De Baudelaire à Chavée - Conférence de Jean-Luc Wauthier


Auteur : Jean-Luc Wauthier


L’ARROGANCE ET LA FRAGILITÉ

DE BAUDELAIRE À CHAVÉE
 
Bien nourri aux hormones du surréalisme originel, le regretté André Miguel avait coutume de dire et d’écrire qu’il y avait, par rapport à leur société, deux grands types de poètes et d’artistes en général, hors toute forme esthétique particulière : les poètes qui disent oui et ceux qui disent non. Bref, et autrement dit, sous la forme d’une métaphore personnifiante ceux qui, tel le chien de La Fontaine, cultivent le goût des salons et des subventions, et cèdent sans état d’âme aux sirènes perverses de l’officialité. Confinés dans leur enclos narcissique, fait de bon goût et de bonne compagnie, ce sont de braves bœufs de la versification, qui regardent placides, passer devant leurs yeux vides les trains de l’audace et de la désobéissance sans même songer à y monter-il est vrai qu’un bœuf escaladant un train est une image plus dalinienne que réaliste. Il n’est au reste pas faux de dire que, plus que la francophonie, la France du passé et même d’aujourd’hui a produit un grand nombre de ce genre de poètes, braves bovidés. Je vous entends d’ici « Des noms, des noms, on veut des noms » Allons, ne comptez pas sur moi et sur mon arrogance éventuelle pour quitter, en cette affaire, l’impassibilité de l’historien et plonger les mains dans les buissons d’épines du Bois sacré. Quittons donc la tiédeur.
 
«  Je préfère », écrit Alain, « au chapon engraissé, une pensée maigre qui chasse son gibier » .Tels sont les poètes du « non », ceux dont Cocteau, les comparant au sol qui les a vus naître, disait « ce sont des coqs qui chantent sur notre fumier » et que la vox populi appelle, caricaturalement, les poètes maudits. Alors, nuançons et simplifions dans le même temps, voire lagardemichardisons en affirmant d’une manière quelque peu caricaturale mais que je crois tout de même assez juste : c’est un mouvement littéraire dont on a longtemps, dans les auditoires universitaires, souri avec une commisération mêlée de mépris qui invente, au début du dix-neuvième siècle la désobéissance poétique, j’ai nommé notre grand ancêtre à tous, le romantisme. On le sait bien aujourd’hui, ce véritable tsunami poétique et littéraire a d’abord planté son drapeau rouge sur les sols anglais et germaniques (parler de l’Allemagne avant Bismarck est assez léger). Quant aux Français, on peut dire que, par rapport à leurs voisins, ils sont venus au romantisme avec des pieds de plomb. Ce ne sont pas les jérémiades lamartiniennes, ni les sentences héroïques de Vigny ni, moins encore, le « vernis » poétique dont Musset, aux dires de Rimbaud pare ses textes alors qu’il reste un merveilleux dramaturge , ce ne sont pas ces écrivains-là qui, à mon avis, illustrent le mieux l’esprit romantique, l’esprit du non et ils ne pèsent guère, avouons-le, par rapport à un Blake, un Goethe, un Holderlin, un Schiller, un Heine, un Byron.
 
