NORAC Carl


Biographie

Né à Mons (Belgique) en 1960, Carl Norac est le fils d’un écrivain et d’une comédienne. En 1993, "Dimanche aux Hespérides", paru aux Éditions de la Différence à Paris, donne au poète une reconnaissance en Belgique et en France. Sa seconde passion, le voyage, lui fait parcourir le monde, des chaleurs de l'Asie aux glaces de l'Arctique. "Le voyeur libre", "Le carnet de Montréal" évoquent ces lieux, ces rencontres. "La candeur" (La Différence, 1996), réhabilite le candide dans sa pureté, sa violence face au monde."Éloge de la patience" (1999) essaie de révéler la volupté de la lenteur, cherche dans le langage un détachement, une sensualité. En 2003, il a publié deux recueils de poèmes en prose: «  Le carnet bleu » et « Métropolitaines » (L’escampette, Bordeaux), des portraits de femmes dans le métro de Paris. Carl Norac a aussi écrit plus de quarante livres pour enfants, traduits à ce jour en plus de 30 langues. Son édietur principal est l’Ecole des Loisirs. Depuis 2004, il commence aussi à publier à Londres des livres qu’il a écrits en anglais (aux Editions Macmillan où deux nouveaux livres paraîtront en 2006).

Bibliographie

Poésie

  • Images en voie d’arrestation, Maison Internationale de la Poésie, Bruxelles, 1990.
  • Le maintien du désordre, Caractères, Paris, 1990.
  • La politesse des fauves, Éditions l’Arbre à paroles, Amay, 1993.
  • Dimanche aux Hespérides, Éditions de la Différence, coll. Littérature, Paris, 1994.
  • Le voyeur libre, Éditions des Eperonniers, Bruxelles, 1995.
  • La candeur, Éditions de la Différence, coll. Littérature, Paris, 1996..
  • Le carnet de Montréal, Éditions le Noroît, Montréal, 1998..
  • Éloge de la patience, Éditions de la Différence, Paris, 1999.
  • Le carnet bleu, Renaissance du livre, Tournai, 2003
  • Métropolitaines, L’escampette, Bordeaux, 2003.
  • Sonates pour un homme seul, L' Escampette, Bordeaux, 2008. Prix Charles Plisnier 2009.
  • Il vaut mieux ici qu’en face, avec Carole Fives, La Nuit Myrtide, Lille, 2011.

 

Livres jeunesse ( choix )   Cinquante livres parus dont:

  • Un loup dans la nuit bleue (ill. Louis Joos), Pastel-Ecole des loisirs, 1996.
  • Les mots doux (ill. Claude K Dubois), Pastel-Ecole des loisirs, 1996.
  • L’espoir pélican (ill. Louis Joos), Pastel-Ecole des loisirs, 1998.
  • La Grande Ourse (ill. Kitty Crowther), Pastel-Ecole des loisirs, 1999.
  • Le dernier voyage de Saint-Exupéry (ill. Louis Joos) La Renaissance du Livre, 2002..
  • Lettres du géant à l’enfant qui passe, Espace Nord, Éditions Labor, 2003.
  • Un secret pour grandir (ill. Carl Cneutt), Pastel-Ecole des loisirs, 2003.
  • Akli prince du désert ( ill. Anne-Catherine de Boel ), Pastel- Ecole des loisirs, 2004..
  • My daddy is giant ( ill. Ingrid Godon ) Pastel-Ecole des Loisirs, 2004.
  • Sentimento, illustrations de Rebecca Dautremer, Bilboquet, 2005.
  • D'îles en ailes, avec Pierre Coran et Anne-Marielle Wilwerth, Couleur Livres, 2012. (Carré d'as).

