Atelier Poésie

Date d'insertion : 2007-05-23 10:10:11  -  Date de modification :2007-05-23 10:10:11

Voici quelques textes réalisés lors des ateliers d'écriture animés par Béatrice Libert au cours de la saison 2005-2006 et 2006-2007. Ces ateliers se poursuivent...




Nelly Laurent 

Pour écrire un poème
(atelier consacré à Prévert)

Choisir une page blanche
avec une marge rouge.
Placer ensuite une plume
d'encre ou de corbeau
une plume d'or ou d'ambre
fixée à l'aile d'un pinceau.
La déposer contre la marge
l'appuyer sur le grain
et respirer le silence.

Puis goûter les mots
les mots qui montent
assis sur la margelle
tel un équilibriste.      
S'ils ne chantent pas
s'ils sont aphones
le poème bascule
il se noie.

Le reprendre encore
avec patience
à l'épuisette
à l'envers à l'endroit.

L'essorer, le ventiler
le placer au soleil
le contempler.
Quand il est sec
déposer la plume
effacer marge et margelle.

Déplacer délicatement
la pointe du chausson sur le fil
et lire à voix haute
le bout de la langue
en balancier sur le poème.



Philippe de Bueger

Zoom

Une barrière
Dix arbres
Une allée
Quatre vaches
Des mauvaises herbes
Des fleurs des champs
Un limaçon en promenade
Une assiette octogonale
Six rondelles de citron
Des ronds de fumée
Un tourne-disque
Un danseur solitaire
Une nuit sans étoile
Une feuille de papier
L’encrier vide
Une bougie sans flamme


ON VEND

On vend des trésors
On vend du vent
du rêve et des fleurs
On vend de bonnes paroles
qui conduisent à la guerre
des paroles de guerre
avec fanfares et trompettes
et voilà le chaos




On vend un poste de Premier Ministre
On vend le projet Phénix
Les Flamands vendent leurs écoles
Bush vend son hôpital
Et le foot se vend à Belgacom
On vend tout ça, encore tout ça et encore tout ça
de jour et en evening sale
Qu’acheter, que vouloir que rêver ?
Je vous vends mon défunt désir


Anna Di Lena

Si au détour du chemin
soudain
je m’évanouissais
dans une contrée sans nom
dans un brouillard de rêve
au coeur d’un mystérieux repère

Si chevauchant les ailes du vent
larguée au large de mes souvenirs
je m’asseyais pour écouter
                                  écrire
                                  bénir
                                  me réjouir
et laisser se dire le bonheur

d’être là simplement



Paul Malevé

Fantasmes

Si tu désires connaître mes rêves
Sache-le, j’y suis

Cavalier Mongol chevauchant les steppes arides
Gitan le feu au corps, le ventre vide
Taureau dans l’arène, terre et sang morbide
Ou foetus dans ton giron, le fruit de la passion

Arrête-toi un instant sur mes affabulations
L’ironie de ton regard sera le miroir de mes illusions.



ON VEND TOUT ET N'IMPORTE QUOI!

L’homme
La femme
L’enfant
Le chien s’en fout
L’homme boit son whisky
La femme tricote
L’enfant pleure
Le chien gémit
L’homme titube
La femme intruse en terrain ennemi
L’enfant rêve
Le chien rigole
L’homme vend sa bagnole
La femme vend sa maison
L’enfant vend son rêve
Le chien débloque
On n’achète que des illusions

Patricia Englebert

Ceux qui ploient sous le fardeau
Ceux qui se fadent sous la nacelle
Ceux qui broient le Beau
Ceux qui pleurent sous la balancelle

Ceux qui en ont marre
Ceux qui ont rompu les amarres

De peur et d’effrois s’enivrent
De fautes et de regrets sont ivres
Ont oublié de rire
Ont négligé de vivre

Ceux qui brisent leurs chaînes
Ceux qui détissent leurs haines
Ceux qui honorent le Beau
Ceux qui déchirent leurs oripeaux

Boiront la lie de la vie
Veilleront dans le lit de leurs envies

 *


Nous sommes intelligents et cultivés
seigneurs et puissants
nous explorons découvrons
le corps et le psychisme
la terre et l’espace
la vie  la mort
le visible et l’invisible
le sérieux et le risible
vite, fort, encore
toujours plus, toujours mieux

De seigneur à esclave
nous avons oublié ce que
nous cherchons.



