KERVYN de MEERENDRE Yves


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Le tordu

Il n'attire pas le regrd
l'arbre minable et contrefait
privé d'air et d'espace.
Ses voisins l'ignorent et l'écrasent
lui, le chétif, le malvenu.
il a grandi pourtant
il a poussé en zigzaguant
vers la lumière, s'obstinant.
Point d'élégantes courbes
ni d'élancements harmonieux
mais des lignes cassées,
des angles secs et disgracieux
comme si chaque montée
avait été, d'en haut, brisée.
Sur le tronc, creux et craquelures,
verrues énormes et lessures suceuses de vie...
A son sommet , ultime essai,
deux minces branches se tordent en oblique
vers un maigre trou de lumière.
comme une bouche entrouverte
au bord de l'asphyxie,
comme la pince d'un scorpion géant
qui voudrait retenir le temps,
comme un malheureux épuisé
qui crierait vers le ciel: Miserere!
Pourtant, la sève monte.
Du terreau, de la mort des puissants voisins
se nourrit le déshérité.
Le pauvret, l'avorton
deviendra grand et fort peut-être.
Comment ne pas admirer aujourd'hui
la beauté du pauvre tordu.

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