NOTHOMB Pierre


Biographie

Pierre, baron Nothomb (Tournai, le 28 mars 1887-1966) est un écrivain et un homme politique belge.

Un village de la région d'Arlon porte son nom (Nothomb) mais cela n'explique pas l'attachement de Pierre Nothomb à l'Ardenne, car l'écrivain est né à Tournai le 28 mars 1887 (il allait jusqu'à travestir le nom du lieu de sa naissance en Tournay qui est un petit village de l'Ardenne près de Verlaine, ce qui, somme toute est aussi une connotation littéraire, pas arbitraire (« Au pays de mon père, il est de bois sans nombre... »).

Son père est conseiller à la Cour d'appel. Il descend d'une famille de serviteurs de l'État (benjamin du Congrès national, Jean-Baptiste Nothomb fut ministre, et un partisan farouche de l'unionisme). Il a vingt ans à peine quand il signe ses premiers écrits (notamment la Morte, un acte en vers, datant de 1907). Il se consacre bientôt à la revue Durendal qui fut aussi maison d'édition.

Un notable stoïque, généreux et digne

Durant la Première Guerre mondiale, il est attaché au gouvernement belge à Sainte-Adresse et rédige de la propagande : Les Barbares et la Belgique, La Belgique martyre, Le Roi Albert. Il fonde aussi le mouvement La grande Belgique qui prône l'annexion d'une partie de l'Allemagne et du Limbourg hollandais (ce qui amènera l'état-major hollandais à préparer une attaque militaire contre la Belgique). Albert Ier a fustigé cette politique. Père de famille nombreuse, Nothomb, actif sur le plan littéraire et politique, achète le Pont d'Oye, à Habay-la-Neuve, un ancien domaine de maître de forges wallon. Il y recevra notamment Bernanos ...

Bruxelles et l'Ardenne

Il se partage entre Bruxelles et l'Ardenne. fonde l'Académie belgo-luxembourgeoise (1948), relance la cérémonie de la Bénédiction de la forêt à l'automne, à la forêt d'Anlier. Sa propriété, deviendra un centre culturel. Il y sera inhumé.

Écrivain passionné

Il est l'auteur d'un nombre incalculable de poèmes, essais, romans biographies où se mélangent sa Foi profonde et un amour presque immodéré et sensuel de la vie. Marisabelle, (1920). L'Arc-en-ciel (1909), Porte du ciel, Clairière (1941), L'Été d'octobre (1963), Pater alterné (1950) , Élégie du solstice (1959). Cette abondance diffuse est compensée, comme dans Terrasse (1957), par sa toute simple sincérité. Sa force de conviction, son esprit vif, sa sensibilité exacerbée et son attachement viscéral à la Terre font de lui un passionné déterminé.

L'Histoire, la politique, la Bible

Pierre Nothomb apparait également comme la figure de proue des mouvements nationalistes nés au lendemain de la Première Guerre mondiale. En 1919, Il fonde le Comité de Politique nationale (C.P.N.): il regroupait des généraux, des hommes d'affaires, des juristes, des hommes de lettres, des politiciens (et même quelques socialistes). Mais l'engouement pour ce premier mouvement s'estompe rapidement après l'échec des plans d'annexion du Limbourg et du Luxembourg. Nothomb se tourne de plus en plus vers les problèmes de politique intérieure avec un discours résolument de droite. Son nationalisme perd alors la majorité de ses premiers adhérents, et il essaye de compenser cette perte d'influence par un discours de plus en plus violent. C'est dans cette optique que l'Action nationale sera créée. C'est au début de 1924 que Pierre Nothomb et ses amis fondent la fédération d'Action nationale avec pour objectif de fédérer les divers groupuscules nationalistes. Le premier numéro de l'Action nationale, qui succède au Politique comme organe du C.P.N., paraît le 12 avril 1924 et entend influer sur la vie politique intérieure belge. La tendance, elle, est au catholicisme autoritaire, teinté de maurrassisme et de nationalisme corradinien. L'hebdomadaire est caractérisé par une hostilité farouche envers la démocratie parlementaire. L'ennemi par excellence est le marxisme fondé par le "juif boche" Karl Marx. Le mouvement était avant tout antisocialiste et manifestait une grande admiration pour Mussolini. L'idéologie restait plutôt vague, le programme positif prévoyait un gouvernement fort, responsable devant le roi plutôt que devant le parlement et la création d'organes corporatistes à compétences législatives. L'Action nationale s'appuyait sur une organisation créée en 1925, les "Jeunesses nationales" (1925-1932). Comptant quelques deux à trois milliers de membres, principalement des élèves des collèges catholiques âgés de seize à dix-neuf ans. Ils ne portaient pas d'uniforme mais un insigne. Ils étaient de service lors des meetings, vendaient le journal, paradaient aux cérémonies patriotiques et se querellaient avec les socialistes et les nationalistes flamands. Leur plus célèbre action fut le saccage d'une exposition soviétique en janvier 1928. Comme leader, P. Nothomb, "Napoléon de la marmaille" comme l'appelait ses adversaires, n'a jamais bénéficié d'un réel prestige. De plus, cet adversaire du parlementarisme essaiera plusieurs fois d'entrer au parlement (1925 et 1929, sur les listes catholiques), ce qui créera une certaine confusion au sein des membres du mouvement et contribuera à sa disparition. C'est le 9 août 1930 que paraît le dernier numéro de l'Action nationale. Les troupes de Nothomb s'effrite alors rapidement. Lorsque Nothomb engage ses derniers fidèles, souvent d'origine libérale, à rejoindre le parti catholique et ses Jeunes Gardes, c'est la débandade[1].

