Voix de la poésie contemporaine du Mexique


Auteur : Pierre-Yves SOUCY




En quelques décennies, la littérature hispano-américaine s'est imposée comme l'une des sources les plus originales et les plus novatrices de la littérature mondiale. La littérature mexicaine y est allée de son apport singulier. Mais peut-on parler d'une littérature mexicaine sans risquer de travestir de plus d'une manière sa physionomie ? Le Mexique naît à l'aube de l'âge moderne. Bien que l'entité politique, depuis l'époque coloniale jusqu'à l'indépendance - au début du siècle dernier - et au Mexique actuel, se soit revêtue d'une identité culturelle marquée, reste qu'elle témoigne d'un métissage dont on connaît peu d'équivalents dans le monde moderne. Sur le seul plan linguistique l'héritage est multiple.


Depuis la conquête, la littérature mexicaine ne s'incarne pas dans une seule langue, l'espagnol, même si celle-ci devait progressivement s'imposer comme langue officielle et comme moyen privilégié d'expression littéraire, alors qu'un tiers seulement de la population est d'origine hispano-américaine. De ce point de vue, la littérature mexicaine vient s'inscrire dans la tradition fondamentale représentée par la littérature espagnole. Mais cette greffe a, par la force des choses, constitué sa propre tradition, développé ses formes particulières, qu'elle partage avec l'ensemble de la littérature hispanique du Nouveau Monde. Cette littérature est une, malgré les accents que l'on serait tenté de discerner. Elle se porte sur un même espace d'échange et de virtualité, transcrit un imaginaire et une identité linguistique qui ne s'embarrassent pas de l'arbitraire des frontières géopolitiques.

Ce qui, dans la poésie mexicaine contemporaine, frappe au premier abord, c'est son extrême diversité. Elle tient à sa complexe tradition littéraire où se juxtaposent ses racines espagnoles, dont elle est conduite à se démarquer fortement en renonçant à toute forme de mimétisme par rapport à des modèles européens qui ne font plus recette, et ses sources légendaires et mythiques provenant des cultures autochtones, dont la persistance et les résurgences, même atténuées ou altérées, ne laissent pas de fasciner. Elle tient également à ce point de rencontre entre l'héritage culturel et littéraire et le monde moderne que représente ce siècle. le fait est que cette poésie ne perd pas pied par rapport à sa propre tradition, tout en se portant à sa limite, et n'hésite pas à explorer des champs neufs de la création.

Depuis Ramón López Velarde (1888-1921), José Juan Tablada (1871-1945), Alfonso Reyes (1899-1959), jusqu'aux générations récentes, en passant par Xavier Villaurrutia (1903-1950), Octavio Paz (1914), pour ne nommer que les plus connus, la poésie mexicaine a trouvé son langage où se concentrent à la fois une représentation concrète de l'univers quotidien auquel se confrontent les poètes, et une expression qui transcende les circonstances et les lieux particuliers pour venir inscrire leur voix et leur originalité dans la poésie universelle. L'image de la nature foisonnante ou aride, mais toujours contrastée, celle de la ville et de Mexico en particulier, sont génératrices de poésie en même temps que la langue devient objet sensible et mode de déchiffrement de ces présences réelles. Deux aspects essentiels ressortent alors avec vigueur de cette poésie, le temps vécu et l'espace habité. le temps du poème apparaît comme intemporel, indéterminé. Il n'est pas celui d'une culture avec sa matrice réceptrice d'un temps linéaire et confortable. Lieu de l'oubli, le temps est ce miroir qui ne renvoie plus à l'homme son image (Homero Aridjis). Dès lors, le lieu est celui de la présence, celle des choses, des objets, fixation sur les relations entre les hommes et leur intériorisation.


Pierre-Yves SOUCY


Anthologie de poésie latino américaine (en espagnol) :





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