 

Prix littéraires

  •  Prix Casterman de poésie, 1979.
  • Prix des Critiques en herbe, Foire de Bologne, 1987, pour "Bon appétit, Monsieur L'Ogre". Prix de la Biennale Robert Goffin, 1990.
  • Prix Emile Polak, de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises, 1992.
  • Prix Unicef, Bologne, 1992, pour "Le lion fanfaron".
  • Prix Millepages, Centre Beaubourg, France, 1996, pour "Coeur de singe".
  • Prix littéraire du Salon du Livre d'Issoudun, pour "Coeur de singe".
  • Prix Livrimages, Salon de Montreuil, 1996, (qui élit "Les mots doux" comme le livre préféré des 1340 "Bibliothèques pour tous" en France).
  • Prix Eugène Schmits, de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises, 2003.
  • Prix du Salon du livre de Troyes, 2004
  • Honour list 2004 du Prix Andersen, Ibby, 2004
  • Prix Charles Plisnier 2009  (Province de Hainaut).

 

Etudes sur l'oeuvre de l'auteur

Carl Norac, par Jacques Bourlez, Dossiers L, Service de Livre Luxembourgeois, 1993.

Le temps immortel dans "Dimanche aux Hespérides" de Carl Norac, par Gwenaëlle Stubbe, Université Catholique de Louvain, 1996.

 

 

 

 

 

 

 

Textes


Extrait de La candeur, Editions de la Différence (1995)                   TOMBEAU D’HAFIZ (extrait)   Toi qui ouvris les bras sans jamais ressembler au vide qui parfois sert d’offrande guerrière, toi qui fus peint à l’or fin, qui ne crus en vain au sang, à la splendeur  

que dans un raisin fort, dans un caillot de l’arbre,    

aujourd’hui, un peu de la boue qui te montait aux lèvres s’est transformée en vin. Un peu de ce qui fut volé sur le corps des femmes s’est transformé en vin. Un peu de ce qui tomba des oracles ou s’éleva dans le chant s’est transformé en vin et le vin à son tour s’est mis à chanter pour lui-même.   Hafiz, je ne porte rien sur moi qui t’appartienne, ni une amulette, ni un fard, ni un songe. Ta voix m’est étrangère comme l’odeur de ta semence et de tes larmes. Je ne connais rien du ventre des femmes qui naquirent dans tes coupes, rien du sein où tu t’endormis las, rien du sexe qui te servit de gîte. Je ne sais pas même le goût de ton vin, ni comment il claquait dans ta gorge. Mais je t’ai lu, mon frère, avant de me servir à boire. La nuit est là où tu la trempes, poète. Nous sommes seuls quand tu le veux.

  CHANGEZ DE BOUCHE

Changez de bouche: prenez la mienne. Elle est un peu collante, n’aime guère les dents, s’accommode des langues, même des plus exsangues, mais elle ne s’use pas. Prenez la mienne, vous dis-je. J’en ai fait trop de cas, l’ai promenée trop loin au milieu des visages, sur des lèvres moins sages. Si par mégarde elle n’était pas à votre taille, faites-la rétrécir dans un peu d’eau glacée et puis embrassez-moi.                                               (Le maintien du désordre, Caractères, 1990)  

PRIÈRE DU SOLDAT KOSTROWITZKY

la mort me suit parfois et je lui dis patiente je n’ai pas encore mis de mots sous les cailloux j’écris “ je suis vivant” tout en fermant les yeux   la mort me suit parfois et je lui dis patiente tous les matins  je suis vieux mais les soirs je m’enfante laisse-moi jouer un peu dans la cour des grandes ombres   patiente ô sage mort écoute si ténu le bruit de l’encre bue sur cette page et puis dors                                                      (Inédit)  

PORTRAIT DE LA PREMIÈRE COMPAGNE

Elle avait cette moue que l’on voudrait voler pour la faire surgir quand la joie est trop vide ou les mots trop aisés. Elle était si bourgeoise qu’elle prenait le pli de rudoyer pour être belle à ma mesure. Nous partagions, comme une étreinte, la révolte sans jamais nous mettre d’accord sur le sens du désordre, le lieu de l’incendie. L’hiver, nous jouions avec des boules de neige, nous appliquant surtout à salir les statues. C’était une façon de revivre l’enfance sans entacher l’orgueil de devoir en parler. Elle s’offrait vierge. Je me donnais sans taches. Nos jambes dessinaient. Nous en parlions un peu. A peine relevés, le combat reprenait pour la possession de ce monde qui commençait hors de la chambre. Deux ans plus tard, nous nous sommes quittés en un lent saignement des jours sur l’ancien vœu de se faner ensemble. Elle est partie en Chine, ensuite à Compostelle. J’ai regagné une Inde que d’autres ont inventée.                       (Le voyeur libre)  

