Henri Michaux, un poète né troué


Auteur : Eric Brogniet


Henri Michaux, un poète né troué…

 

 

Henri Michaux est né à Namur en 1899. Il fut baptisé à deux pas de la Maison de la poésie, dans l’Eglise St Loup, chef d’œuvre baroque que l’on doit aux Jésuites, ces maîtres de la rhétorique. Eglise St Loup, dans laquelle, quelques décennies avant la naissance de Michaux, l’un des poètes fondateurs de notre modernité, Charles Baudelaire, pris d’un malaise, s’effondra et, aphasique jusqu’à sa mort, ne put plus prononcer que des borborygmes et des « Crénom »…

 

Comme l’a montré le chercheur namurois Victor Martin Schmets, le père d'Henri Michaux, Octave Michaux, est né à Rochefort (Province de Namur) en 1861. Sa mère, Jeanne Blanke-Woitrin, est née à Namur en 1869. Henri Michaux est né aussi à Namur le 24 mai 1899, au domicile de ses parents, 36, rue de l'Ange et il fut baptisé à l'église St Loup trois semaines plus tard. En 1901, la famille quitte Namur et s'installe à Bruxelles. De 1906 à 1910, Michaux est envoyé en pension à Putte Grasheide, en Campine: il gardera de ce séjour une très mauvaise impression. Il fait ensuite ses humanités, de 1911 à 1917 au Collège jésuite St Michel à Bruxelles, où certains de ses condisciples s'appellent Norge, Hermann Closson et Camille Goemans... C'est de cette époque que date sa passion pour les insectes, l'ornithologie et l'écriture chinoise. Il s'intéressera ensuite à la médecine. De 1919 à 1921, il effectue deux longs voyages comme matelot vers le continent sud américain. Après diverses péripéties comme le service militaire et d'humbles emplois de surveillant, notamment à Chimay puis près d'Arlon, Michaux, durant cette période, fréquente Franz Hellens et la revue Le Disque vert. En 1925, il s'installe à Paris et commence à travailler chez le libraire-éditeur Kra. Il prendra finalement la nationalité française en 1955. En 1927, il négocie avec Gallimard le contrat d'édition de "Qui je fus". A Paris, il est proche de Supervielle et d'un autre poète, équatorien, Alfredo Gangotena. En 1928, il part pour l'Equateur en compagnie de son ami. Suivront bientôt d'autres voyages (Turquie, Italie, Jersey, Afrique du Nord) dont certains assez importants dont il tirera matière poétique : vers l'Inde et vers la Chine. Michaux voyage hors  d'Europe et ne cesse de voyager à l'intérieur même, en France ou à Paris, passant de chambre d'hôtel en chambre d'hôtel, de gîte en gîte, de région en région. En 1934, il rencontre sa future femme, Marie-Louise Ferdière, qui décédera, suite à un accident domestique et d'atroces brûlures en février 1948. En 1936, Michaux commence à peindre. Il entame également ses grands voyages intérieurs et son expérimentation des hallucinogènes, notamment avec la mescaline en 1956. De plus en plus tourné vers la peinture à partir des années 50, Henri Michaux est décédé en 1984. Les circonstances de son décès et de son enterrement, telles que relatées dans la monumentale biographie que lui a consacré Jean-Pierre Martin, montrent Michaux, mort, voyageant encore, à son insu,  entre la morgue de l’hôpital, le funérarium et le cimetière où il sera finalement inhumé…

 

Nous lui rendons hommage 25 ans après sa disparition. En accueillant une jeune création belgo-parisienne, due à la metteure en scène Catherine Goffin et son équipe, « Bleus à poing ». Nous avions organisé un colloque international en 1995, dont les actes, qui ont fait date, ont été publiés dans la revue « Sources », numéro hélas épuisé aujourd’hui, mais accessible en consultation dans notre centre documentaire. Les spécialistes invités, de Raymond Bellour à Colette Roubaud, Jérôme Roger, Anne-Elisabeth Halpern et alii, y soulignaient notamment l’importance des « ailleurs », des « déplacements, dégagements » de tous ordres qui caractérisent l’œuvre d’un des plus grands écrivains européens du XXème siècle. Qui pose comme d’autres géants tels Kafka, Musil ou Joyce le problème de l’identité, de l’être, des rapports entre l’homme et ce qui le détermine… Les personnes intéressées par l’œuvre de Michaux peuvent s’en référer au site Web de référence http://www.henrimichaux.org