Heureusement, il y a les autres et d’abord, pour ce qui concerne la poésie proprement dite, Victor Hugo. Ah, le père Hugo, on l’a bien brocardé et sa longévité en a fait une cible facile pour les jeunes loups qui l’ont suivi. Pourtant, le plus sauvage de ces loups, Rimbaud, n’a cessé de lui témoigner une intense admiration. Ainsi, on raconte que lorsque ses amis ricanaient du vieux barbu, Rimbaud récitait de mémoire quelques vers en demandant de qui ils étaient. Chacun pensait qu’il s’agissait de ses vers à lui, puis de Verlaine. Rimbaud alors les détrompait, en disant »Non, c’est de Hugo ».Victor Hugo, voilà bien un gros diodon réfugié dans les abysses intérieurs et que les cauchemars et les malheurs font gonfler et hérisser d’épines. Voilà enfin, dans notre paysage littéraire et juste après Chateaubriand un gros poisson qui casse sec toutes les lignes des pêcheurs littéraires, celles des professeurs Libellule égarés dans le colloque de Cerisy après une crise de sorbonnite aiguë. Hugo l’infréquentable, celui qui est pris en otage par les distributions de prix et les récitations maladroites de fins de banquets. Hugo qui, le premier sans doute, à l’arrogance d’une parole vaticinatrice et plongée dans l’invective a pu opposer la fragilité d’une extraordinaire souffrance intérieure, due en partie aux accidents biographiques qu’on connaît mais aussi à cette constante réflexion sur la finitude et la précarité de la condition humaine lui qui s’exclame, dans cette image absolument surréaliste « Et que je te sens froide en te touchant, ô mort, noir verrou de la porte humaine ».Le cher et grand Hugo, ce dolmen littéraire dont il faut, pour le saisir pleinement, oublier les places, les rues, les écoles, les stations de métro et autres mouroirs de poètes dont on l’a affublé, pour écouter les grandes orgues, toujours à la limite du kitsch, emportant dans un même mouvement, Dieu, Satan, l’univers, les ombres de l’océan, les voix intérieures, les souffles paniques, lui qui parle d’égal à égal avec la lune, le ciel, l’océan et même pas au fond d’égal à égal mais de maître des mots à esclave de la matière recréée par le poème. En donnant aux choses la maison du langage, il sait bien qu’il les dépasse et les domine. Lui qui, très pré-rimbaldien en effet, est obsédé par la nuit, le gouffre, l’ombre- on se souvient des terreurs nocturnes de Cosette qui va chercher de l’eau à la sorite du village, des cauchemars de Gwinplaine égaré dans le labyrinthe des cachots londoniens, des formes obscures qui peuplent les recoins de Notre-Dame, Hugo fasciné par l’ombre vertigineuse du sexe ouvert des putains, qu’il contemple dans la fascination de l’origine du monde, le poète d’Oceano nox, de l’or du soir qui tombe, de l’œil dans la tombe. Hugo noir, Hugo océan. Celui qui ne cesse de contempler la fin de Satan et qui, manière de Beethoven de la poésie, nous offre, avec « Paroles sur la dune », un modèle d’apparente arrogance car, redressé, emporté par son propre discours, le poète , aux ordres de sa nuit, gronde et grogne devant d’une part l’absence d’un être cher et de l’autre sur, plus profondément, l’absence du monde qui l’a trahi et trompé, lui qui n’a plus que les mots pour se défendre Et après le Hugo qui, dans l’arrogance, défie dieu et le monde, voici Hugo le tendre, Hugo l’aquarelliste, Hugo le fragile. Pour aborder un tel monument, il faut à la fois du coffre et de la nuance. Pour ne pas sombrer dans le pompeux ou la sensiblerie, il faut un récitant qui ait de la voix et de la sensibilité. Qui, mieux que François Mairet, ne pouvait mieux nous faire entendre le martèlement sourd du Commandeur dont les pas sonores arpentent sa propre vie, pour nous plonger ensuite dans un poème les plus bouleversants et les plus délicats de la langue française. 
 
LECTURE DE PAROLES SUR LA DUNE ET DEMAIN DÈS L’AUBE.
 
