FEYAERTS Pascal


Biographie

Pascal Feyaerts vit dans le Hainaut où il exerce depuis plus de 10 ans le métier de bibliothécaire. Il a écrit pour diverses revues littéraires, principalement pour Le Spantole, Traversées, La Pensée Wallonne, Les Elytres du Hanneton, et Microbe et a publié un recueil de poèmes en prose Claustrophobie ou les Rues de Pandémonium aux éditions de l’Acanthe en 2001. Il est membre du Grenier Jane Tony ainsi que du Cercle de la Rotonde à Bruxelles. À ce titre, il a participé à l’anthologie Résonances publiée chez Memor en 2006. En 2009, une autre anthologie accueille ses écrits, La Nouvelle Poésie française de Belgique, une lecture de poètes nés après mai 68 aux éditions Taillis Pré. 2010 le voit finaliser un spectacle musico-poétique avec la violoniste et compositrice Marielle Vancamp : "Sur un nuage". En 2012 sort conjointement L'amour en Lettre Capitale aux éditions Le coudrier et Nouvelles en quête d'(h)auteur aux éditions Chloé des Lys. Pascal Feyaerts est membre d'AcGart, groupement artististe, et expose parfois ses dessins essentiellement au fusain.

Bibliographie

Livres
  • Claustrophobie ou les Rues de Pandémonium, Editions de l'Acanthe, 2001.
  • L'amour en Lettre Capitale, Le Coudrier, 2012.
  • Nouvelles en quête d'(h)auteur, Chloé des Lys, 2012.
  Anthlologies
  • Résonances, Memor, 2006.
  • La Nouvelle Poésie française de Belgique, Le Taillis Pré, 2009.
  Spectacles musico-poétiques   - Sur un nuage, 2010 avec Marielle Vancamp   Telle l'atrabile : www.youtube.com/watch
  http://pascalfeyaerts.blogspot.com/

À consulter :

http://acg-art.blogspot.be/2013/02/voici-une-publication-dans-sabam.html?spref=fb

Textes


Il disait

Il disait que tous ses lits étaient défaits, qu'il avait goûté à tous les sommeils et qu'il était étonné de ne pas sentir peser sur lui le poids de l'amer repos; que ses bagages étaient pleins déjà d'un soleil réminiscent et qu'il avait fait nombre de voyages : qu'aucun ne lui avait parlé du pays d'en haut. Il ajoutait encore que ses habits, trop vieux, ne plaisaient plus aux mythes et se plaignait enfin de vivre en un lieu où le noir succombait plus que la lumière.
On lui répondit par courrier express venu du ciel que l'ordinateur avait dû mal enregistrer son nom, que la répartition risquait d'être longue, peut-être mille ans, et que pour nourrir son attente il n'avait qu' à léguer son sang à l'histoire.

Extrait de la revue Le Spantole, n°309,1997.

Leurs mains restaient face à face
comme deux miroirs complices
cherchant dans la vérité des paumes
le pourquoi de la pudeur
et si s'aimer était possible,
le désir se jouant de l'opaque.
A reflet identique, comparable ivresse
et ostensiblement
l'attrait se soumettait à l' étreinte
comme le vouloir au voulu,
comme la promesse au serment,
avec quand même en sursis la crainte
de voir (était-ce peur ou préssentiment?)
la vie, cette vie, la leur,
s'abîmer,
s'émietter,
dans un lamentable bris de glace.

Extrait de la revue Le Spantole, n°312, 1998.