 

 « J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire: me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie" affirme Henri Michaux dans Passages. Jean-Michel Maulpoix  résume : « Toute l'oeuvre de ce poète, né à Namur, consiste en effet en une périlleuse traversée de ce qu'il appelle "l'espace du dedans". Et c'est l'un de ses traits les plus remarquables que de nous parler de l'être, et donc de nous-mêmes, comme d'un territoire à explorer, d'un paysage dont l'apparente stabilité dissimule de minuscules ou spectaculaires événements. La plupart des titres des ouvrages de Michaux privilégient les notions de mouvement et d'exploration: excursions vers des terres ou des cultures lointaines (Ecuador, Un Barbare en Asie...), circulations de toutes sortes dans l'espace de l'imaginaire (Ailleurs, La nuit remue...), expériences des hallucinogènes (L'Infini turbulent, Connaissance par les gouffres, Les Grandes épreuves de l'esprit...), observations de cas de magie ou de folie (Les Ravagés, Une voie pour l'insubordination...), déplacements véhéments des signes picturaux (Par la voie des rythmes, Par des traits...). Cette incessante mobilité - doublée d'une intense mobilisation - est le plus efficace remède que Michaux ait trouvé à sa vulnérabilité, à son insatisfaction et son défaut d'être. L'homme, tel qu'il nous le présente (sous les espèces de son héros Plume, par exemple) est une créature précaire, sans appuis, sans identité, livrée à l'aléatoire, jetée brusquement dans le monde où elle n'a pas sa place assurée, où elle doit sans cesse réapprendre à vivre, où il lui faut se protéger contre des forces adverses, se préserver de ses propres démons, et résister à la tentation de céder et de dormir.

L'être de Michaux donne ainsi le sentiment d'une privation, d'une inadéquation foncière entre soi et le monde, d'une division intérieure intolérable. Il se trouve sans cesse aux prises avec une agitation intestine de figures contradictoires. Ce moi "en difficultés" s'effondre en lui-même. C'est celui d'un petit être au souffle court, aux muscles faibles, aux os fragiles: une créature chétive sujette à toutes sortes de vertiges et de métamorphoses, et qui va donc multiplier les mouvements et les passages pour tenter de se délivrer. Le style même de Michaux en témoigne : la vitesse permet d'échapper au mal. Évitant la glu des genres, le poète distribue ses "difficultés" en rapides scénarios de toutes sortes. Faute de pouvoir écrire dans une langue inventée dont la syntaxe et le vocabulaire lui seraient propres, il pratique l'art du court-circuit, de l'ellipse et de l'asyndète, pour tenir en respect "les puissances environnantes du monde hostile". "Épreuves" et "exorcismes" à la fois, telle est l'écriture d'Henri Michaux, poète par hygiène plus que par vocation, qui trouva dans la peinture, à partir des années cinquante, un nouveau "périmètre de défense" et un nouvel espace d'"affrontements". » (in : http://www.maulpoix.net/Plume.html).

