SOUCY Pierre-Yves


Biographie

D’origine québécoise, poète et essayiste, Pierre-Yves Soucy est Docteur en sciences sociales de l’Université de Bruxelles(ULB). Il a été professeur à l’Université du Québec à Montréal de 1975 à 1986, puis Attaché de recherche à la Bibliothèque Royale à Bruxelles de 1989 à 1998. Responsable de la Section de poésie et de littérature étrangère, il a également été Rédacteur en chef de la revue Le Courrier de 1992 à 2000, revue publiée par le Centre International d’Etudes Poétiques. Entre 1998 et 2000, il a occupé la Chaire Roland Barthes à l’Université nationale de Mexico (UNAM). Codirecteur des éditions La Lettre Volée, Directeur des éditions Le Cormier, il est également Directeur d’une nouvelle revue de création et d’essai, L’Étrangère. Il a publié une dizaine de recueils de poésies, et plusieurs essais sur la littérature, la culture et l’art modernes et contemporains.                            

Bibliographie

Poésie :

  • Fragments de l’éveil, Rennes, éd. Apogée, coll. La Rivière échappée, 2002.
  • Un Tremblement, Bruxelles, Le Cormier, 2002.
  • L’écart traversé, Montréal, L’hexagone, 2003.
  • Au delà de la voix, Châtelineau, éd. Le Taillis Pré, 2003 (Prix Louise Labé 2004). 
  • Traversée des vents, Bruxelles, Le Cormier, 2004.
  • À l'extême couchant, Dijon, Poliphile, 2010.
  • L'Infini Palimpseste (avec Hamid Tibouchi), Bruxelles, Editions La Lettre volée, 2011.
  • D'une obscurité, l'éclaircie, Le Cormier, 2013.

Essai :

  •  L’œil et le mur : la poésie de Paul Auster, Bruxelles, La lettre volée, 2003.

Ses textes sont traduits dans plus d’une dizaine de langues.

   

 

Textes


                      

