Textes inédits

Rédacteur : Rémy DISDERO
Date d'insertion : 2006-09-01 11:06:13  -  Date de modification :2006-09-01 11:06:13




VIEILLE CHEVRE

J'ai coupé mon sexe avec un canif de scout

Pour le vendre à un milliardaire tacheté rubicond

J'ai bu mon caca devant trois grippe-sou odieux

Qui m'ont dit que j'avais des dents cariées en lot

Ma mère avait un garrot à la jambe droite

Depuis que des brigands la lui avaient entaillée

Mon père était un pingouin sans museau râblé comme un poussin

Tout le monde arrivait ventre à terre et des cailloux

Dans les poches des manteaux pour me les lancer

C'étaient des brutes épaisses et aussi mes amis

Que j'ai tués depuis avec un grand canon

Une idole me disait des mots gentils quand je pleurais

J'avais souvent le cafard quand je partais pour des pays

Où le goémon se réfugie dans les bras des vierges sans enfants

Je regardais sans cesse les pleutres se cacher

Et je leur criais des mots qui leur faisaient comprendre

La religion des infirmes sans pendentif en trois D

Les pédés brandissaient leurs sarcasmes chimériques

Sous les naseaux des skinheads entraînés dans la bouteille

A la mer comme à la guerre quatorze et quarante

Celui qui voulait fuir hors de ce trou de goujats

Fondait le front baptismal censé mettre une fin

Aux agissements des tocards aux Stetsons gommeux

A la gaudriole plantée sur des talons de pin-up

(12 décembre 2005)



LETTRE A BENOIT POELVOORDE

Cher Monsieur Benoît Poelvoorde,

Je m'appelle Rémy Disdero et je suis un de vos cousins éloignés. Nous avons en effet un ancêtre commun en la personne de Nicolas Cabrera (1819 – 1910). Notre arrière arrière grand-père.

Sur l’extrait d'arbre généalogique que je joins à ma lettre (au cas ou on ne vous l'aurait pas déjà fait parvenir), je suis Benoît Disdero, né en 1983 à Boulogne Billancourt, près de Paris, et je suis claustrophobe. Je m'appelle en réalité Rémy, une erreur ayant été commise par l’oncle de ma mère dans la réalisation de son arbre.

 

J'ai bien conscience d'être un étranger pour vous (malgré les liens familiaux qui nous unissent), cependant je tiens à vous adresser cette lettre pour vous demander de devenir mon mécène.

J’écris des poésies et je dessine (documents joints). Ces activités ne me rapportent pas un sou, et j’enrage, parce qu’il est proprement impossible de vivre de cette passion.

J'ai ainsi pensé vous demander un million d'euros (pardonnez mon audace), que je placerais à 7 % à la banque pour une durée de 20 ans, ce qui me rapporterait 5 833 euros par mois.

Ainsi, je prendrais soin de vivre avec 1000 euros de cette somme par mois, épargnant de ce fait 4 833 euros par mois, cette somme étant destinée à vous rembourser (sans intérêts).

 

1 000 000 / 4 833 = 207 mois = 17 ans

 

ce calcul signifie que je pourrais vous rendre un million d'euros dans 17 ans.

 

En me donnant 500 000 euros au lieu de 1 000 000, je pourrais vous rembourser au bout de 21 ans.

En me donnant 300 000 euros, je pourrais vous rembourser au bout de 33 ans.

 

Il est possible que mes prévisions ne tiennent pas la route, cependant vous êtes maintenant au courant, et je suis content. Vous trouverez peut-être un autre moyen de m’aider. L’important est que vous puissiez lire quelque chose de moi, que vous regardiez un dessin ou deux, aussi. D’ailleurs, je suis très heureux de pouvoir vous faire partager quelque chose.

J’ai une certaine image de vous, liée sans doute aux rôles dans lesquels je vous ai vu évoluer au cinéma, notamment « les portes de la gloire ». Je n’ai jamais eu de télévision, aussi je n’ai pas eu l’occasion de vous voir répondre à une quelconque interview, et j’ai cette image d’un Benoît Poelvoorde distant et quelque peu empreint de la personnalité tourmentée de l’individu que vous incarnez dans « Les portes de la gloire ». Mais en vérité, je n’ai aucune idée de votre véritable personnalité. Je me souviens juste avoir lu quelque chose, un jour, dans un journal. Vous disiez que le nez de Nicole Kidman vous plaisait. Enfin, je n’accorde généralement pas de crédit à ce qu’on lit dans les journaux, et ceci ne vous définit pas. Mais c’est tout ce que je sais de vous.

