ANDRE Francis


Biographie

1er septembre 1897 : naissance à Fratin (Gaume) 1908 : l'enfant quitte l'école pour aider aux travaux des champs. 1915 : publication dans Les Nouvelles, journal d'Arlon. Rédacteur au Drapeau Rouge à Bruxelles, puis directeur littéraire du journal Monde. 1925 : mariage avec Mimi Linssen. 1949 : le paysan de 52 ans devient bûcheron et ouvrier carrier. 1964 : Prix Max Elskamp pour l'ensemble de son oeuvre. 8 août 1976 : décès à Fratin.

Bibliographie

Poésie :

  • Poèmes paysans. Les éditions successives de 1928, 1932 et 1941 étant épuisées, le Musée Gaumais a procédé à une réédition de l'essentiel de cette oeuvre poétique «qui constitue un document vécu de la vie paysanne universelle», Virton, 1973.
  • Poèmes de la terre et des hommes, Éd. des Artistes, 1959. Ce recueil reprend les Poèmes paysans, auxquels il ajoute 23 nouveaux textes.
  • La gerbe du soir, Éd. de la Dryade, Virton, 1974.
Prose :
  • Jeunesse paysanne, roman autobiographique, 1927, repris par La Dryade, 1956.
  • Les affamés, roman, Paris, Librairie Valois, 1931. Réédité en 1985 par les Éd. W'Allons-Nous? et l'Ardoisière.
  • Quatre hommes dans la forêt, Paris, Rieder, 1938.
  • À l'ombre du clocher, nouvelles, Arlon, Fasbender, 1941. Réédité par les Éd. de La Dryade, 1983, avant-propos de René André, illustrations d'Évelyne Adam.
À consulter :
  • Michel Ragon, Histoire de la littérature prolétarienne en France, Albin Michel, 1974.
  • Francis André, poète paysan (littérature prolétarienne et idéologie), W'Allons-Nous?, printemps 1985 (4e année, n° 12).

Textes


Il y avait des boeufs

Il y avait des boeufs, des boeufs vastes et lourds
Qui traînaient dans leur corps les peines de leur vie...
Il y avait des boeufs et des chevaux penchés,
Raidis par le labeur au fond des terres noires...
Il y avait aussi des hommes et des femmes,
Par groupes, se mouvant, se mêlant sur la glèbe;
Et tous, d'un même effort, les bêtes et les gens
Luttaient ensemble.

Tous avaient grand effort car la terre était dure,
La terre se tassait au fond du soir d'automne
Compacte et noire comme les siècles...
Et les hommes, avec leur mains, leurs reins pesants,
Et les chevaux, les boeufs avec leurs grands corps lourds,
Creusaient, soulevaient, déchiraient la terre;
La terre, la dure matière
Qu'il faut pétrir sans fin toute la vie...

Tous avaient grand effort dans leur muscles, leur chair,
Et tous les mouvements qu'ils imposaient au monde
S'arrachaient lents et profonds de leur corps...
Tous avaient grand effort et tous portaient en eux
La dure loi de la nécessité.

Et moi qui étais là, ployé parmi mes frères,
Moi qui portais aussi la peine de la vie,
Je sentais se lier, s'enchaîner nos efforts,
Et se lier aussi nos efforts et nos peines
Aux gestes accomplis dans tous les soirs d'automne,
Tant d'autres corps ployés par le même destin...
Et je sentais aussi qu'il fallait nous aimer,
Nous chercher, nous unir, nous aimer
Comme on n'a pas encore aimé...

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