  À l’extrême couchant

          C’est la peau du dehors qui se retourne       et nous absorbe                                      Jacques Dupin     On glisse au cœur des choses                    la fureur du jour                                                  sous la peau   le premier mot dépouille l’espace le vertige d’un visage                           s’avance dès que l’on bouge   on taille le fond de la nuit              pour retrouver l’inventaire des lieux entre la marche à rebours                                       et le pas de l’ombre mobile comme un vide                                      qui se joue de l’écart.     Les jointures de l’errance              hurlent au dessus du jour                             leur givre sèche la bouche   on s’écarte peu à peu de la lumière à la limite       on l’imagine                                           à portée de fuite insensible          l’espace tranche   en tournant la tête                   on traverse les mots et le monde   et on croit crever l’obscurité entre une mort qui s’invente                                   et une mort qui se tait.       On altère le silence et disperse l’inaudible                              la lenteur d’une rencontre l’inséparable tremblement de la chair   on déplace la gravité des murs dans la toile du jour   on accueille la soif       une autre eau                           prévient des hautes sources   l’été se couche dans les herbes des salves d’air pénètrent les rumeurs on s’avance pieds nus         ignorant                       la bouche effleurée par le vent.         De tous les côtés le ciel remue                                                 jusqu’à faillir d’un seul mot         le délit de la voix circule avec l’écorce de l’ombre                où l’on pénètre                               les nervures jusqu’à l’œil   sous la pluie      la brèche aux abois un vide au long de l’arbre                              comme une douleur fanée                                              dans les feuilles   voir est respirer                             un visage que l’on échange comme une torche aveugle                             pour maquiller les fenêtres.         On traverse les lieux                avec les mots que l’on porte                                          à écorcher l’espace   contraint par le souffle                   le visage s’offre à la lumière sa naissance profane      dérobée à la main                                             devient invisible   au plus profond de l’air                     on capture les forteresses vides                     d’une peau trouée par l’ombre   l’œil rampe dans la poussière                     le visage tant de fois émondée flambe à la surface de l’air                             et tout se perd dans le jour.       À chaque pas                        on s’éloigne du jour de la nuit les dalles humides de la voix                                    l’incision de la lumière gouvernent le poids de la pluie   au revers de la saison                                          l’œil devient néant   l’arbre brûle où l’automne s’annonce             à peine les scintillements d’un prisme sous la ronde des abris sous les floraisons des neiges                       où s’allongent les plaies de l’été la douleur nous délivre.         On extrait chaque mot                                  de l’épaisseur des voix des paupières qui se courbent on retire                                      le secret des visages   on s’approche d’un autre exode              on refuse de forer ce qui est oublié   il n’y a plus rien à franchir            le sang est bien cette matière obscure            qui trace des fils            au fond de l’œil                          qui érige le poids du monde.         On accède au jour                        par les rumeurs qui s’éloignent   du parcours à gravir       on découpe l’espace                      par effraction un timbre sourd dans les failles du vide                                    remonte avec la saison                        on invente l’herbe sous la neige                      on accorde au gel l’éclat de l’air   dans les mailles de la chair l’incandescence d’un profil            intrigue         tranchante contre la nuit   tout ce qu’on voit    de sa propre disparition.         On prend place à l’intérieur des choses                                   on brûle contre la terre l’ailleurs n’est déjà plus un parcours                        l’œil creuse                    ce qui le regarde   là peut-être le désir de voir                              toute l’impossibilité d’être l’empreinte d’un commencement                              jusqu’à l’altération du réel   tant la solitude du corps peu à peu prend place                               sous les lacunes du temps.         Au plus près             l’œil de profil rode                       fore la peau de ce qu’il touche on se tire hors de soi                    avec quelques échos                                           le long de la pluie   les brumes de la ville entravent la lenteur du réel                 on surprend l’eau contre les lèvres   à l’extrême couchant          l’ordre ruminant                          l’orage écartelée l’errance amarrée aux pavés              on se dresse saccagé                           par les rues qui gouvernent.         On ne va pas plus loin              on entend déjà                                         son propre silence sur lui      on retourne nos paupières captives                        à l’intime devanture des nuits                        là                 le monde fléchie   des visages sans nom                   recouvrent les saisons                                      déciment les cendres   sans ombre sans doute on renonce à la pluie                          qui s’aventure sur les pierres.         Si près qu’on suffoque si proche que se dresse                                          la peur avec l’ordre une voix tremble                   et l’horizon s’égare                                          l’air ravaude la nuit   lentement le monde se défait                            puis se refait entre ciel et terre l’ombre s’entaille                              le soir penche vers la porte                                 l’ombre traîne son pas   ce qui n’est pas visible     borde ce qu’on voit.

Commentaires


L'Infini Palimpseste

L'Infini Palimpseste, son dernier ouvrage, offre au lecteur un travail, des formes et des matériaux où il livre son regard sur l'art, la conception qu'il en a, et questionne la nécessité d'exister en ce monde. De faire exister. "Ecrire et peindre un pays revient à s'écrire et se peindre soi-même en tant que palimpseste vivant", énonce-t-il. Ce sont quatre-vingt-sept-pensums, livrés comme un cheminement, qui s'égrènent avec ses créations photographiées où l'on devine le questionnement du lien entre l'origine, la transformation du réel, voire sa sublimation et l'intérêt particulier de signifier une existence présente et de livrer à son tour une perception fine du monde.

(...)

Cet ouvrage se lit, se regarde et instruit sur la façon dont l'artiste crée. Il est un des rares qui permette d'aborder un artiste algérien contemporain dans sa dimension créatrice.

BOUCEBCI, Téric. "L'Infini Palimpseste, de Hamid Tibouchi et Pierre-Yves Soucy". In : Phoenix, Paris, n°2, avr. 2011, p. 136.