 

Peut-être n’appréciez-vous pas que je vous demande cette aide financière comme cela, à brûle-pourpoint. Mais vous pouvez aussi m’aider d’une autre manière, si celle-ci ne vous convient pas. Peut-être pouvez-vous me permettre de paraître dans un film à vos côtés, ce qui agrémenterait mon C.V artistique de belle manière.

Si vous m’aidez, je pense que je ne souffrirai plus de cette claustrophobie sociale qui me fait la vie dure (angoisse métaphysique). J’ai bien l’intention de continuer à me frotter à quelques métiers, mais ce sera juste pour me divertir.

J’ai déjà eu diverses fonctions au sein de notre société : commis voyageur et employé de bureau, en France. J’ai aussi travaillé plusieurs mois au sein de la Maison de la Poésie de Namur, rue Fumal (à côté du musée Félicien Rops), où je logeais chaussée de Waterloo, à St Servais. J’ai aussi été kotteur à Liège, rue Reynier, en haut de la rue St Gilles, et à Tamines, rue des Déportés. Actuellement, je vis chez une amie, à Lille, et je n’ai plus de travail. Peut-être pouvez-vous faire quelque chose pour moi, cher cousin, oui, je ne doute pas qu’il vous soit possible de m’aider.

Nous pourrions aussi nous rencontrer ; nous sommes cousins, après tout. Il y a un café, à Mons, anciennement tenu par un membre de notre famille, Jean-Pierre Cabrera, l’endroit idéal où nous retrouver un jour.

J'ai bien conscience de l'importance de ma demande, mais on me dit souvent que quelqu’un qui ne tente rien n’a rien, alors j’ai essayé de faire en sorte que mon rêve devienne réalité.

Je m’étais fabriqué un jour un écriteau double face « je cherche un mécène », et j’avais marché pendant toute une journée dans Paris, sans succès.

 

Je pense sincèrement que vous pouvez prendre ma requête au sérieux, et je vous remercie par avance de l’importance que vous lui accorderez.

 

Agréez, cher cousin comédien, mes salutations respectueuses.

 

Rémy Disdero



Au regard immaculé transpirant la bonté de l’ajournement liquoreux de notre bêtise nauséabonde
 

Paul n’était pas né pour vivre un jour dans les bois de Compiègne. Il possédait des dons enfouis profondément sous le tricot des ses habitudes. Rémy était un Renard posé à sa naissance dans le feu des héritiers sauvages. Il jonchait le sol vadrouilleux et sablé comme un détritus naturel, plein d’une chasteté royale et de sang tamisé. Paul gravissait les collines comme un lapin mutilé, du sang au creux du pelvis de ses yeux fatigués, un jury de conscience humiliant ses ardeurs et la foi qu’il avait dans sa résolution de ressembler aux vagabonds célestes de ses désirs les plus fous. Rémy bondissait déjà dans des cieux de chanoine, tel l’aigle promu des catéchistes purs. Aux jouvences du ciel il humait les précieux rudiments des effluves insouciants de son ataraxie. Paul agissait en sourd et fondait la prescience des règlements de caste. Il prônait le sabbat des schistes moléculaires et brandissait le fouet des manucures plombées dans l’incube astre fielleux des tentations folâtres. Rémy niait le dégoût des robinets crasseux par le filet divin de l’écoutille mobile au creux des mandibules de son larynx équidistant, niait la chapelure des princesses effarées ; il avançait sur la braise de ses idéaux purs, éclatant tel un ange au faîte de l’apogée des héros cristallins. Paul nivelait son égo dans des cocasseries naines, trônait dans son ardeur de belliqueux gérant une fleur emboutie à ses lèvres fanées et pratiquait de la glotte le concert de flots verbeux des nivellements sceptiques. Quand on ne pourrait plus dire qu’il en allait de ses discours comme d’un émerveillement fat, il transformait la chaire des républicains chics en un tapioca sombre d’égo sur-dépassé, il affirmait son renom, complotait des Vauvenargues au minaret de Plutarque en puisant le limon des sains rhinocéros. Mais Paul avait la peste, sans ses dents c’était un creux, la verte rotule des vrais lutins râleurs provenait d’un endroit que les astuces mielleuses de ses désirs malins ne trouveraient jamais. Et dans le temps qui achevait de tourner ses minutes, Rémy rugissait les fumigènes séraphiques de l’absolu des moines, Ô, pèlerins candides des eaux limpides de l’immatérialité. 16 janvier 2006


(...)

Il coule de ma bouche un enfant sauvage,

les plumes de ses ailes sont couleur de la terre, et son regard est éperdu.

