mais il décourage la création de nouveaux mots français là où ils seraient nécessaires.   3° L’anglomanie est spécialement néfaste quand elle envahit les messages à caractère public : circulaires administratives, annonces d’évènements, articles de journal, offres d’emploi, tarifs commerciaux, etc. Le risque augmente chaque jour, pour le public francophone, de mal comprendre ou de ne pas comprendre les messages qui lui sont adressés. Il y a quelques années, dans les nouveaux bus de la STIB, sous une trappe d’évacuation installée dans le toit, figurait l’inscription « emergency exit » : pas de trace du français ou du néerlandais, qui sont les deux langues officielles de la région.   L’anglomanie rejoint ici les méfaits du jargon : quand quelqu’un ne comprend pas ou comprend mal les messages qui le concernent, il y a carence communicative, et même déficit démocratique. Que les spécialistes jargonnent entre eux n’est pas en soi condamnable. Là où commence la dérive, c’est quand le jargon sort du domaine professionnel pour se répandre dans la communication publique, ou même familière. Rappelons un principe fondamental : toute personne a le droit de recevoir dans sa langue, et sous une forme compréhensible, les messages qui la concernent. Ce principe est le socle d’une série de droits qu’il importe de garantir :   - droits du citoyen en matière d’information et de participation à la chose publique ;   - droits de l’administré, c’est-à-dire de l’individu dans ses relations avec les pouvoirs publics ;   - droits du consommateur enfin, qu’il s’agisse de biens ou de services.   4° Quatrième effet négatif de l’anglomanie : elle rend l’apprentissage du français encore plus ardu pour les non-francophones, à cause des incohérences supplémentaires qu’elle induit dans la langue, tant en matière de prononciation que d’orthographe. La phonétique française n’est déjà pas simple pour un Berbère ou pour un Japonais, sans parler des distinctions masculin/féminin ou singulier/pluriel, de la conjugaison des verbes, etc. Y ajouter les multiples exceptions que constituent de facto les anglicismes a pour effet de compliquer davantage encore l’étude de notre langue. Ceci à une époque où l’enseignement du « français langue étrangère » ne cesse pourtant de se développer, sous l’effet d’une demande accrue.   5° Enfin, l’anglicisation de la langue n’est pas sans effet sur l’identité culturelle des communautés non-anglophones. Elle induit et renforce en effet la croyance en une supériorité des valeurs et du style de vie anglo-saxons, et plus particulièrement nord-américains : ceux-ci deviennent le modèle dont il importe de s’inspirer à tout moment si l’on veut rester en phase avec la modernité. Par contraste, les autres cultures passent pour traditionnelles, et même démodées. Bref, on utilise l’anglais pour paraitre moderne, mais en faisant cela on discrédite sa propre langue, sa propre culture – et, sans s’en rendre compte, on se discrédite soi-même : comportement que les ethnologues ont souvent observé chez les colonisés…     5. Que faire ?   Comment réagir à cette situation ? Surement pas imiter ces journalistes qui utilisent les guillemets ou les italiques pour signaler dans leur texte un mot étranger, se croyant ainsi dispensés de tout autre effort. Cette pratique est surtout un signe de mauvaise conscience, et doit être évitée sauf s’il s’agit d’une citation et que la traduction française suit. Pour nous, il convient d’adopter les emprunts anglo-américains de manière critique et raisonnée, en suivant quatre principes :   1. Rejeter sans complexe les emprunts inutiles ou obscurs, par exemple :   - « booster » (stimuler, accélérer, catalyser) - « cash-flow » (capacité d’autofinancement) - « camping car » (autocaravane) - « casting » (distribution) - « coach » (entraineur, conseiller, mentor) - « dispatcher » (répartir, ventiler) - « e-mail », « mail » (courriel) - « en live » (à la radio : en direct – sur un disque : enregistré en concert) - « folder » (prospectus, dépliant) - « one shot » (coup unique) - « overbooking » (surréservation) - « return » (rendement) - « story board » (scénarimage) - « sponsoring » (parrainage) - « think tank » (laboratoire d’idées)   2. Accepter les enrichissements lexicaux réels, c’est-à-dire les mots qui n’ont pas d’équivalent français, sinon une circonlocution trop longue :   - « barman » - « blue jean » - « boycott » et « boycotter » - « bridge » (dentisterie) - « charter » (aviation) - « football », « rugby » et autres noms de disciplines sportives - « ketchup » (« tomatine » est proposé par les Québécois) - « gouvernance » (car « gouvernement » est ambigu, désignant aussi l’équipe ministérielle) - « implémenter » (installer un logiciel sur un ordinateur) - « jazz » - « jeep » - « smoking » - « stress » (tension nerveuse ?) - « test » - « week-end » (« fin de semaine » est proposé par les Québécois)   3. Franciser les emprunts du point de vue phonétique, graphique et morphologique, comme ce fut le cas pour :   - « agnostique » (1884) - « contraception » (1930) - « électrocution » - « esthète » (1882) - « flanelle » - « héliport » - « insanité » (1874) - « malnutrition » (années 1950) - « mentalité » (1877) - « ouest » - « respectabilité » (1784) - « roquette » (armement)   Ces mots sont en harmonie parfaite avec la structure lexicale du français. Pour beaucoup de francophone, leur origine anglaise n’est d’ailleurs plus perceptible.   4. Pour le reste, la meilleure des stratégies est d’encourager la création terminologique, c’est-à-dire de trouver ou d’inventer de bons équivalents français. Il existe en France, depuis le début des années 70, différentes commissions sectorielles, chapeautées par une Commission générale de Terminologie ; après différentes étapes sélectives, les équivalents français sont publiés au Journal Officiel. Le glossaire officiel compte actuellement plus de 3.000 termes. D’autres centres ont été mis sur pied, au Québec (Office de la langue française) et en Belgique, où la commission « Terminologie » du Conseil supérieur de la langue française joue un rôle centralisateur.   La création d’équivalents français aux mots anglais se fait par trois voies :   a. par néologie (création d’un mot nouveau, parfois un mot-valise) :   - « courriel » pour e-mail - « influençage » pour lobbying - « publipostage » pour mailing - « restovite » pour fast food - « télécopie » et « télécopieur » pour fax   b. par périphrase :   - « boutique franche » pour duty free shop - « coussin d’air » ou « coussin gonflable » pour airbag - « service d’escale » pour catering - « tournée de promotion » pour road show ;   c. par élargissement sémantique d’un mot existant :   - « boite aux lettres » pour mailbox - « citadine » pour city-car - « à l’arraché » pour au finish (réunion)   La création terminologique constitue, pour l’avenir du français, une activité stratégique. Loin des lamentations ou de la résignation, elle démontre quotidiennement la faculté d’adaptation de notre langue, que ce soit dans le langage quotidien ou dans les domaines scientifique et technique.   Ce qui est regrettable, cependant, c’est que cette production terminologique n’est pas assez connue du public, en ce compris les journalistes, publicitaires et autres rédacteurs professionnels. Il ne sert pas à grand chose de produire chaque jour de nouveaux équivalents s’ils restent ignorés de ceux-là mêmes qui devraient en être les premiers utilisateurs. Encore un « challenge » (!) de plus pour les francophones.


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