De « Qui je fus » (1927)  à « Le jardin exalté » (1984), un seul itinéraire de l’être, en effet. La voix singulière de Michaux, qui pose la question des genres (prose ? poésie ?) et de la figure même du poète, est incarnée dans son personnage « Plume ». Plume, c’est un peu Charlot, un personnage tellement léger, tellement peu ancré dans la réalité prosaïque du monde, à laquelle il semble ne rien comprendre, qu’il devient un archétype de l’inadapté. Un inadapté qui questionne essentiellement notre concept de vigilance.  Au cours de l’élaboration de son œuvre, qui est d’ailleurs protéiforme (poèmes, proses poétiques, contes, comptes-rendus et notes explicatives quasi cliniques, récits de voyage, œuvres picturales), Michaux ne cesse de regarder « ailleurs » et traverse, disons, schématiquement, quatre périodes-clés dans son parcours, sa recherche de l’Etre : les voyages et la colère ; les processus de magie ;  l’exploration et les voyages intérieurs ;  le fourmillement de l’Etre, sa révélation à travers la peinture, sa réconciliation avec soi-même dans le Grand Tout. Dans l’ « espace du dedans », un double mouvement chez l’être Michaux : une radiance, le portant à l’exploration, dans toutes les directions, une plongée, un nageur intérieur ; un retour fantasmatique à la bulle, à la sphère, espace clos et protecteur. L’écriture est la trace de ce double mouvement qui traduit la perméabilité mais aussi l’angoisse. Le texte, trace de l’expérience de vivre, est une membrane. Le texte, un corps. Et le corps, chez Michaux, pose problème. Il est caractérisé par son inappétence en effet, un vrai « sportif au lit ». A côté de la bulle, parfois refuge, parfois prison, Michaux palpe les verrous. Il s’acharne à les faire sauter. Il oscille sans cesse entre faiblesse extrême, démobilisation et explosions, entre vitesse et lenteur… Il analyse de manière poétique ou au contraire quasi scientifique l’angoisse. Aux voyages et aux déplacements géographiques extérieurs se superposent les explorations intérieures. Mais Michaux se veut toujours ailleurs. Il est fasciné par les mécanismes du fonctionnement de l’esprit humain. Entre haschisch et mescaline, ces accélérateurs chimiques permettant de faire éclater les courroies de la camisole de force dans laquelle le monde réel enferme le psychisme, les descriptions nous montrent l’homme aux prises avec ses gouffres. L’infini y est turbulent. La paix, quand elle surgit, surgit dans les brisements. Comme la colère et la magie, les véhicules chimiques n’ont pas pour but un fantasmatique confort ou refus du réel : tous ces moyens sont des moyens de lutter contre la faiblesse, l’endormissement des facultés, la défaite de l’Etre. « Nous ne sommes pas un siècle à paradis », écrit-il dans « Connaissance par les gouffres ». L’écriture chez Michaux est un « combat au sabre ». Et toute volonté de faire un poème suffit à le tuer, à le rendre totalement inopérant. C’est dire que chez Michaux, pour reprendre une formulation d’un poète de sa filiation, le belge Jacques Crickillon, que vous pourrez rencontrer ici même mercredi et jeudi prochain, « la littérature est en instance d’oubli ». C’est d’une aventure intérieure qu’il s’agit, pas d’esthétisme. Michaux accomplit dans toute son œuvre, qu’elle soit écrite ou peinte, et dans l’extrême cohérence d’une  recherche qui ne dévie jamais ni de ses sources ni de ses hantises, un tour de force de chercheur : c’est un scientifique, dont la précision n’est jamais prise en défaut ! C’est aussi un angoissé qui par le biais de l’œuvre d’art et la précision clinique qu’elle réclame tente de conjurer la paralysie et l’inaction engendrées par ce sentiment d’angoisse devant le réel.

L'oeuvre de Michaux présente tout entière une double vocation au mouvement et à l'exploration. On ne saurait donc mieux la présenter dans son ensemble qu'en réfléchissant aux divers parcours qu'elle accomplit. La quête d'identité et de savoir qui s'y poursuit emprunte les voies de la métamorphose. Le déplacement y constitue le mode privilégié de l'exploration de soi-même. La condition humaine dans son ensemble s'y trouve traduite en rythmes, territoires et itinéraires psychiques. On assiste donc, dans cette oeuvre, à une multiplication de mouvements, aussi bien physiques (par les voyages ou les mises à l'épreuve du corps) que mentaux (par le travail de l'imaginaire ou l'expérience de la rêverie et du dérèglement intérieur provoqué) ou encore formels (par l'invention verbale et la création picturale).