Mais prenez garde à cet enfant. Il est en fait un habile négociant des tissus d'Eurasie, un magnat du syndic bourré de talent.

Je dois fermer la bouche à cet enfant prodigue, car les pâleurs de lune à ses tempes rosées sont l'avertissement de sa raison fragile.

Il coule de ma bouche un enfant sauvage, qui jamais ne verra les guerillas urbaines du plomb de la centaine des viles bureaucraties.



Lettre en quinconce

Bonsoir, Varenne, Jean-Jacques Kelner.

Au restaurant, l'autre jour, je n'ai pas été moi-même. Je peux vous dire que ça va changer. Oui, ça, je peux vous l'assurer pour une montre en carat de tes cheveux.

D'ailleurs, personne ne se correspondait. Chacun était rivé sur l'élément de sa normalité.

Mais j'ai justement pensé il y a quelques minutes que ce fameux problème de communication, on le résout toujours par la normalité.

On résout le problème de la communication par la normalité, Jean-Jacques Kelner, et c'est justement le piège à éviter en poésie, parce que la poésie est le vrai regard porté sur les choses, non le regard sympathique et hypocrite, mais la réalité, la folie, le vagabond de la pensée qui se joue du combat des mesquins.

Lettre au numéro du bas de tes cheveux

A partir de maintenant, je t'adresse tous les paltoquets que je ris dans mon cheveu.

Je suis certainement un peu bourré, mais c'est une idée, n'est-ce pas, que de te rendre complice des taupes bigarrées dans leurs trous fétides. La tiédeur de tes petits pas sur la forêt de mes yeux, le granit fluo des volcans, c'est bien sûr toi, ma petite flammèche. Tu brilles si fort, mon diamant, parmi les blancs oursins du miel chaud de ta bouche ; dans ton âme au bord aqueux je voudrais me trouver, tirer le somnambule de ton ventre cousu en deux, et passer, comme on le fait en rêve, à grandes enjambées, les bûchers noirs de ton silence.

 03 février 2006


Extrait d'un écrit en cours :

Voici que je suis sorti du bois pour quelques jours afin de reconstituer mon capital confiance. Je suis tellement sale qu’on ne m’a pas accepté hier à l’hôtel de la gare. J’ai couché dans la forêt, chantant de concert avec renards et hiboux. J’ai dessiné des noms  avec des mûres sauvages sur des troncs d’arbres secs, et supporté un orage dangereux dont un éclair m’a frôlé au visage. C’était une sensation agréable, et je retiens cet instant comme une pensée modeste de rêve grand et beau.
Il y a peu de temps au centre ville je rencontrai un chien plutôt immonde, et mon audace me permit de lui tapoter amicalement l’épaule. Mais qu’il ait vu en moi son maître ou son ami, ce chien que j’ai baptisé « tout bas » en raison de son silence et de ses courtes pattes me suivit avec acharnement jusqu’à hier, où je décidai de l’enfermer dans une cabine téléphonique. Et je lui expliquai que s’il s’avisait de me retrouver, je lui broierais les côtes de mes chemises qui en ont vu de belles.
 
­
 
Aujourd’hui, je mendie par les rues du centre ville, parce que j’ai perdu tout espoir de guérison (cette guérison m’ennuie, je ne peux plus l’attendre), aussi ai-je décidé de devenir un assassin dès que l’occasion s’en présenterait, et de voler des bourses et des chèques en blanc. Le teint hâve et mon chignon au vent, j’essuie les lavettes de mes contemporains, j’écrase le trottoir de mes pas lourds et baveux, je deviens grossier comme un bagnard vieux de mille ans, ma cachette ne me permet pas de vivre l’hiver, j’appréhende le jour où il fera trois degrés. Ma tête est pleine de vide, comme un cocon de bulle, et je perçois des mélopées lointaines d’ancêtres désenchantés, je me vilipende et constate mes sombres envies, de porc en argent, de tignasse fraîche en roquette flambant neuve, je voudrais un repas, ma tête est pleine de vide, un gamin m’a insulté, je traîne une flaque de mensonge, oubliez de me faire valoir vos immondes façons d’hommes comblés de voitures et de femmes.
 