Il y a, à l’époque romantique, quelqu’un qu’on a bien oublié et trop longtemps confiné dans le rose bonbon. Quelqu’un qui, à l’inverse de Lamartine, ne confond pas la douleur et la mise en scène de celle-ci. Quelqu’un ou plutôt quelqu’une qui, un an avant le bel Alphonse, avait inventé la poésie romantique, reprise des mains de Chateaubriand. C’est Marceline Desbordes-Valmore, dont le grand et sévère Baudelaire- rappelons-nous qu’il surnommait Georges Sand une latrine- a fort justement dit Madame Desbordes-Valmore fut femme, toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme (… ). Cette torche qu’elle agite à nos yeux pour éclairer les mystérieux bocages du sentiment, ou qu’elle pose, pour le raviver, sur notre plus intime souvenir, amoureux ou filial, cette torche, elle l’a allumée au plus profond de son propre cœur.
 Madame Valmore, arrogante? Allons, ce n’est pas dieu possible. Et pourtant, il est intéressant de confronter la complainte des canuts de Lyon, qui n’est pas loin des textes enflammés d’Aragon, Néruda ou Ritsos, et un texte qui, à côté de demain dès l’aube, se doit de figurer parmi les plus purs miracles de la fragilité poétique. Oui, cette petite bonne femme fut aussi une tête sinon politique tout au moins sociale et elle a vu aussi bien que d’autres grands noms les convulsions sociales qui ont traversé son époque ; cette fille du Nord dont Douai, la ville natale a joué à peu près le même rôle de révélateur que l’horrible Charleville du grand Arthur, lui permettant de secouer le cocotier philosophique du dix-huitième siècle pour en faire tomber les fruits enivrants du vrai romantisme. Oui, c’est bien le même poète qui avec ironie anticléricale, clame sa révolte et qui, brisée, chuchote l’un des plus beaux poèmes de notre littérature, « N’écris pas ».
 
LECTURE DE DANS LA RUE ET LES SÉPARÉS.
 
Avec Hugo et Desbordes, j’espère, en vous ayant fait entendre un instant ces deux voix fortes et fragiles du début du dix-neuvième siècle, avoir pu vous démontrer que tout grand poète, tout génie poétique obéit à ce paradoxe étrange : mêler le cri au presque silence, l’invective à la douceur, l’arrogance à la fragilité et si l’on quitte a présent le romantisme pour aborder les 150 ans qui nous en séparent, on verra sans peine que les plus grands ont à la fois crié et murmuré, insulté et adoré, affirmé et douté.
 
Et cette dernière réflexion m’amène à présent à vous parler de ceux que l’on a appelé « les poètes maudits ».Il y aurait bien des choses à dire à leur propos. Disons d’abord qu’ils constituent une minorité : si un Mallarmé et à fortiori un Leconte de Lisle n’entrent en rien dans cette catégorie, il demeure incontestable que Baudelaire et Rimbaud constituent les deux pôles majeurs de la poésie de la révolte, davantage, sans doute, que le gentil Verlaine et le rêveur Laforgue.
 
On a, à toutes forces, tenté de classer Baudelaire qui bien évidemment, échappe à toute classification réductrice. Le brave Lanson Gustave le rattache, horresco referens, au réalisme mais personne n’est d’accord avec lui, à commencer par le premier exégète de Baudelaire, Robert Vivier, qui dès 1922 publiait un remarquable « L’originalité de Baudelaire ». Si on en fait un romantique quelque peu tardif, c’est faire injure à sa poésie, résolument inscrite dans l’avenir alors que, trente ans avant lui, Nerval Hugo et Chateaubriand avaient frappé les trois coups de la modernité. Symboliste? Pas sûr, malgré le fameux « Correspondance », qui peut apparaître comme un manifeste mis en pratique des idées symbolistes. Pré-surréaliste? Oui, sans doute, moins que Lautréamont mais bien plus que tous les poètes de son temps.
 
Par contre, les points communs entre l’auteur des « Fleurs du Mal » et l’adolescent révolté de Charleville sont évidents : même révolte devant l’ordre établi, même marginalité sociale, même humour corrosif, même fin précoce et, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, même alliance d’arrogance et de fragilité, des caractéristiques qu’ils légueront sans retenue à tous les contemporains, de Desnos à Chavée en passant par Henri Michaux, comme d’ailleurs, nous le verrons tout à l’heure.
 
On connaît bien la vie de Baudelaire et on sait qu’elle a bien failli, à quelques mois près, s’arrêter à Namur. De même c’est à Bruxelles, autre ville belge, que Rimbaud échappe de peu aux coups de feu vengeurs de son ex-ami Verlaine. Mais si, à ma connaissance, Rimbaud n’a jamais porté sur la Belgique un regard au vitriol (à l’exception de Charleville ni plus ni moins d’ailleurs que sur le reste du monde), on sait bien que Baudelaire a éprouvé, pour Bruxelles, une suprême détestation, qu’il exprime dans ses fameuses « Amoenitates belgicae », qui incontestablement, témoigne d’un malaise aussi grand que le pays est petit. Ici encore, comme chez Hugo et Desbordes, la parole poétique oscille entre l’invective et la fragilité, comme va en témoigner la lecture croisée, par François Mairet, de quelques extraits vitriolesques des « Amoenitates belgicae » et d’un « tube » comme on dirait en musique, tube que je ne vous ferai pas l’injure de vous annoncer.
 