ENVOI

Vos douleurs d’amour, je ne les écris pas. Les miennes, je les range. S’il n’y a pas d’accès au bonheur par ici, reprenez le voyage. Oh, je vous épie cependant, me mets dans l’angle exact où plissent vos blessures. J’en prends des croquis, des épures, de la graine à frapper les mots. Mais vos douleurs sacrées, je ne les écris pas, seulement les évente. Les faire miennes serait croire au pouvoir de la poésie et m’empêcherait de ranger ma poignée de plaies en silence.                 (Le voyeur libre)  

POÈME EN S’ÉLOIGNANT

encor ma voix qui vous retient mais ne sait pour combien de temps avec les mots je fais un piège avec mes silences un oiseau   encor ma voix qui vous retient ô ma compagne plus fuyante que la fortune dans mes mains que les louanges dans mon dos   de l’amour ne connais les lois seules des paroles me viennent aussi fréquentes que la pluie aussi fausses que l’or du temps   si demain ne vous retient plus cette voix pareille à une ombre posez une main sur mes lèvres et je vous prie emportez-la  

PAVANE POUR CELLE QUI NE POUVAIT PAS NAÎTRE

La poussière se détourne en tombant de la lampe éteinte, comme si, irradiée depuis la fenêtre, elle évitait de se poser sur ma bouche. C’est un éclat abrupt du soleil qui me préserve ainsi de la plus infime souillure du monde. Mes mains perdues traînent encore, dans la chambre, un oeuf mort et une montre ouverte.   L’enfant tomba de moi tandis que je luttais pour me mettre debout. Il aura dû confondre l’illusion de mes pas et sa raison de vivre.   Dans le ventre de l’amante, son cœur eut juste le temps de battre et de disparaître. Comment ai-je pu insuffler par ma semence, moi qui suis lourd et grossier, l’existence d’un papillon qui ne pouvait pas naître? La tombée de la nuit, voilà le nom que je lui donne, secrètement.   Il me reste l’amour d’une femme et mon orgueil, cette rudesse feinte que j’instille par les mots, orgueil dressé face à la lune que je vomis ce jour de faire si peu de cas des rêves.  

PRÈS DE LA GARE

Me voici dans la nuit et je ne suis pas prêt à me fondre dans les étoiles. L’avenir est un mot qui tombe de ma bouche. Minuit ne sonne pas. Minuit dort.   Et rien autour de moi ne prend le temps de me juger, de contredire ma pauvre allure, mon dos rompu contre le mur où j’attends d’exister en regardant passer des files de voiture. Paris ce soir sent la sciure, poussières de paroles grises tombées pendant l’après-midi à Austerlitz, en bord de Seine.   Un bateau passe, éclairé par le crâne des touristes, un crin-crin de violon, dans les cuisines, des chapeaux et des homards trébuchants. Mon amour, pourquoi suis-je ici ? On dit pour gagner sa pitance. Pauvre éclaireur qui n’a pas gardé de l’aube dans sa poche                     (Inédits)   Extraits de Carnet bleu (La Renaissance du livre, 2003)  

On me dit que nous vivons en pure perte, que les serments d’amour amoncelés ouvrent leurs mots à la poussière, que l’ivresse du vin dure un seul instant. Je ne réplique rien à ces prétendues vérités. Je réponds seulement que partir me rend léger. A chaque heure sombre ou simplement grise de ma vie, je me surprends à marcher sur l’air. Je ne sais pas si la nuit est bonne, si le jour est profitable, si les pensées des morts et les conseils des vivants écorchent les nuages au-dessus de moi, mais je m’en vais. Rien de ce que je connais ou qui naquit en silence ne me quittera si j’avance.

