DESAISE Roger


Biographie

Né en 1895, décédé en 1960.

 

Poète belge de Mont-sur-Marchienne (1895-1960). Il fut considéré par ses pairs comme un "prince de la poésie". Instituteur de Mont-sur-Marchienne, il eut pour élève le sculpteur Alphonse Darville. Les "jeudis de Roger Desaise" rassemblaient autour de lui des artistes, peintres, sculpteurs et poêtes tels que Norge, Armand Bernier, Nestor Miserez, Marcel Delmotte, Gilberte Dumont, Joseph Boland, Jean Ransy ou Alphonse Darville.

Bibliographie

Poésie

  • Cantate des sept portes, poème polyphonique
  • Voies dans le soleil, poèmes, Les cahiers du journal des poètes, 1937.
  • Ode  à l'inconnue, poème, Les cahiers du nord, 1948.
    Limbes du temps, poèmes Les Cahiers du Nord, Charleroi, 1952.
  • La halte éblouie, Les Cahiers du nord, Charleroi, 1956.
  • Approches (Approdi), traduzione e introduzione di Piero Raimondi, Casa Editrice Maia, 1957.

Théâtre
  • Polyxène, Tragédie
  • Jason, Tragédie

Traductions
  • Amour sans visage, poèmes d' Araldo Sassone; En collaboration, préface de Roger Desaise, Casa Editrice Maia, Siena, 1954..
  • Basalte, poèmes de Luigi Fiorentino, préface de Roger Desaise, Ed. des Cahiers du Nord, Charleroi, 1954.
    Antologie poetica desaise - miserez, trad. et préface par Piero Raimondi, Casa Editrice Maia, Siena, 1954.

Textes


Le Daimon du Silence

Tu ne m' as point quitté, toi de si longue absence
au plus profond du coeur secret qui, dans l' oubli,
aurait fleuri la Nuit d' un infini d' étoiles.
Tu ne m'avais point point délaissé
dans l' épaisseur de mon silence
où, d' amour, je brandis les flambeaux aiguisés
dont rayonnât le puits de ma descente.
tous les soleils pouvaient rugir dans les rires du ciel et sur les pas du jour;
toute la pluie par les gifles du vent
pouvait s' abattre en rafales de vagues ;
et la langueur des brumes, près du soir,
étendre l' abandon
comme un automne sans appel :
tu ne m' avais pas déserté
ployant la flamme ainsi de l' envergure
en l' inconnu le plus nocturne.

Mais le savais-je ? Et qui, tout frissonnant
sur la nerveuse lyre d' Eolie,
aurait osé renouveler l' accord
du souffle sans poitrine effleurant son feu
les harmoniques du possible ?
C' était l' absence. Etait-ce trahison ?
Ah, quels murmures d' or
m' annoncerait ton lent réveil
pour le grandir en un frisson
de l'outre-ciel venant soudain me poindre ?
C' était l' attente et c' était mort
sur les fleuves de la Ténèbre.
Et la voix d' or,
hélas, avait bien tu le nom de l' Enchcanteur
tandis que l' eau, déjà de Styx,
roulait la tête pleine d ' ombre et deux fois morte.
Et tu vivais, condensant ta lumière
en mon étrange obscurité... Mais le savais-je ?
Où donc gisait le Temps ? Que laissait-il ?
sinon la fange flasque et la grisaille
et les échos muets et l' ouate sourde ?
tout s ' engluait dans l' humide vacance.
Mais toi, oui, toi hors du Temps pourrissant,
jadis, par les chemins d ' ailleurs
sans l' insoutenable lumière
et plus loin que la mort
où le Rythme efrface l' éclair
bien trop lent pour ton gré
dans la Musique et la Naissance et le Passage ;
mais toi, mais toi qui m' étouffes, m' écrases
dans le nul de l' attente,
éclate et m' oppresse de larmes !

O tension sur les points morts ! Et la décharge
aux pointes agressives ! Rugissements striés,
venez, venes sur la nuit qui grésille
et n 'est que feu dans le chaos
de l' impensable.
Mais toi, mais toi qui par ton vol
répands le chant de la Durée
avec ton rire en flamme
où danse l' âme des soleils
d' avant la vie, ô toi, brise la digue
et romps l' écluse
et troue enfin l' opacité
pour embraser de joie
les solives du Monde.
Mais non... C'était le rêve, alors,
ou moins qu' un songe... et le pas s'enlizait
aux ornières de l' heure et de l' indifférence ;
et les yeux s' éteignaient
avec le râle des stratus
aux brumes du silence.

Nul cri ne s' est dressé tel qu' une épée en foudre.
rien ne l' aurait capté comme un nectar
Dans les geysers de sa brûlure.
Qui l' eût osé porter
comme une feuille sèche
en la splendeur des Hiérarchies ?

C' était sans doute un gris novembere
ou la pâleur d 'un février sans bords.
Les yeux se refusaient
dans les marécages du jour.
Et ton pouvoir m' abandonnait
comme la clarté fuit l' eau blême.

Il me restait une présence une présence
avec dans le regard
une lumière impénétrée :
le cher visage dont le sourire
même en larme de l' fangoisse
irradiait une clarté
qui plus loin que l' amour
fleurissait dans un nimbe
entrevu de mon coeur.
Il me disait l' aurore
et le doux mois des rossignols
dans la tiédeur nocturne
et les étés croulants de roses
dansles jardins encor tout éblouis
de renaître en le miel diurne.
Et la voix était de caresse avec l' espoir
et le courage et la ferveur
du chant montant de l' alouette.
Mais toi, mais toi... Non, pouvais-tu l' entendre
au plus serré de ma ténèbre ?
Et l' âme paraissait le marbre du sépulcre
où la frise vibrante
harmonise toujours les corps dans leur étreinte
et l' immobile adieu des regards et des larmes.
Mais tous les bras du long départ
que tu n' as point tendus
vers le deuil de mon rêve...
avec les fleurs de l' améthyste et les fluors
de la noble mélancolie ;
ni les cris de l' extase aiguë
ni ceux de la fureur ni ceux de la sauvage ivresse
n' ont pllus ravi mes sens
depuis que tu éteins les bonds qui éblouissent.

Aujourd'hui ou demain ou bien hier :
pour toi, tout se valait ;
et rien qu' en ce brouillard
ta mesure était mienne.
Mais sur le minuit juste
en la soudaine mort des lampes,
la nuit profonde m' apparut
dans sa crépitante féerie
où chaque étoile était le coeur du Monde !

Sauvé ! J' étais sauvé par tes feux millénaires !
J' en fis la torche de ma force
et t' en sommai
sur les plus hauts degré des profondeurs.
Ce n' était plus en toi sommeil mais la béatitude.
Et l' envergure flamboyante, brusquement,
foudroyant lumière et ténèbres,
me fut, totale, une insoutenable évidence.

Allais-je alors, dès l 'ultime strphe du choeur,
m' asseoir à la table divine
où, le front ceint de blanches violettes
en les clartés du chrême,
rêvait toujours la Fleur du songe
élu jadis au nom chantant de Mantinée ?
Ou bien sur l' idéal tombeau de Giacomo,
pour moi l' autel de la présence,
allais-je t ' éffeuiller la fleur strophique
en proclamant de toi, Dominateur :
" Quoi de plus haut pour moi que ta pensée ? " ...
Je le sais ! Je le sais ! Et le cher visage en rayonne !
Tu ne m'avais point délaissé
dans la retraite à jamais immortelle !
Eclate ! Eclate ! Et le Jour et la Nuit
ne sont plus qu' un seul hymne
en le frisson des astres !

extrait de Approches

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