 

 

Je connais un ange qui a égaré ses ailes Et je sais l’oiseau dont le chant s’est rompu C’était un jour où le ciel en outrage De mille éclairs criait sa rage Comme un homme hurle à l’amer   Si d’aventures vous rencontriez cet ange Dites-lui que j’ai retrouvé ses ailes Et le chant de l’oiseau Qu’ils cohabitent comme on s’aime Dans l’attente de cieux plus cléments   (Je connais un ange, poème inédit paru dans l’anthologie « la nouvelle poésie française de Belgique »)
  Ce cœur n’a plus de portes
Car sa peine est à revendre
Quelque chose de cher en lui a pris son envol
Où sont les ailes où sont les anges ?
Où est le passé et où vont se déposer les larmes ?
Ce sont là les questions d’un cœur en deuil
L’air est devenu irrespirable
Il y manque cette bouffée de l’autre
Qui le rendait si harmonieux
Et le temps s’est écoulé
Le vent a continué à meurtrir les branches
Et la lumière du réverbère est toujours là qui fait scintiller la nuit
Comme si de rien n’était
Comme si ce rien n’était pas tout
Comme si ce tout n’était qu’un leurre
Et soudainement une petite voix dit « c’est moi »
Et on la reconnait sans la nommer
Elle était dans le vent
Et dans le cœur des branches
Et dans la lumière du réverbère
Elle était en lui, en elles, en nous
La peine n’était pas son seul corps
Elle était dans ce cœur sans porte ni fenêtre
Et ne demandait qu’à exister dans ce petit peu de nous
Qui s’illumine quand on aime sans regret.     (Ce cœur n’a plus de portes, dans les Elytres du Hanneton)     *   Le moral de Saint-Pierre était plus bas que terre, il en était devenu muet comme une tombe et avait même rangé ses ailes au placard tandis que quantité d’âmes se disputaient l’entrée au portique. Dieu en personne dut intervenir auprès de son premier serviteur pour qu’il daigne ouvrir la porte à ces pauvres erres en quête de lumière. Saint-Pierre obtempéra mais fit promettre à Dieu auparavant de résoudre au plus tôt ce bruit de grincement de porte qui ponctuait les arrivées depuis maintenant trop de siècles. Comme quoi le repos éternel c’est simple comme une goutte d’huile.   (Sacré Saint-Pierre 2, Poème paru dans la revue « Microbe » et dans l’anthologie « La nouvelle poésie française de Belgique)   * 
  Au Maroc j’ai rencontré le soleil : c’était un fruit, de fiers artisans sous alcôves et tout un peuple de chapeaux, des odeurs de melons, de pastèques et d’épices et des souks à l’envi où des visages authentiques se nourrissent d’ombre à défaut de pain.   (Maroc, Extrait du recueil inédit « Paysages et autres poèmes à usage interne », Poème paru dans la revue « Le Spantole »)   *   Toute l'eau du port ne
suffit pas à inonder le songe
partons ainsi qu'assis
dans l'entrelacs de nos récits
qui voyage dit-on
ne revient pas sans mirage
ni vent cousu aux doigts     (Venise, Extrait du recueil inédit « Paysages et autres poèmes à usage interne », Poème paru dans la revue « Le Spantole »)
*   Venise a-t-elle désiré toucher le ciel
du bout de son loup
qu'à trop jouer de ses racines
les voici démasquées comme
n'étant que la pierre humide
d'un rêve qui se repense
à mesure qu'il s'affaisse   (Venise 2, Extrait du recueil inédit « Paysages et autres poèmes à usage interne », Poème paru dans la revue « Le Spantole »       Dans son poème petit Pierre se tient debout sur une pomme
Il est fier comme un amiral

On se met au garde à vous devant petit Pierre
Car dans son poème petit Pierre est général

Le poème de petit Pierre est aussi petit que lui
Mais il a un grand cœur d’enfant sage

Il court après le bruit des cartables
Comme derrière un bruit d’enfance


Le poème de petit Pierre a aussi des yeux, un nez
Et une grande bouche remplie de mots

