Vous vous croyez des dieux, soyez malades demain, et regardez frissonner dans la fièvre votre divinité.
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Portez-vous bien ! L’apostrophe hugolienne que vous venez d’entendre est le clin d’oeil que Robert Delieu vous adresse depuis le plateau de Bouge, où il est retenu à la clinique Saint- Luc. Elle est extraite de L’homme qui rit – et Robert souriait en me demandant de la mettre en exergue.
Passons à Dumas. Vingt ans après. Les mousquetaires étaient quatre, forcément : Robert Delieu, qui voulait faire de Namur l’Avignon de la poésie, Philippe Moureaux, premier à exercer la fonction de ministre-président de
la Communauté française, qui a immédiatement soutenu l’idée, Jean-Louis Close, bourgmestre de l’époque, qui est à l’origine de l’affectation de ce bâtiment communal et de la création de l’ASBL Namur, Centre international de la poésie qu’il a longtemps présidée, Guy Milcamps, député permanent chargé de la culture, grâce à qui nous bénéficions de l’appui de la province depuis le début. Et puis, il y avait les proches, les fondateurs de l’ASBL Atelier poétique de Wallonie, créé avant cette maison, avec l’épouse de Robert, ma sœur Françoise, longtemps secrétaire et factotum de cette association grâce à laquelle notre maison, avant même d’être habitable, fut habitée par les cours, les animations, les spectacles. N’oublions pas le personnel, dont le doyen, Marcel Walrandt, est avec nous depuis l’origine. C’était le temps de la fondation. Beaucoup d’autres ensuite ont participé à la construction. Les activités se sont multipliées, à l’intérieur de
la Maison , mais aussi à l’extérieur, puisque, avec Freddy Bada, la cour a révélé ses possibilités d’espace scénique estival. Certains bâtisseurs ne sont déjà plus là, je pense en particulier à mon collègue Serge Monjoie qui fut très actif et nous apporta l’aide des Amis et disciples de François Bovesse. Aujourd’hui, il y a ceux qui assurent le présent en pensant à l’avenir : le conseil d’administration, avec le président ff Bernard Ducoffre, l’administrateur-délégué Louis Awoust, les vice-présidents Anne Barzin et Daniel Pisvin, le nouveau trésorier, David Verhoeven, et l’équipe permanente, dirigée par Eric Brogniet avec l’aide de Lucy Migeot et Véronique Nihoul. Robert Delieu m’a demandé de saluer, à défaut de pouvoir nommer chacun d’eux, tous ceux qui ont participé et participent au développement de cette maison. Tout à l’heure, d’anciennes élèves de Robert à l’Atelier poétique de Wallonie liront des extraits de son dernier livre, Le vent du plateau. Ce n’est plus du plateau de Bouge qu’il s’agit, mais du plateau condruzien de son enfance. Evoquer la fondation de l’Atelier suscite aussi les souvenirs de famille : c’est là qu’une de ces élèves rencontra Pierre Dellieu. Elle allait devenir la belle-fille de Robert et le faire deux fois grand-père.
Qu ‘en est-il du rôle international auquel pensaient les fondateurs ? Eric Brogniet y est attentif ; poète reconnu et homme de réseau, il multiplie les échanges. J’ai pu le constater personnellement à diverses occasions, particulièrement en représentant notre Maison à Nantes le 16 juin pour la création du réseau européen des Maisons de la poésie : elle était la seule hors de France à participer à cet événement, en manière telle que j’étais l’Europe à moi seul. Supposant que ce monopole ne durerait pas, j’ai néanmoins résolu de rester simple. A cette occasion, j’ai pu remarquer que nous n’étions pas trop mal lotis : pour les locaux, en particulier, nous nous situons au niveau de grandes régions françaises. Est-ce à dire que tout va bien ? N’exagérons rien. Le moment me paraît venu de glisser, conformément à l’usage qui régit les discours académiques, un appel discret aux pouvoirs subventionnants. La conviction qui a animé Robert Delieu pendant toute sa carrière, vouée à la communication et l’éducation permanente, est que la poésie s’adresse au public le plus large : c’est dans cet esprit qu’il a créé l’Atelier poétique de Wallonie, dont l’objet est l’expression poétique, et qu’il a voulu une maison qui soit le lien entre la poésie et la cité. C’est dans ce même esprit que je dis, en ma double qualité d’administrateur de cette maison et de président de l’Atelier poétique, et en plein accord avec Eric Brogniet, que la collaboration entre les deux associations est importante : c’est l’Atelier qui a animé la maison au début et continue à l’animer périodiquement par des lectures et des spectacles, c’est aussi l’Atelier qui a mis en scène Henri Michaux et divers poètes belges francophones à Lille, à Paris, à Québec. Mais cette collaboration ne sera possible que si nous obtenons un appui supplémentaire. Cette année, nous avons pu encore, grâce à l’aide de
la Ville de Namur et des Amis et disciples de François Bovesse, faire appel à Jacques Neefs pour mettre en scène un spectacle d’été, La surprise de l’amour, qui a été salué par la critique. Nous avons pu aussi mettre sur pied notre traditionnel cabaret des Fêtes de Wallonie. En novembre, nous présenterons deux activités à l’occasion d’Europalia Russie. Nous n’avons rien programmé au-delà et ne sommes pas certains de pouvoir le faire.
Ayant commencé par Hugo, je serais tenté, lorgnant sur le buffet, de terminer par un retentissant Bon appétit, Messieurs ! Mais Robert m’a demandé de citer en conclusion le discours Nobel de Saint John Perse, où il voit une forme élevée de ses convictions quant aux rapports du poète et de la société. Déclarant au début la dissociation semble s'accroître entre l'œuvre poétique et l'activité d'une société soumise aux servitudes matérielles, le lauréat en vient à dire :
Poète est celui-là qui rompt pour nous l'accoutumance. Et c'est ainsi que le poète se trouve aussi lié, malgré lui, à l'événement historique. Et rien du drame de son temps ne lui est étranger. Qu' à tous il dise clairement le goût de vivre ce temps fort! Car l'heure est grande et neuve, où se saisir à neuf. Et à qui donc céderions-nous l'honneur de notre temps?
Merci.
Jean-Paul Goffinon
Président de l’Atelier Poétique de Wallonie