  LA PETITE FOLLE, TRØMS

La petite folle tend son arc vers le ciel. Les gens veulent croire qu’elle poursuit un nuage, qu’elle taquine la lointaine image d’un oiseau de proie. Mais si on l’interroge, elle prétend qu’elle vise Dieu. Au bout de ses flèches, tantôt elle attache une fine corde, tantôt pas, comme si elle voulait par instants ramener ce dieu blessé et à d’autres moments le laisser à sa chute. Le dimanche, à l’église, elle promène ses nattes trop parfaites. Quand les autres chantent, elle ouvre la bouche et n’en sort qu’un silence de poisson, un infime appel d’air. Souvent, les gamins la suivent sur les sentiers, hésitent entre le geste de la caresser et celui de la jeter des cailloux. Enfant, je l’aurais aimée, la petite folle. Je vois que l’on s’occupe d’elle. La raison dans ce village ne se laisse pas troubler pour si peu. Pourtant, personne ici, étrangement, ne se demande pourquoi jamais aucune de ses flèches ne retombe.


TATE GALLERY, LONDRES                                                           

                                                                               à Frieda Hughes

L’aveugle de la Tate Gallery marche et renifle. Il jauge les endroits où l’art, à son avis, abonde en poussières. Il s’arrête devant une nature morte, semble humer un fruit, le peser, le goûter d’un revers de l’épaule. Je le surprends même à se poudrer les doigts en griffant une marine. - Je préfère Constable à Turner, s’écrie-t-il alors, bruyamment, à l’instant où ses ongles lâchent prise. Pourtant, après s’être éloigné de quelques pas, il fait demi-tour, se ravise et disparaît dans la première lueur sèche.     Extraits de NANDA DEVI (suite indienne inédite)  
Toute main rencontre la nuit d’une autre. On ne peut pas promener longtemps l’aube dans sa poche. Nous plaidons pour l’horizon contre le ciel. Nous habitons le dé qui ne tombe pas. Chaque face de sa chute est un éclair pour notre visage. Il n’y a plus rien de vagabond en nous, sinon cette respiration, celle qui monte ou qui s‘éteint, celle empruntée à l’azur, celle engourdie par le froid du sol ou disputée aux anges. Nous montons vers le sommet sans rêver de l’oiseau qui abolit les distances. C’est notre limite au fond qui nous rassure et notre essoufflement qui nous sert d’identité. Toute main rencontre la nuit d’une autre. Deux cailloux ne se ressemblent jamais, sauf quand ils visent la même cible.  

                                                    * 

Le jour m’enfonce avec le soleil. J’entre dans la nuit qui ne m’attend pas. Rien du ciel en moi ne patiente. Voici l’obscurité qui bêle contre mes flancs. Ce n’est plus un troupeau de lueurs, mais des ombres qui se comptent avec le plat de la main. Faut-il se traverser cent fois avant de prendre corps sur la montagne ? Ici, la nuit est un cheval qu’il faut désarçonner avant que son galop ne m’avale. Aucun buffle dans les lacets. La pierre devient plus nue que la peau et ne vibre qu’au lent tassement des nuages. Ma respiration est une lettre morte.. Poitrine bombée, je suis près à m’éteindre.. J’avais rêvé d’aller si haut pour toiser enfin mon passé, ne plus épeler le nom d’une amante ou d’un livre. J’avais sacré le lièvre qui me dépassait, la fourmi morte qui d’un souffle se ranime. Mais toute solitude convoque l’origine. Sur le Nanda Devi, chaque bruissement du vent me rappelle encore le chant de ma mère.  

Extraits de Métropolitaines

(Portraits  de passantes dans le métro de Paris. Tentative de photographier avec le langage)

Je suis un écrivain de la foule. Les mots sont mes pas et ce qu’ils disent, c’est le chemin des autres. Je n’envie pas les faiseurs d’histoire, ces maîtres en abîme que l’on nomme romanciers. Je n’ai pas leur prétention d’inventer des héroïnes invisibles qui ne sont souvent que papiers et chimères, chair évoquée à défaut de la chair. Je me sens bien plus aujourd’hui ce ramasseur d’images qui aime se distraire de toute diffraction des gens dans la lumière.

