LE ROY Grégoire


Biographie

Grégoire Le Roy (1862-1941)
Comme Charles Van Lerberghe et Maurice Maeterlinck, Grégoire Le Roy est originaire de Gand et fait ses études au prestigieux collège Sainte-Barbe. Sa formation de bibliothécaire le conduit à Bruxelles en 1902 et au poste de conservateur du Musée Antoine-Wiertz en 1919.

À l’instar du peintre dinantais, Grégoire Le Roy peut être considéré comme un romantique, avec une touche supplémentaire de symbolisme et une inspiration moins extravagante que l’auteur de La Chute des Anges.

Mon cœur pleure d’autrefois, La Nuit sans étoiles, Les Chemins dans l’ombre : autant de titres de recueils situant Grégoire Le Roy plus près d’une désespérance à la Musset que du vitalisme hugolien.

Face à l’homme qui « veut d’abord vivre », sur qui « l’Avenir exerce son attrait », qui « n’attend son bien que des jours à venir », Grégoire Le Roy s’installe dans la nostalgie des origines, le regret du passé, la hantise du Temps qui passe et fonde le questionnement philosophique. Pour que l’homme s’interroge, « il faut que, sur sa route, il ait croisé le Temps ».

La Chanson du Pauvre, La Chanson d’un Soir : autres ensembles de poèmes où Grégoire le Roy se souvient du conseil de Paul Verlaine. « De la musique avant toute chose » : La Chanson d’Eve de Van Lerberghe et La Chanson de la rue Saint-Paul de l’Anversois Max Elskamp mettent aussi en application le précepte verlainien.

Comme ses condisciples gantois, Grégoire Le Roy a écrit une pièce de théâtre symbolise. Le texte de L’Annonciatrice a été perdu. Il pourrait être antérieur à L’Intruse (Maeterlinck) et aux Flaireurs (Van Lerberghe), par delà la commune préoccupation de la Mort. Grégoire Le Roy pourrait revendiquer la paternité de la dramaturgie symboliste qui connaîtra un grand succès parisien avec la collaboration Maeterlinck-Debussy.

Puissent ces quelques notes trop sommaires éveiller l’une ou l’autre vocation de chercheur et exhumer ainsi la poésie de Grégoire Le Roy, porteuse d’une interrogation angoissée sur la puissance destructrice du Temps.

Source: EuropeMaxima

Bibliographie

Publications

  • Les Chansons d'un soir. Poèmes. [...] 1887.
  • Mon coeur pleure d'autrefois, Paris : L. Vanier, 1889.
  • La Chanson du pauvre. Mon coeur pleure d'autrefois. Poèmes. Paris : Mercure de France, 1907.
  • La Couronne des soirs. Bruxelles : Editions du Masque, H. Lamertin, 1911.
  • Le Rouet et la besace. Images et chansons de G.L.R. Bruxelles : F. Van Buggenhoudt, impr : Éditions du Masque, 1912.
  • Contes d'après minuit. Bruxelles : F. De Nobele, 1913.
  • Joe Trimborn. Nouvelles. Bruxelles ; Paris : E. Figuière, 1913.
  • Les Chemins dans l'Ombre. Paris : Berger-Levrault, 1920.
  • James Ensor. Bruxelles-Paris : G. Van Oest, 1922.
  • L'oeuvre gravé de Jules De Bruycker avec une notice critique et biographique par G.L.R. Bruxelles : La Nouvelle Société d'Editions, 1933.
  • Fierlefyn. [Etsen van J. van Paemel]. Antwerpen : J.E. Buschmann, 1934.
  • L'Ombre sur la ville. [Eaux-fortes de Jules Van Paemel]. Bruxelles : La Nouvelle Société d'Editions, 1934.
  • La Nuit sans étoiles. Bruxelles, Cox, 1940.


A consulter:

  • Préfaces
  • Extraits et collaborations


Source: Bibliographie des écrivains français de Belgique (Tome 3), Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises, 1968.

Textes


Il est des âmes

Il est des âmes que n'habitent
Ni l'espérance ni l'amour;
Des âmes simples et petites,
Sans horizon, comme une cour.
 
Il en est d'autres, douces, sages,
Toutes de zèle et de bonté,
Comme un jardin de béguinage
Enclos de murs de tout côtés.
 
Mais il est des âmes ardents
Qui brûlent leur sang et leur chair,
Ames de feu, flammes d'enfer,
Que la haine et l'amour tourmentent.
 
D'autres enfin où le malheur
A mis sa griffe si profonde,
Qu'elles portent, avec les leurs,
Toutes les tristesses du monde.

 

Oui, je parle...

OUI, je parle une langue étrangère aux heureux,
Dont les mots sont de deuil, de regrets et de larmes,
Et qui n'a pas souffert n'y trouvera de charmes;
La douleur ne s'écrit qu'en signes ténébreux.

Vous que la joie habite et qu'exalte l'ivresse,
Laisser tomber ce livre... Attendez de l'ouvrir
Que votre âme en vivant ait appris à souffrir,
Votre détresse alors comprendra ma détresse.


Extrait de: Les Chemins dans l'Ombre

Commentaires


Surabondant et bavard, Grégoire Le Roy n'a su s'affranchir d'aucun défaut de son époque: entre le Parnasse et le symbolisme, avec trois ou quatre décennies de retard sur les recherches valables et la profondeur, il n'a jamais manqué une occasion de multiplier des rimes inutiles.  Mais il lui arrive de donner à son habilité un semblant de musique verlainienne et de nostalgie.  Sans s'abuser sur ses mérites, on peut trouver quelque agrément à la lecture d'un poème sur trente ou quarante: don réel ou travail tout à coup louable, qui le dira?  Il est de ces poètes de deuxième zone, qu'il faut toujours hésiter à inclure dans une anthologie; soyons-lui favorables, sans conviction excessive.

Editions Traces, Bruxelles (1985), "La poésie francophone de Belgique"