 Hommage à Robert Delieu
Rédacteur : Paul MALHERBE Date d'insertion : 2005-10-30 09:41:36 - Date de modification :2005-10-30 09:41:36
...La vie, les choses, les gens, les jours qui passent ; les nécessités, les circonstances, les hasards, les projets, aboutis, avortés, les amis perdus, retrouvés, les espoirs, les douleurs, les moments de grâce, de bonheur, le visage de l'amour, de l'être aimé, la tristesse et la peur, le courage quotidien, et tous les jours, les choses à vivre et à faire....
Dans cette page d'Évangile (Les disciples d'Emmaüs) choisie pour la liturgie des funérailles de Robert, il me semble qu'il y a presque tout ce qu'il faut pour célébrer le mieux possible l'adieu à la terre de quelqu'un que vous aimiez, que nous aimions, qui nous aimait.

Robert Delieu (à gauche) et Paul Malherbe (à droite) : une longue amitié
Commençons par faire mémoire, dans notre coeur, de tout ce qu'il y a eu de beau, de grand, de vrai dans la vie de Robert. Ce qu'il a cherché à être au milieu des siens.
C'est une manière simple d'apporter un peu de tendresse et d'espoir aux proches de Robert, afin que recule, un peu, si possible, leur tristesse et que du temps leur soit donné pour recharger leurs armes : celles de l'amour et de la mémoire.
Ce n'est pas sur ce que nous avons été, ni même sur ce que nous sommes, que nous juge la miséricorde de Dieu, c'est sur ce que nous avons désir d'être.
Pour moi, aux yeux du Dieu de l'Évangile, il n'y a personne qui soit condamné et ceux et celles qui nous aiment en vérité, nous aiment tout entiers avec le meilleur et le moins bon de nous-mêmes ; ils ne font pas le tri ; ceux et celles qui nous aiment, ne jouent pas les donneurs de leçon.
La mort est un mystère, une énigme, une terrible question ; et notre coeur est, légitimement, rempli de pourquoi, de comment.
Toutes les grandes philosophies, cultures et religions cherchent un chemin de compréhension devant ce mystère.
Beaucoup ont l'intuition que la mort n'est pas le dernier mot de la vie ; qu'il y a un après ; mais la question demeure, là, terrible.
Une femme Inuit, interrogée par un ethnologue sur ce qu'elle pensait de la mort, lui répondait : "Tu me demandes ce que c'est que mourir, je n'en sais rien, je n'ai appris qu'à vivre !".
Et le grec Épicure, interrogé, lui aussi, sur la mort, disait à peu près ceci : "La mort est paradoxale ; tant que nous sommes vivants, elle n'est pas là, c'est toujours de la mort des autres dont il s'agit, et quand elle est là, pour nous, c'est nous qui ne sommes plus là ; alors ? Pourquoi nous tracasser ?".
La mort ; personne ne sait rien de sa mort ; tout ce que nous pouvons faire en l'attendant, c'est de ne pas haïr la vie qui nous reste à vivre ; c'est de nous débarrasser des choses vaines, tout ce vide qui, trop souvent, nous occupe. Ce que nous pouvons, c'est aller de tout notre coeur vers ce qui mystérieusement ne meurt pas et nous savons bien que ce ne sont ni la fortune, ni la gloire, mais des réalités toutes simples comme la tendresse, l'amour partagé, le regard fraternel... Oui, la vie, c'est l'Amour ; c'est vraiment là, le dernier mot, le mot ultime de la sagesse.
Pour certains, présents ici, et je les respecte, la mort est une porte qui se referme définitivement, elle n'ouvre sur rien. Ce n'était pas la vision et l'espérance de Robert. Alors, laissez-moi vous partager, sans l'imposer à quiconque, cette intuition qui était la sienne.
Dans un très étonnant livre du Nouveau Testament, "L'Apocalypse", qui n'est pas un texte annonçant catastrophes et malheurs, mais qui veut dire : "Révélation-dévoilement", on peut y entendre ceci, c'est Dieu qui parle par la bouche du prophète : "Un jour, je ferai toutes choses nouvelles ; Dieu sera avec les humains ; il sera leur Dieu ; il essuiera toute larme de leurs yeux ; il n'y aura plus de mort ; il n' y aura plus ni deuil, ni lamentations, ni douleur ; les choses anciennes auront disparu ; maintenant, je fais toutes choses nouvelles". Je ne veux pas imposer ces paroles ; je les dépose dans notre corbeille commune où se trouvent mélangés questions, espoirs, peurs et espérance... Si cela peut aider, tant mieux, sinon... c'est encore bien ainsi.
Pour finir, je vous livre les paroles d'un poète, dont je ne sais plus le nom.
Quelqu'un meurt et c'est comme des pas
qui s'arrêtent.
Mais si c'était un départ pour un nouveau voyage ?
Quelqu'un meurt et c'est comme une porte
qui claque.
Mais si c'était un passage s'ouvrant sur d'autres passages ?
Quelqu'un meurt et c'est comme un arbre
qui tombe.
Mais si c'était une graine germant dans une terre nouvelle ?
Quelqu'un meurt et c'est comme un silence
qui hurle.
Mais s'il nous aidait à entendre la fragile musique de la vie ?
Au revoir, Robert et merci de ta vie au milieu de nous !
Paul MALHERBE, Curé de la Paroisse St Jean, Namur
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