LECTURE DE LA PROPRETÉ BELGE, UNE EAU SALUTAIRE, LE RÊVE BELGE, LES BELGES ET LA LUNE ET DE L’INVITATION AU VOYAGE.
 
Autre point commun entre Baudelaire et Rimbaud : on ne peut pas non plus réduire ce dernier à une seule facette de son caractère ni à une unique esthétique. L’arrogance rimbaldienne est bien connue dans l’histoire de la poésie et l’on sait que, même dans les milieux de la bohème littéraire, le jeune Rimbaud était à la fois infréquentable, insortable et insupportable. Son langage, ses actes épousaient volontiers ce que Freud appellera un peu plus tard « le stade anal ». A la closerie des lilas, un soir, il éructe en entendant de mauvais vers, « de la merde » et, à Charleroi, éconduit par Marius des Essarts, il défèque au salon. Dans le poème violemment anticlérical que l’on entendra tout à l’heure, il fait passer le « Dans la rue » de Marceline Desbordes pour de la guimauve tant le poème témoigne d’une violence contenue mais coupante comme un rasoir.
 
Mais, à nouveau, comme toute grande poésie de la marginalité, le pendule se met en route : de cette « communion » et cet « ulcère à l’anus », textes sinon blasphématoires et qui épousent un véritable enfer intérieur intense, on passe sans transition à ce tableau extraordinairement beau, véritable cristal transparent que constitue « Aube ». Écoutons Rimbaud, le Janus aux deux visages inconciliables, écoutons un des plus grands poètes dans ses œuvres
 
LECTURE DE VENUS ANADYOMENE ET LE MAL ET AUBE.
 
Cher Rimbaud, chaque fois qu’on vient à t’entendre, on a l’impression que tes poèmes ont été écrits, non pas hier mais aujourd’hui, et que leur encre n’est pas encore sèche. C’est dire aussi que l’avenue Rimbaud va ouvrir toute grande et avec trente ans d’avance, cette « ville au quai de marbre » que vont arpenter les surréalistes et leurs compagnons de route, avec qui nous achèverons notre périple.
 
Ah, le surréalisme, que de crimes on a commis en son nom. Le surréalisme, ce fils de Dostoievski (avec qui ils se font peindre par Valentine Hugo) et de Rimbaud, qu’ils placent aux nues, dans ce panthéon absolu où le rejoint Lautréamont. Le surréalisme, où l’arrogance est reine:
 
« L’acte surréaliste le plus simple consiste à descendre dans la rue, revolver au poing et de tirer tant qu’on peut dans la foule ».
 
Ils auraient donné des leçons au grand Arthur de Charleville : ici, c’est Aragon qui, le vieux maître toujours en vie, organise en grande pompe dans les rues de Paris, l’enterrement d’Anatole France. Là, c’est Buñuel qui fait dire à deux amants ensanglantés « nous aurons beaucoup d’enfants et nous les tuerons tous, mon amour ».Ou encore Artaud qui, écrivant aux recteurs des universités européennes qu’ils vivent « dans une citerne qu’ils appellent pensée ». Plus au quotidien, c’est Chavée qui dit à sa femme, venue le rechercher au café « Simone, j’éjacule dans vos bas de soie » ou encore Desnos allant détruire un kiosque spécialisé dans la littérature religieuse. Rien ni personne n’a été épargné par ces fous furieux qui, de René Crevel à Benjamin Péret, ont secoué le cocotier de la littérature et du bon goût. Même le cher Journal des Poètes a été dans leur ligne de tir. Ainsi, les surréalistes belges, cornakés par Magritte et Marien ont rédigé » un jour un faux Journal des Poètes que je rêve de pouvoir feuilleter un jour. Éluard lui-même, le doux, le transparent Éluard, invité par Flouquet lors d’un banquet du Journal à signer le livre d’or, y note:
 