  Sa jupe échancrée fait voir des jambes immatures. Par contre, dans ses mains, son livre paraît rouillé, comme si un doigt s’était attardé un siècle à tourner une page décisive.   Quarante-cinq ans. Le coeur un peu gris. Un corps sans balancement. L’anneau à son oreille est impressionnant. Large cercle doré, presque en flammes. J’imagine y voir sauter des lions minuscules, la dernière pensée libre.   Elle parcourt le Monde. Kosovo, avions furtifs, nouvelles du temps. Un homme, sri lankais, lit par-dessus son épaule. Elle apprécie, rêve un moment d’être un journal, son corps ouvert, lisible enfin.   Petit visage clair. On croirait un rond dans l’eau. Elle a vingt ans à tout casser, à tout refaire. Ses cils commencent à peine à parler.   Celle-là est simplement belle, transparente. Les mots glissent sur elle et se refusent à l’enjambement des phrases. Ici, dans le roulis des rames, le carnet de passantes se referme doucement, image rétinienne qui a donné son poudroiement éphémère de couleurs avant de s’effacer dans le regard suivant.   Vieille déesse qui tousse. Série B du ciel. Sinusite du troisième nuage. Mouron d’éternelle. Elle cherche dans sa gorge terrestre un peu de foi en la respiration.   Le monsieur ne sait pas que sa femme est une hulotte. Pupilles ressemblant à des grelots, lunettes cerclées de très mince opaline. La nuit, elle doit être vagabonde dans la forêt, concierge d’un cimetière et le jour, accessoirement, elle est la femme de monsieur.   C’est elle qui m’observe. De son regard attentif, je ne peux plus me dépriser. Elle note dans un carnet les mots que je voulais lui prendre. Alors, passant et voyeur, anonyme et voleur, je n’ai plus qu’à soigner mes poses, ma prestance rêvée et mes tics. Mes écarts de langage ne me sont plus d’aucun secours.  

 

Commentaires



Carl Norac - De terres en écritures en quête d'instants, in Magasine Sabam, 4ème trimestre 2006, p.22

LE MAINTIEN DU DESORDRE

 

"Le maintien du désordre" est un livre aigu. L'écriture est là pour transcender la douleur d' exister. L'écriture, et en particulier celle d'écrivains comme Carl Norac, sauvera peut-être le monde.                                    

Pierre Maury, Le Soir.

 

DIMANCHE AUX HESPERIDES

Aisance, malice, férocité, imagination, heureuses noces entre la satire, le post-surréalisme et l’absurde vaincu. On en aime la forme accomplie. De superbes promesses.

 Alain Bosquet, Le Figaro

Dessillez-vous les yeux, lisez vraiment : sous la belle couverture crème des Editions de la Différence, cette quarantaine de poèmes sont autant de bombes textuelles.

Laurent Robert, Le Carnet et les Instants.

  « Qui parle ? » Question majeure que pose Maurice Blanchot et qui nous interpelle, tous, poètes, écrivains et lecteurs. Lire, n’est-ce pas réécrire la lecture du monde proposée par l’auteur ? Tenter de répondre par les rites de la mise en mots est sans doute le chemin entrepris par ceux que Lawrence qualifie de « rêveurs de jour », précisant bien qu’il s’agit là d’hommes dangereux. Les poètes sont des rêveurs de jour qui n’ont pas honte de leurs bégaiements. Au cœur des ténèbres, Carl Norac, je l’atteste, est un « rêveur de jour ». Avec Dimanche aux Hespérides, une étape supplémentaire de l’authentique voyage poétique est en train de s’accomplir. Peu importe qu’il s’agisse de la chute vertigineuse et irrémédiable, ou de l’ascension inexorable et recommencer tous les matins du monde. Désormais, nul retour en arrière ne pourra être consenti. Avec ce Dimanche aux Hespérides, le poète sait qu’il est lié à jamais avec ce temps blessé qui appelle l’origine. Manière nouvelle de cultiver son jardin pour mieux renouer avec la pureté de « l’oiseau des origines ». Même si Carl Norac aime affirmer avec Yeats : je voudrais avoir l’ignorance de l’aube ou, avec Claire Lejeune : j’ignore de la plus pure science, d’instinct, nous savons qu’il est prêt à ravir le feu des dieux, que l’aigle des vérités révélées peut tenter de le tarauder, il détient le carquois d’Héraclès et continuera à faire flèche de tout son être pour l’honneur de l’être qui ose se poser la vraie question : « Qui parle ? »