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Enfant, j’avais des idées sur mon avenir, et je tremble de rage que tout mon vagabond n’ait qu’un maigre profit des sentiments élevés dont je m’étais bercé. J’avance en pleurant au milieu des hommes en vêtement, et tout ce dont je rêvais à disparu dans des tranchées de honte et d’ennui. L’impossibilité qui me pousse à livrer mes biens au gageur n’est que l’aperçu de ma fierté ridicule et de mes convictions de bas étage. Je pense à retourner loin de la ville et du vice oublier les femmes qui marchent un melon collé au cul. Mais, vois-tu, Père de mon nom funeste, avant cela, j’oserai certainement détruire mes sens et me faire beaucoup de mal, faire du mal à d’autres, aussi, pour imiter le tonnerre qui gronde dans mon ventre. Faire l’appétit d’un petit monstre à crochet, et le laisser tomber comme une vulgaire fiotte, aller dans ma caverne à Grignons les Deux Loges et concurrencer Tarzan, Tarzan la banane.
 
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Je vis au deuxième d’une vieille masure dans un meublé qui sent l’écorce. En bas de chez moi il y avait naguère une cour crasseuse où des fléaux gros comme la main épiaient dans leur toile chaque vieux moucheron qui passait. Mais la cour est détruite, ce n’est maintenant qu’une ruine de béton gris et froid. Souvent j’y lis la liste des noms écrits sur mon bout de papier. Ma liste d’assassin. Pour l’instant seize noms y sont écrits, les noms des gens qui m’ont côtoyé depuis que j’ai le nez coupé. Quand j’y pense être côtoyé n’est pas le bout du monde. Mais je hais, dans la principauté de mes droits, être côtoyé, surtout depuis qu’on m’a amputé. Le malheur, c’est que la liste s’allonge à chaque racaille curieuse qui, subrepticement me dévisage et me rougit, moi, pivoine de honte volatile de chasteté.
 
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En bas de chez moi, il y a une substance. Un coulis. Il est venu quelquefois un jeune garçon s’asseoir au pied du marronnier centenaire pour jouer de la mandoline ; alors le coulis montait, vert et jaune, vers mes sandales et mes pieds. C’était l’attirance pour la rivière qui me faisait me lever, qui dressait entre mes jambes un muscle de santé, une plante sauvage matricielle. Mes pantalons discount se joignaient pour m’emmener aux eaux. Pour tout dire c’est le dépit qui me guidait. Buvant et  me baignant nu dans les eaux peu profondes et lisses de commotion, que ne me suis-je noyé, vidé de ma substance de coulis ?
 
­

Je ne veux plus de coulis, plus d’eldorado, d’éden, de paradis. Je flotte en suivant la rivière jusqu’au torrent impétueux. Je tombe des cascades. Si je m’assomme j’ai prévenu le maître. Hier, mon bras s’est cassé sur un rocher. Je l’ai pansé mais il m’élance. J’ai mal. Que faire ? Retourner chez eux ? Non, je ne peux m’y résoudre. On m’a parlé d’une maison tenue par un vacher qui loue des chambres à des prix bon marché. Mon nez me tiraille, élancements continus brûlants de mon visage, j’ai mal. (...). (Septembre 2006).

 

Rémy DISDERO





Rémy DISDERO est un jeune poète et dessinateur français né à Boulogne en 1983. Commis voyageur à 17 ans, lieutenant de louveterie à 19, puis vagabond. Voyage en Norvège, pays de son auteur fétiche, Hamsun. « Pronunciamiento », premier recueil illustré édité en 2004. Accueilli en Belgique où il participe à ses premières lectures. Rencontres avec Paul de Bièvre, Eric Brogniet, Jacques Izoard, Robert Varlez, Selçuk Mutlu. Premier Prix de Poésie libre du Grand Prix Vendée 2005. Rémy Disdero participe régulièrement aux Ateliers "Lecteurs anonymes" de la Maison de la Poésie et de la Langue française.  Il a écrit : Pronunciamiento (Editions Thot, 2004).

 
« Une certaine hargne, une volonté de ne pas accepter le réel tel qu’il est, une oscillation entre la violence (même métaphorique) et une espèce d’évasion. L’animalité et le corps sont au premier rang de celle-là. Les dessins font écho à cette violence, à ce refus et à la complexité que cela représente de pouvoir encore donner un visage humain à la monstruosité.» (Ludovic Degroote, Directeur des Editions Ed. de – 12 novembre 2005)
 
« Rémy Disdero nous montre le noir que l’on ne regarde pas en face, la souffrance et la misère des âmes sur lesquelles nous préférons fermer les yeux pour que le monde nous reste merveilleux. Réalisme dans le propos, interpellation par le verbe qui heurte sans choquer. L’auteur illustre lui-même par un trait violent, acide, qui ne laisse pas le lecteur indifférent. Le fantastique proche d’une fiction qui n’est peut-être que notre réalité. » (Bernard Gay-Pageon, Directeur des Editions Thot – avril 2004)




 

 


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