« Oh oui, j’aime beaucoup le Journal des Poètes. Je me torche le cul avec tous les matins »
 
On devine que, jusqu’ici, nous avons toujours évité de reproduire cette haute pensée, ce commentaire éclairé par exemple dans une demande de subvention. Fils naturels de Rimbaud, la provocation arrogante d’un Michaux ou celle, un rien plus tendre du Chavée des aphorismes nous montrent de quel côté ont penché les archanges noirs du surréalisme. Et pourtant, comme on pouvait s’y attendre, ces iconoclastes peuvent fort bien, ailleurs, faire preuve d’une tendresse d’une fragilité des plus remarquables. Voici d’abord Michaux:
 
LECTURE DE JE BATIRAI UNE VILLE ET MAIS TOI
 
Et, toujours dans le cadre belge, voici Chavée:
 
LECTURE D’APHORISMES ET DE JE SUIS
 
Il faut cependant bien le reconnaître : que reste-t-il actuellement du Maelstrom surréaliste? Quelques vaguelettes d’une contre-culture officialisée, quelques slogans pour une publicité soft, l’une ou l’autre performance manifestatoire branchée et solidement subventionnée par un état déliquescent, cocu, battu et content, du type « tomates écrasées dans un Centre culturel de banlieue » ou « déplumage d’un pigeon vivant  sur scène » dans une Maison de la culture ou encore, je n’invente rien, « festival de rots et de pets dans le cadre de la poésie sonore ». C’est léger et bien moins convaincant que l’urinoir de Duchamp, L’Age d’or de Buñuel ou encore cet ours mangeur de seins de Péret:
 
LECTURE DE MÉMOIRES DE PERET
 
Par contre, les merveilleux chants d’amour d’Éluard, le dernier poème de Desnos, retrouvé agonisant dans un camp de concentration en 1945, la beauté convulsive des poèmes de Reverdy, l’émotion de Char devant un berceau, voici que se dressent devant nos yeux actifs nos modernes «Invitations au voyage» et autres «N’écris pas» ou «Aube». Arrêtons-nous encore un instant devant ces chants sublimes dans leur merveilleuse fragilité.
 
LECTURE DE ANNIVERSAIRE D’ÉLUARD ET DU DERNIER POÈME DE DESNOS
 
C’est presque un théorème : tout poète, plongé dans le court-bouillon social s’avance "masqué". Sinon, tel le Baron fantôme de Cocteau, mais dans la pleine lumière du regard de tous, il tomberait en poussière. Certains portent le masque de la gravité, d’autres celui du silence, d’autres encore celui de la feinte débilité. Ceux que nous avons approchés aujourd’hui ont porté celui de la provocation, de l’arrogance, voire de l’invective. Pour autant qu’il y ait des choses à pardonner à un poète, oublions l’arrogance, cette barrière qui protégea Baudelaire, Rimbaud, Chavée et tant d’autres. Arrachons le masque des « Amanitaoete » et nous trouverons le visage de l’Invitation au voyage ; soulevons le masque du vieux peau-rouge iconoclaste de La Louvière et pénétrons dans le merveilleux « Identité », image du désarroi intérieur triomphant. Soudain, le poème tombe comme la foudre et, dans le même temps, le poète et son lecteur se retrouvent face à leur nudité essentielle, deviennent ces doubles arpenteurs de l’ombre et de la lumière, ces aigles à deux têtes, déchirés, déchirants, dont une des faces arrache un cœur tout sanglant pour le porter en hommage à l'éternité du poème. Et nous continuerons, au-delà des cris et des sarcasmes à entendre les battements de ce cœur toujours, toujours, toujours…
 
LECTURE DE IDENTITÉ DE CHAVÉE
 
 
 
Jean-Luc WAUTHIER
 
Lectures de François MAIRET
 
Conférence présentée, en 2009 et 2010, au Centre culturel arabe de Bruxelles et à La Maison de la Poésie et de la Langue française de Namur


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