Jacques Bourlez, Dossiers L littérature française de Belgique

 

LA CANDEUR

Carl Norac s’est imposé il y a deux ans avec un livre de poésie pure et dense, « Dimanche aux Hespérides » : le sens de la fable y rejoignait une sagesse asiatique aux multiples prolongements. Avec « La Candeur », il nous offre deux sortes de textes : des poèmes en prose à mi-chemin du réel et de l’irréel, et des poèmes proprment dits où la féérie prend les allures d’un quotidien libéré de toutes ses lourdeurs.

Alain Bosquet, Le Figaro 

  Depuis la parution, en 1994, de "Dimanche aux Hespérides", dont nous avons, ici même, vanté les vertus, nous savons qu'il faut tenir Carl Norac pour l'un des meilleurs poètes de chez nous. Ce que vient confirmer avec éclat la parution de son dernier recueil : "La Candeur". Norac apparaît bien tel un explorateur des territoires du monde et de son perpétuel allié (ou complice) : le Verbe. Musil disait que: "Tout homme a une deuxième patrie où tout ce qu'il fait est innocent." Norac se proclame "réversible à la foule et au ban, poli d'âme et révolté de coeur". Et d'ajouter : "Je m'élève au rang de la candeur". On ne saurait imaginer plus déterminée et tenace profession de foi. Voltaire se réconcilie avec Rimbaud.

Pierre Mertens, Le Soir.

  Avec La Candeur, le dernier recueil de Carl Norac, c'est un caractère d'une autre trempe qui se dévoile au lecteur et lui lance ses meilleurs traits : un alliage subtil de pudeur et d'outrance, de tendresse et de révolte. La candeur est aussi une franchise, un souci de ne rien celer de ses frayeurs ou de ses désirs, et de les transcrire sans fard, avec l'élégance du mot juste. De vers en vers, la scansion nous emporte sans la moindre peine pour mieux cogner les conformismes contre la virulence des mots crus. C'est finalement la grâce d'une oeuvre formellement impeccable, polie -en tout sens-, et néanmoins subversive.

Laurent Robert, Le Carnet et les Instants.

  Carl Norac wordt beschouwd als de belangrijkste Waalse dichter van dit ogenblik. Dat is niet verwonderlijk. In zijn nieuwste bundel "La Candeur" (1996), treedt Norac in de voetsporen van Voltaires "Candide" : zijn beste van alle mogelijke werelden situeert hij in een geordende chaos, een wereldbeeld dat toch nog voldoende ruimte biedt voor erupties, omdat het lyrische ik niet zomaar op een argeloze manier met de dingen converseert en zich door de taal laat overmannen. Zo blijft mijn poëzie weerbarstig en mysterieus, zoals hij het zelf in een prozagedicht formuleert....

Paul Demets, Knack.

Un fauve parmi nous terrassant son ombre. Un passionné ivre de vivre, se délestant des illusions, vivant à l'arraché. Une soif mâle de vivre, la passion d'aller jusqu'au bout. Du souffle du poète se dégage l'homme lesté des icônes absurdes et encombrantes.

Gaspard Hons, Le Mensuel littéraire et poétique.

 

LA GRANDE OURSE

Il y a du Petit Prince dans cette Grande Ourse-là. Elle quitte un jour le pays du ciel pour venir batifoler sur Terre en compagnie des baleines. Du coup, les étoiles filent à sa recherche, notre bonne vieille planète s'arrête de tourner et les voyageurs s'égarent. Quelle pagaille dans le cosmos! Menée d'un trait dansant et expressif, cette belle histoire vous dira comment la star des nuits d'été a trouvé le chemin du retour et pourquoi les enfants ont du sable dans les yeux au moment de s'endormir.