Pierre Warrant

Matin d’hiver

Si ta paupière s’entrouvre
Sur la clairière enneigée

Si ton ombre se suspend
A l’orée du sous-bois

Si ton souffle se lâche
Dans cette aube hésitante

Alors écoute
                                Et attends
                                               Et laisse le froid prendre place

Une fougère déjà caresse ta chaussure
La glace de l’étang déjà se fendille
Le brame du cerf soudain se libère

L’instant te porte
                                Il vibre là
                                               Et t’accompagne

BROCANTE

              
Souvenez-vous
Vous y étiez
Lorsqu’on vendait lorsqu’on soldait
Le sang
Les organes
Les enfants
Faut que ça gicle
Faut que ça pleure
Faut que ça rapporte
Le dividende de vos silences

Souvenez-vous
Vous y étiez
Lorsqu’on vendait lorsqu’on fourguait
De la croissance Du vent
L’illusion d’une place pour chacun
Faut de l’excès
Pour un mieux
Un plus fort
Un plus haut
Qui vous fasse exister

Souvenez-vous
Vous y étiez
Lorsqu’on vendait lorsqu’on bradait
Les ressources
La planète
Le futur
Qu’on vous étouffait
Vous, vos poumons, vos enfants
Vos bêtises vos paresses
Vos esprits englués ou complices

Souvenez-vous
Vous y étiez
Lorsqu’on vendait, lorsqu’on baisait
Le sein le ventre                                                                                

Les parfums d’exotisme                                                                                   
Comme miettes d’un commerce 
Où l’amour lui aussi
S’achète au prix fort
Puisqu’il manque Puisqu’il manque                                                              
Puisqu’il manque et ne peut se garder



Marie-Catherine Hubin-Bolsée

Mon ventre crie...
Famine de la tendresse
Enlacée sans tes bras
Dans le tiroir de mon être

La plume est posée
A côté des mots
Que je ne t’ai pas écrits
Qu’aurais-tu compris ?

*

Ce qu’il aimait par-dessus tout
c’était les carottes.
Les effaner et les croquer
lui rappelaient le joyeux lapin
qu’il avait été... jadis

*

On vend

Vent d’égout dégoûtant

Rêve de vent

Obscène érotique aux 29 voiles

 

On vend

C’est du viol

C’est du vol

Vol à mains armées, à la tire, à l’étalage

Vol d’ennui, volle melk, volle pétrole et tutti quanti

 

On vend

Vendange

Vengeance des vestiaires en ligne de mire

Mirage, rage, ruminant

 

On vend

Session

Scission sismique des sanctions aux succions

Sang de Sion

Escarres, escarmouches en chronique des offensives

A l’offense officielle des officiers faisant office

 

On vend

Titans tenant du titre

Barbares et barbaresques

Triche et artifices aux limages des lynchages limés

Les macs, McDo, Macintosh et masos

Des fast food enfardés aux flood entartrés

On vend

On vend, dis, Boris ?

Boris est bien vivant !



Gilles Herbiet

Place fleurie

Tu envoûtes murs et pavés
Et telle une marchande de rêves
Tu chantes au milieu des parfums

*


Phare éteint
Échoué oublié
Ton corps suintant
Tes mains blessées
Tu signes alarme
Dans le néant

Carla Ferro

Possibilité d’un poème

Nous avons vu des femmes
balayer devant leur porte
des enfants aux pieds nus
des chiens sous la nuit
et des maris endormis

Nous avons ri
jusqu’à en pleurer

Nous cueillerons des clous
à défaut de feuilles mortes


Voir les photos des lectures organisées par l'Atelier :

 


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