Quand Henri Michaux accepta de livrer, en 1957, à la demande de Robert Bréchon, «Quelques renseignements sur cinquante-neuf années d'existence » et donc d'entrer tant soit peu dans le jeu de l'écriture autobiographique, ce fut pour rédiger par bribes une espèce de portrait réduit, en miettes, à la troisième personne, où l'histoire de la trajectoire la plus intime pourrait être aussi bien celle des «ratés» ordinaires de quelqu'un d'autre. Michaux y place ses débuts sous le double signe de la rature et du ratage. Les alinéas de ces « quelques renseignements» dévident comme une litanie les mots qui disent la distance, l'inadaptation et l'échec :

« Indifférence.
Inappétence.
Résistance.
Inintéressé.
Il boude la vie, les jeux, les divertissements et la variation. Le manger lui répugne. Les odeurs, les
contacts.
Sa moëlle ne fait pas de sang. Son sang n'est pas fou d'oxygène ». .

(in : http://www.boutin-jl.net)

Dans le même texte, Michaux relève deux événements doublement significatifs, à savoir : "1924 Paris Il écrit, mais toujours partagé"et quelques lignes plus loin : "1925 Klee, puis Ernst, Chirico... Extrême surprise. Jusque-la, il haïssait la peinture et le fait même de peindre, comme s'il n'y avait pas encore assez de réalité, de cette abominable réalité, pensait-il. Encore vouloir la répéter, y revenir".Ces faits sont suffisamment marquants pour que Michaux les retienne et en rende compte avec une fausse froideur : celle de la forme due doit prendre un texte abrégé, mais dont le contenu est essentiel. En effet, il induit son ambivalence face à son travail d'écrivain qui manifestement ne Ie satisfait pas totalement et souligne, un an plus tard, l'importance de la révélation provoquée au contact de la peinture moderne, malgré son hostilité déclarée à cette forme d'expression. Klee, Max Ernst et Chirico lui font découvrir que peinture et réalité ne s'associent pas nécessairement et qu'il existe d'autres formes de représentation. La réponse à cette "extrême surprise" ne se fait pas attendre, et Michaux est suffisamment stimulé pour produire une première peinture la même année, gouache bleue ou aquarelle qui représente une tête, traitée avec "rusticité", caractère qu'il déplorait ne pas retrouver dans beaucoup d'écrits, mais parfaitement lisible. Celle-ci inaugurera un cycle récurrent qui traversera l'ensemble de son œuvre. Hiéroglyphes , insectes, corps filiformes, tels apparaissent les grouillements picturaux de Michaux. L’émergence de figures, comme sorties de cauchemars, montre aussi, de façon récurrente, le combat qui se livre dans les profondeurs de l’imaginaire entre le spectre, la tête fantasmatique, la mort et son surgissement sur la toile ou dans le dessin qui les font naître et apparaître, la vie. Durant toute sa vie, il pratiquera autant l'aquarelle que le dessin au crayon, la gouache que la gravure ou l'encre. Il s'intéresse également à la calligraphie qu'il utilisera dans nombre de ses œuvres.La pratique de l'écriture et du dessin se sont conjugués, notamment, lors de son expérimentation de la mescaline (commencée en 1954, à l'âge de 55 ans, alors que Michaux n'avait auparavant consommé aucune drogue mis à part de l'éther). Cette expérimentation permet aussi de retrouver l'attrait de Michaux pour la médecine et en particulier la psychiatrie (il a assisté de nombreuses fois et dans de nombreux pays à des présentations de malades dans des asiles). Ces expérimentations se déroulaient avec l'aide d'un médecin, en calculant précisément les doses ingérées, et en notant ou en dessinant ses impressions pendant ces séances. Il s'agit d'une approche scientifique de ces substances psychotropes (Michaux expérimenta également le LSD et la psilocybine) et de la création artistique qui peut en découler.

A la fin de sa vie, Michaux était considéré comme un artiste fuyant ses lecteurs et les journalistes, ce qui contraste avec les nombreux voyages qu'il a faits pour découvrir les peuples du monde, et avec les nombreux amis qu'il compta dans le monde artistique.