Sylvaine Olive, Lire

 

LES MOTS DOUX

Il n’est pas toujours facile pour un enfant d’exprimer ce qu’il ressent à son entourage. De ce point de vue, l’aventure de la petite Lola est non seulement exemplaire mais elle incitera sûrement les enfants à se libérer plus facilement de ce qu’ils ont sur le cœur. Menée tambour battant, cette histoire est bourrée d’émotion et de tendresse avec des images à faire craquer les lecteurs les plus impassibles …

Denis Cheissoux et Patrice Wolf, L’as-tu lu, mon p’tit loup ?

 

LE CARNET DE MONTREAL  

La combustion des sens : l’humour métaphysique inouï d’un poète fascinant. Au printemps 1997, le poète belge Carl Norac a été invité en résidence d’écriture à Montréal. Avec un projet de livre en tête sur les grands espaces québécois, une profonde fascination pour la ville l’amène déjà ailleurs. Ainsi, au large des jours, il découvre à travers l’écriture poétique les rues et les quartiers de la grande métropole. Désormais, chaque prose met en scène un tableau du désir et de la solitude qu’anime l’amour intense de ce « voyeur libre ». Beaucoup plus qu’un simple vagabondage urbain, «  Le carnet de Montréal » séduit par la profonde beauté de ses détails expressionnistes. Devant la surface énigmatique des choses, le regard lumineux d’une femme se confond au paysage étroit des ruelles. Une violence sensuelle des images s’isole pour laisser place à une langue concrète et dépouillée. Il fallait, sans doute, un poète contemporain de l’envergure de Carl Norac pour voir Montréal avec cette pertinence insoumise qui n’appartient qu’à lui.

David Cantin, Le Devoir ( le grand quotidien du Québec )

ELOGE DE LA PATIENCE

  Eloge de la patience s’est écrit sur trois ans, pour essayer de toucher à l’intérieur un fil secret, une volupté de la lenteur. On y rencontre un homme, frère de l’auteur, en qui résonne le monde. Carl Norac aborde le tragique par le biais des rires. Son inventivité langagière et sémantique donne à ses poèmes une vie propre. L’humour y court à côté des larmes. Et cela donne des merveilles (Eloge de la patience est une mine de beautés. Des beautés dures, âpres, brûlantes et vives, profondément humaines. Le rêve ultime de son auteur serait que la poésie soit danse.

Pascale Haubruge, Le Soir

  Il voudrait être comme cet arbre qui durant toute sa vie s’élève vers un ciel sans mettre un genou à terre. Carl Norac brandit la volupté, la lenteur comme un lieu où vivre un temps. Pareils au volatile qu’on essayerait de tenir dans ses mains, ses poèmes nous entraînent d’un côté à l’autre, toujours surpris.

Gwenaelle Stubbe, Le carnet et les instants

  Il arrive aux poètes belges de subir l’influence des modes hexagonales. Mais lorsqu’ils savent s’en détacher, ils nous apprennent que l’écriture n’est pas seulement un exercice cérébro-verbal, mais exige une mise à feu -pour ne pas dire :un engagement- de l’être tout entier. Carl Norac n’a pas besoin dans Eloge de la patience de restituer à la prose une fonction poétique depuis longtemps acquise. Mais il lui confère, dans ses pièces brèves, une allègre impertinence, une désinvolture nomade, une vivacité dans l’image, jaillissante et déstabilisée, qui concourent à l’allant, à l’aloi, à la liberté ailée de cet ensemble où fable et aphorismes se conjuguent(...)Par ses subtilités infiniment nuancées, dans ces fables dont les facettes ménagent mille surprenantes fulgurations, l’écriture ordonne la dérive des apparences, des convenances de la raison. Elle met la plénitude d’un métier au service d’un refus du mimétisme et d’un écorchement vital: “J’ai extrait de moi l’homme furieux”. Fureur et mystère que cristallisait René Char trouvent ici une nouvelle illumination.

Charles Dobzynski, “Les dons de la Belgique”, Revue Europe, juillet 99.

