

Cher lecteur,
Bien que je sois d’un optimisme maladif, je pense que l’humanité est arrivée au point de se poser des questions fondamentales à la place de continuer dans ce plafonnage spirituel que nous vivons quotidiennement et que nous appelons avec complaisance et très scientifiquement Stress.
Pourquoi les Grands Rêves d’ Hier ont-ils été oubliés ?
Pourquoi se sent-on si impuissant Aujourd’hui ?
En me posant chaque jour ces deux questions, j’ai trouvé il y a quelques temps ma solution : Ecrire.
Et vous ?
ETATS D’ESPRITS
Rêve de juin
(...)
Ses seins sentent les cerises
Qu’on cueille sur le Mont Parnasse
Je mords impatient dans mon fruit préféré
Mon corps meurt de faims
Je sens le nectar divin
Glissant sur mes doigts
En touchant plus bas que son nombril
La porte secrète et dorée
De la maison des dieux
Tel Pegasus qui accrochait les montagnes
Ma nature phallique se cabre
Tel un sauvage je ravage son corps
J’ai des larmes rouges aux yeux
Un sommeil profond qui me rappelle le paradis
Des souvenirs anciens comme un jeu de coulisse
Prennent pouvoir sur nos rêves
Plus fort qu’une drogue douce
Je suis comme un petit enfant
Qui suce la corne d’abondance
De la mamelle divine
Je suis le petit Eros
Toujours amoureux et jaloux à la fois
De la nature humaine
(...)
Elle rêve d’un prince étranger
A l’humour léger et lèvre fine
Au beau sourire qui brille
Au coins des ses yeux bruns
Le temps d’un instant
Elle s’appelle Aphrodite
Aux épaules en ivoire
A la poitrine ronde
Ceinturé de mille diamants
Le réveil fût brutal
Une vraie morsure de chacal
Dans un monde infernal
Tous nos rêves prirent fin
Aussi vite que la pluie de juin
18 heures !
Elle est déjà en retard
Toute sa famille l’attend
Car c’est le grand soir
Du mariage royal
Elle repart pour la vie éternelle
Son carrosse ressemble plutôt à une prison solennelle
Sa vie ne ressemblera plus à la mienne
Je redeviens le clochard qui erre
Dans les rues vides d’une ville ancienne
Dépannage
En panne d’idées depuis quelques mois
Je conjugue les verbes qu’au présent
Le passé brille par son silence
Le futur cherche son sens
Un fait divers se produit ce soir
A l’heure où la ville se regarde au miroir
L’esprit se bloque un instant
Le courant est en panne
Les gens cherchent de nouveaux repères dans le noir
Le progrès de mille ans ne donne plus d’espoir
La peur ancestrale revient de loin
On a besoin qu’on se parle
Sous la douce lumière des bougies
Les familles se rassemblent
Les voisins se regardent
Les enfants jouent à la balle
La rue s’anime
Pas d’engueulade
(...)
Des rythmes grecs et gitans
Font craquer nos tympans
Enchaînés dans une forêt de bras
On devient tous des petits diables
Niant toute la misère humaine
L’atmosphère s’incendie
On danse à pas soutenus
La Mort fait un malaise
Tombé à nos pieds, sur le tapis
On lui sert …de l’Eau de Vie
Trop tard !
Elle est déjà partie promener ailleurs
Son éternel ennui
Comme châtiment
Elle nous coupe le courant
En revanche on allume sa bougie
La veillée censée durer toute la nuit
Finit avant de commencer
Par un immense cri de joie
Qu’on attend encore
Dans le monde entier
Un peu de silence je vous prie
Trois coups à la porte !
Devinez, c’est qui ?
L’électricien de garde à minuit
Mardi, Dracula visite … la Belgique
…à la mémoire de Christiane
Roumanie, il y a 6 ans. La pluie tombe sur la ville.
J’allume la télé. Un film des années ‘60 vient de commencer. Son nom:« Mardi c’est la Belgique».Bruxelles, six mois après.La pluie tombe toujours sur la ville. J’allume la télé. Un film des années ’90 vient de commencer.
Son nom : « Dracula ».
Namur, mardi passé. J’allume la télé. Un documentaire vient de commencer.
Paradoxalement, l’effet de serre apporte le soleil au pays de la pluie.
Cher lecteur,
Ces trois moments de ma vie ont su créer une liaison étrange.
Permettez-moi, Cher Ami, de faire appel à votre réflexion, à votre critique et surtout à votre sens du rêver...
Victor Marius ENE
Jeune exilé roumain, Victor Marius Ene vit à Namur, où il participe aux travaux de l'Atelier "Lecteurs anonymes".
Ces poèmes sont inédits.
Commentaire de l'auteur :
Il n’y a pas longtemps, quelqu’un de bien intentionné m’a posé la question : « Pourquoi êtes-vous arrivé en Belgique ? ». Sincèrement, j’ai eu du mal à trouver mes mots, donc je me suis retranché derrière une réponse évasive qui utilise si bien « les atouts » d’une langue de bois, témoignage de mon passé dans une Roumanie communiste.
Aujourd’hui, après avoir écrit le recueil de poèmes « Mardi, Dracula visite … la Belgique », je suis enfin prêt à donner une réponse plus claire. Il y a six ans, j’ai quitté la Roumanie parce que le danger me guettait. C’était plutôt la peur de ne jamais réaliser mon rêve, mon projet, la peur de ne jamais essayer de mettre en œuvre mon idéal dans la vie. Le danger était essentiellement de nature spirituelle.
Arrivé en Belgique pour participer à un séminaire sur l’Europe, je me suis rendu compte que c’était une chance pour demander « l’asile spirituel ». La première réponse bien que négative, laissait la porte entrouverte. L’espoir était au rendez-vous. J’ai trouvé un logement au troisième étage dans une mansarde et le paradis paraissait plus proche que jamais. Mais, il me manquait l’essentiel, un cœur qui bat à coté du mien, un esprit critique ou plus simplement érotique, enfin, comme Zorba l’aurait dit : « la femme ».
« Parfois, le hasard fait bien les choses ». Dans mon cas c’est tout à fait vrai. Les annonces dans le Vlan. Je n’y croyais pas mais, mon voisin nigérian, qui ironie du sort m’appelait Ceausescu, m’a donné des arguments irréfutables. Et … ça a marché. La femme que j’ai connue a changé ma vie. J’ai commencé à écrire et ça m’a donné des ailes. Des ailes et des rêves. Des rêves et des projets à venir. Le reste de l’histoire … vous la connaissez.
Maintenant, regardant en arrière je pense que la Belgique m’a accordé « l’asile spirituel », que j’avais tellement besoin et qui est pour moi plus important que tous les papiers et démarches administratives que je dois encore faire.
Mais, passons … aux choses pratiques. Vous allez me poser sûrement une question sur mon recueil. Pourquoi ce titre ?
Mardi, Dracula visite … la Belgique parle de la nature dualiste d’un homme. Toute sa vie l’Homme court dans le jardin du bien et du mal. En tant que roumain, un seul nom m’est venu a l’esprit pour appeler cet Homme : Dracula. Mais, il pourrait s’appeler aussi Faust, Frankenstein, comme dr. Jekyll, Hyde ou Hannibal Lecter.