L’image étonnante de « l’homme-bombe », employée par Michaux, indique que les différentes facettes de ses pratiques et expériences sont reliées entre elles et que ce tissu de relations doit être à son tour expérimenté par son lecteur. Rien chez Michaux n’est gratuit : au contraire, l’œuvre d’art est un moyen pour changer le monde. Surréaliste sans l’être de manière orthodoxe, Michaux fait appel à son lecteur dans la manière même dont il interdit que soit considérée de façon univoque chacune des parties de sa production. L’œuvre est une « bombe à retardement » : elle agit sur le corps imaginaire et ses effets sociaux seront repérables à long terme. Ce grand déconstructeur nous permet, d’une manière en apparence paradoxale, de le suivre à la trace et de créer nous-mêmes nos propres traces. Du dérapage et de la création verbale, d’une poésie proche parfois de la poésie sonore, aux textes sans équivoque de nombre de ses livres, Michaux nous indique que la poésie commence aussi là où le lecteur prend en charge le poème pour son propre compte. Comme chez Octavio Paz, « les signes, vecteurs de contemplation, s’évanouissent dans un espace sans espace, sitôt le lecteur mené à ce but. Car telle est leur fonction : orienter le lecteur, faire signe en direction d’une utopie où les signes n’ont plus cours (…). La pratique de l’art se différencie peu d’une méthode spirituelle d’accès à soi et paraît s’apparenter à une pratique spirituelle diversifiée. Le corps, si proche de l’âme, est en effet à la fois le sujet et l’objet de la quête et d’un travail de purgation réalisé sur soi et en direction d’un autre. Un même enracinement corporel paraît présider à la fois à la maîtrise esthétique et à la connaissance et au contrôle de l’intimité » (Claude Fintz).

Après avoir exploré sans cesse, de l’angoisse à la transformation, par le biais de la magie, des voyages et du signe, son être intérieur, Michaux atteindra une certaine forme d’accomplissement comme en témoigne son dernier livre publié, « Le jardin exalté ». Il n’y a plus de sentiment de coupure, de faiblesse ou de culpabilité pour celui qui, enfant s’était rêvé « fessé par Dieu ». C’est bien d’un accord qu’il s’agit, et qui passe par un corps à corps avec soi comme avec le Monde. Au-delà des catégories, Michaux nous indique la voie de la poésie comme expérience. « Sans caractère comme sans style lorsqu’en entrant et passant devant, je le vis si peu prometteur, le jardin quelconque se trouva alors d’emblée mué, devenu jardin paradisiaque… et moi devant à quelques pas, et si naturellement que je ne savais plus depuis combien de temps j’y étais, au Jardin des Jardins, celui où l’on ne songe à rien de plus, qui vous comble et par aucune chose au monde, même pas par du temps ne peut être dépassé, un vrai jardin de paradis. C’était donc possible, et pas de pomme, ni de serpent, ni de Dieu punisseur, seulement l’inespéré paradis. Et sans avoir à bouger, devant l’arbre même qui en était le centre, à la vaste couronne, aux jaunissantes feuilles charnues, annonciatrices dorées du proche automne.  (…)  beauté des palpitations au jardin des transformations (…). L’infini chiffonnage-déchiffonnage trouvait sa rencontre. Et s’ouvrait, se refermait le désir infini, pulsation qui ne faiblissait pas. Entre Terre et Cieux – félicité dépassée – une sauvagerie inconnue renvoyait à une délectation par-dessus toute délectation, à la transgression au plus haut comme au plus intérieur, là où l’indicible reste secret, sacré. S’y ajoutait seulement, s’y agglutinait (venant on ne sait d’où) scansion imperturbable, un rythme sourd, fort, mais également intérieur, tel le martèlement d’un cœur, qui aurait été musical, un cœur venu aux arbres, qu’on ne leur connaissait pas, qu’ils nous avaient caché, issu d’un grand cœur végétal (on eût dit planétaire), cœur participant à tout, retrouvé, enfin perçu, audible aux possédés de l’émotion souveraine, celle qui tout accompagne, qui emporte l’Univers ».

Eric BROGNIET

Conférence donnée à la Maison de la Poésie et de la Langue française le 15 octobre 2009

Lectures par Jean LOUBRY

 

 

 

 



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