 

LETTRES DU GEANT A l’ENFANT QUI PASSE

Un papa, c’est comme un géant. Et rassurant. Un papa qui regarde une fée, c’est un papa dont la fille loge dans un ventricule du cœur, c’est une grande maison, avec de l’amour à tous les étages. Carl Norac, poète, écrit à qui l’enchante. Aujourd’hui, c’est à Else. L’inspiratrice a trois ans, de grands yeux où vivent la lune, et les étoiles, et le soleil, et les animaux. Il y a toujours des animaux. Il y a toujours des animaux dans les yeux des enfants. Ce n’est donc pas un hasard si les yeux des enfants sont grands ; c’est pour contenir le monde.

Papa poète glisse des mots, comme des perles, entre les cils soyeux. Pour mieux voir. Les arbres avancent avec précaution. Le ciel penche un peu. Les mots caracolent alors, en une course délurée, puis s’accrochent aux lèvres, avec l’essoufflement de la passion. Pour mieux goûter. Le blé craquette. Il y a des pépins de poire, des queues de cerise. Carl Norac écrit des « Lettres du géant à l’enfant qui passe ». Tendre voyage intérieur où le jeune père s’avance à pas épris avec l’aisance de ceux dont l’enfance chatoyait d’amour. Un papa, c’est grand comme le monde.

Myriam Depaux, Sud presse, 2003

 

UN SECRET POUR GRANDIR

Et voilà un nouveau feu d'artifices de couleurs. Un secret pour grandir, qui nous arrive en français, est d'abord, au feuilletage, un plaisir de l'œil, avec ses jaunes soleil, ses carmins profonds et ses blancs de chaux qui s'accordent si bien avec la belle histoire orientalisante de Carl Norac. Salam, le héros, est un garçon si petit, si léger, qu'on se moque de lui lorsqu'il fait des projets. Bien sûr que non, il ne sera jamais grand. Bien sûr que non, il ne fera pas le tour du monde. Mais un jour, " Salam part en cachette de sa maison avec un grand sac vide. Dans ce sac, décide-t-il, je mettrai tout ce que je trouverai pour m'aider à grandir ". A ce moment, Salam est poussé par le vent qui emporte de plus en plus loin cet enfant trop léger... Entre le sac qui le tire vers le sol et le vent qui l'aspire vers le ciel, réside toute la tension de la fable. Un équilibre entre le prosaïque et le céleste, la physique et la métaphysique.

Florence Noiville, Le Monde

  “Comme toujours soucieux des tracas et des attentes des enfants, Carl Norac nous conte ce voyage initiatique avec beaucoup de poésie et de sensibilité. Un périple riche en symboles, magnifiquement illustré, qui répondra aux difficultés de grandir que tout enfant éprouve dans sa vie”.

Hebdomadaire Marianne

 

ZEPPO  

Un album loufoque lancé à cent à l'heure. Une histoire qui déborde de fantaisie. On en sort haletants et ravis.

Sylvaine Olive, Lire

 

LE CARNET BLEU

Une prose souple comme le pas qui s’accorde aux paysages et aux personnes. La phrase est toujours au plus près de ce qu’elle dit, de ce qu’elle montre. En Inde ou en Afrique, au Canada ou en Belgique, le regard ne change pas. Il est le filet qui ramène une pêche miraculeuse.

Pierre Maury, Le Soir

 

MÉTROPOLITAINES

Carl Norac écrit du bout des yeux. Il capture l’instant, vole un visage, une attitude, un soupir, et les couche pour le lecteur en quelques phrases à cueillir pour leur rondeur aérienne, musicale. ( ...) En un rien, il immortalise l’instant, défie l’œuvre du temps, donne à voir ce que nous ne voyons plus ou si peu (...) On y lit le monde, on y lit surtout la géographie intérieure d’un homme, d’un écrivain: une façon de regarder l’autre, de l’écrire.

Martine Laval, Télérama

 

LE GEANT DE LA GRANDE TOUR

L'effondrement des tours résonne encore. Une fable sensible répond aux médias.

Outre les pastels intéressants et parfois sombres de Ingrid Godon, «Le Géant de la grande tour», aux résonances profondes, séduit surtout par sa trame narrative pleine de sens et de douceur malgré la cruauté dénoncée.

Laurence Bertels, La Libre Belgique

Coordonnées

Adresse : 269, rue de la Source 45160 Olivet
Courriel : carlnorac@wanadoo.fr
Site Internet : http://www.carlnorac.com