Il aborde l'histoire et la politique dans Étapes du nationalisme belge (1918) Risquons-tout (1926) Les Dragons de Latour (1934). Il s'inspire des événements de la guerre de 1940, rêve (comme Degrelle mais en se séparant de lui politiquement: Degrelle n'a pu supporter une scène où Notomb l'invitait à prendre un bain nu), d'un État bourguignon.

La Bible l'inspire : Vie d'Adam (1929), L'Égrégore (1945), Le Roi David (1960). Il écrit aussi des romans : La Rédemption de Mars (1923) (un athée et un chrétien visitent la Terre), Le Lion ailé (1926),Morménil (1955), Fauquebois (1918), Chevalerie rustique (1927). D'autres livres chantent l'Ardenne : Le Sens du pays (1930), La Ligne de faîte (1945). Curieux Personnages (1942).

Le 26 juillet 1950 il fait cette déclaration à la suite d'une réunion du PSC du Luxembourg à Neufchâteau; au cœur de la tourmente de la Question royale: Jamais le Luxembourg ne fera partie d'une Wallonie séparatiste et d'ailleurs elle ne l'est pas.

Le Baron Nothomb était docteur en droit. Sénateur du Luxembourg, il délaissa un cabinet d'avocat d'affaires pour se consacrer pleinement à la littérature et la politique. Personnage belge typique de l'entre-deux-guerres, écrivain poète au cœur généreux, il passionnera et enchantera longtemps encore ses lecteurs ainsi que les visiteurs du domaine où il vécu de nombreuses années (Le château du Pont d'Oye à Habay-la-Neuve - Belgique)

Il était le père de Charles-Ferdinand Nothomb, ce que souligne cet éloge au Parlement : [1] Il était aussi le père de Paul Nothomb, le grand-père de Patrick Nothomb, de François Roelants du Vivier et l'arrière grand-père d'Amélie Nothomb

 

 

Bibliographie

  • L'Arc-en-ciel, Ed., Durendal, 1909.
  • Notre-Dame du Matin, Paris, Ed., de l'Occident, 1912.
  • L'âme du purgatoire, Ed. du Masque, 1913.
  • Marisa-belle, Ed., Van Oest et C°, 1920.
  • Porte du ciel, Ed., Robert Sand, 1923.
  • Délivrance du poème, Cahiers du journal des Poètes, 1936.
  • Clairières, Cahiers des Poètes Catholiques, 1941.
  • Le Pater alterné, Desclée De Brouwer, 1950.
  • Michelange, suivi de Surlimbes, Ed. des Artistes, 1957.
  • Ans de grâce, Ed. Universitaires, 1958.
  • Elegies du solstice, Id., 1959.
  • Le Roi David, Bruxelles, ed. des Artistes, 1960.
  • Arbres du soir, Bruxelles, De Rache, 1962.
  • L'Eté d'octobre, Bruxelles, De Rache, 1963.
  • L'Herbe haute, Bruxelles, De Rache, 1963.
  • Les Approches, Bruxelles, De Rache, 1965.

Textes


Le chêne et le roi

J'ai vécu cette agonie
De résister durement
A la fureur de la vie
Et au poème qui ment

Est-ce pour garder ma chair
A vous que mon corps espère _
Est-ce pour garder mon âme
A vous qu'appelle mon coeur

Ou pour dans ce double leurre
Ayant par mon vain effort
Perdu l'ange avec la femme
Perdre mon âme et mon corps?

Commentaires


Homme de proie, de charme et de pouvoir, Pierre Nothomb écrit des poèmes à l'image exacte de sa stature et de ses sentiments. Il a mis de longues années à émerger d'une tradition classique un peu convenue et un peu éloquente. Aux abords de la soixantaine, le savoir-faire et le souffle aidant, il a écrit des poèmes tout de grâce lamartinienne et de mélancolie qui n'est pas sans rappeler Claudel. S'il manie avec dextérité les grandes orgues, il y trouve aussi une aisance particulière. Ce romantique d'un autre âge parvient à nous séduire; la sagesse lui est naturelle, et il a des frissons de seigneur.

La poésie francophone de Belgique, Éditions Traces, Bruxelles, 198.