Et plus encore de longues oreilles
Pour entendre ce qu’on dit de lui


Mais surtout le poème de petit Pierre possède une serrure…

Comme ça petit Pierre est seul
A pouvoir y entrer
Accompagné de ses amis
  (Le poème de petit Pierre, extrait de "Sur un nuage", spectacle musicale)   *  « Qu’il est doux à deux de s’aimer
Et que notre amour fusse ou non courtois
Précipité ou de mauvais aloi
Le premier battement de mon cœur
Est à dater de toi
  L’amour ici n’est pas à rendre
Un philtre aura suffit pour nous éprendre
Nulle prison je te le dis
Jamais n’eut la beauté de tes yeux
Ni la blondeur de tes cheveux

Je suis d’un pays ménestrel
Qui tisse des liens éternels
Mille ans n’est pas assez
A tes pieds je me dépose
  La même histoire toujours recommencée
De toi je suis le pendu éperdu
L'amant indomptable et magnifique
Qui tel un opéra enchanté
A fait de ton cœur sa douce musique
  Je me sens Vigne et toi la Rose
Sur ce chemin qu’on nous impose
J’irai jusqu’à lier racines
Pour que notre amour on n’assassine
                                   Pour que notre amour on n’assassine
Je suis d’un pays ménestrel
Qui tisse des liens éternels
Mille ans n’est pas assez
A tes pieds je me dépose
  (Tristan et Yseut, extrait de « sur un nuage » spectacle musical)  

Commentaires


Poète, philosophe, moralisateur? Pascal Feyaerts est avant tout un solitaire vivant parmi les ruines d'une tour de Babel rejetée par tous, Dieu en tête. Il exprime très clairement « cette ardeur inquiète qui vous prend à l'instant d'être » en cette capitale imaginaire où les impasses se multiplient jusqu'au cœur de l'absurde. Fort heureusement l'auteur apprit « à rire avec les blés », à « incendier ses ténèbres », à « s'endormir dans le lit d'une pensée sans souci ». Voilà qui soulage de la claustrophobie que le titre évoque pourtant aussi avec pertinence. Poète, philosophe, moralisateur? En tous les cas un fervent qu'habitent rêves, abîmes, vertiges de l'autre côté de la mer.              Jean Dumortier     Chaque texte bref de Pascal Feyaerts ressemble un peu à un joyau dont la page du livre serait l'écrin. Il y a comme un travail d'orfèvre de l'écriture qui touche dès l'abord et se renouvelle au fil des poèmes. Les mots semblent choisis avec soin, ciselés avec patience et passion. La rythmique de chaque phrase respire d'une tonalité juste, empreinte de finesse et d'amplitude. On remarquera de nombreuses associations de termes et d'images très inventives. Loin d'être gratuites, ces trouvailles accroissent l'intensité des propos contenus dans l'écrit. L’écrivain peint avec de l'humilité, du tact et de l'émotion, des paysages reflétant l'état du monde, des icônes de voix intérieures. Le recueil est parcouru par un fond d'amertume, une forme latente de mal-être. Mais sans tomber dans le larmoyant ou le théâtral. Au contraire, la manière de dire les choses en magnifie l'approche en une sorte d'appétit dont on se doit de préserver la fragilité et la puissance. Un petit livre à découvrir et à déguster.     

André Simon

L’amour, sujet universel par excellence.     

A-t-on tout dit, tout écrit à son propos? Ou bien y resterait-il encore quelque espace vierge que l’écriture pourrait contribuer à défricher?       

A cette dernière question, Pascal Feyaerts a choisi de répondre par l’affirmative. Il a voulu montrer que, l’amour émargeant au domaine de l’infini, ses possibilités d’exploration demeurent aujourd’hui plus illimitées que jamais... Point de sentimentalisme ni de cynisme désabusé. Juste le constat clinique que, l’amour étant par nature une réalité sans issue, il nous reste l’antidote des mots et le baume roboratif de l’image poétique. Une image poétique que Pascal Feyaerts manie d’ailleurs avec une rare maîtrise, alliant l’originalité à la puissance d’évocation, la justesse de ton à la simplicité.         

Louis Mathoux

Coordonnées

Site Internet : http://pascalfeyaerts.blogspot.com/